Développement de l'enfant

Musique : maman ou papa plutôt que Mozart

Développement de l'enfant, faire comme papa ou maman, famille

Avec presque rien, notre voix, quelques notes, quelques mots, nous déclarons notre amour à notre enfant, nous lui donnons du plaisir tout en nous faisant plaisir. Mais ce n’est pas tout. La musique lui offre aussi mille et une possibilités d’apprentissage.

Marie-Christine Maroy est violoniste et pédiatre, dont vingt-cinq années passées dans les consultations pour nourrissons de l’ONE. C’est au cours de ces consultations qu’elle se rend compte combien certains parents éprouvent des difficultés à communiquer avec leur tout-petit. Elle leur propose alors de chantonner une comptine ou une berceuse. « Un jour, une maman à qui je demandais si pousser la chansonnette à son bébé l’avait aidée, m’a répondu sèchement : ‘J’ai arrêté, ça le faisait rire, il se moquait de moi !’. L’enfant communiquait enfin, mais elle n’était pas arrivée à décoder ce qu’il lui exprimait ».
Parler avec son tout-petit n’est donc pas évident pour les parents. La fatigue, l’inquiétude, la peur de « gagatiser » (on nous a tant dit d’éviter de parler « bébé » !) font qu’ils se retrouvent la tête vide face à ce petit être. Pourtant, des études le prouvent, son développement intellectuel et émotionnel dépend d’une bonne communication dans les toutes premières années de la vie.
Forte de ces expériences, Marie-Christine Maroy plaide pour des animations musicales auprès de l’ONE. Après quelques rires amusés, le projet est mis sur pied. Vingt ans plus tard, plus de la moitié des consultations mène toujours ces animations par l’entremise de bénévoles formé·e·s à retrouver des chansons, à apprendre à chanter avec les parents qui reçoivent un kit de chants et de jeux musicaux.
« Depuis des centaines d’années, les mères, les grands-mères fredonnent des berceuses ou des comptines à leur enfant ou leur petit-enfant. Avec ce patrimoine de chansons, on a déjà un matériel à disposition qui ne tombe pas de nulle part. Présentons-le aux jeunes parents qui, aujourd’hui, semblent en avoir perdu la trace », explique la pédiatre.

0-3 ans : maman, papa, the Master’s voice

Mais si communiquer n’est pas si simple pour le parent, chanter ne l’est pas toujours non plus. Beaucoup jugent qu’ils chantent faux ou qu’ils n’ont pas de voix. Normal. On est baigné dans de la musique en permanence et, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, cette musique est presque parfaite. Enregistrée dans un studio, elle est retravaillée autant de fois qu’il le faut pour qu’il n’y ait plus la moindre fausse note. Du coup, la barre est trop haute pour que le parent se sente capable de chanter. Il préfère alors mettre de la musique via la radio, son ordinateur ou son smartphone (ce qui lui laisse aussi les mains libres pour ranger la cuisine !). Mais cela ne suffit pas.
« C’est important pour un tout-petit qu’il entende la voix du père, de la mère ou de tout autre proche, pourvu que cela soit une voix dans la relation, insiste la pédiatre. L’imagerie du fonctionnement de nos neurones montre que quand on fait écouter du Mozart au bébé, il y a de toutes petites parties de son cerveau, celles de l’ouïe et du plaisir qui s’allument. Mais quand on lui fait écouter la voix de sa mère, il y a des tas d’autres zones du cerveau qui s’éveillent. Notamment dans le lobe préfrontal, qui est une zone qui sert à l’intégration des données liées aux aspects affectifs. »

4-7 ans : la chanson pour la fête scolaire

Et pour les plus grands, ceux qui sont en maternelle ou qui rentrent à l’école primaire ? « Pour ces enfants, le grand plaisir est de faire ensemble quelque chose de beau et de réussi. La chanson pour la fête scolaire en est un bel exemple. Elle donne l’occasion de faire une foule d’apprentissages, comme s’écouter dans le respect mutuel, développer sa confiance en soi, oser chanter, faire travailler la mémoire, organiser la pensée, suivre le rythme (une des bases pour l’acquisition des mathématiques) et intégrer des nouveaux mots en modulant des sons (un exercice qui renforce les muscles et le larynx et qui peut parfois faire disparaître certains petits troubles de la prononciation !). Tout cela avec un point d’orgue : celui de la fierté, le jour où l’enfant présente le spectacle aux parents ».   

Pas de chanson sur mesure

Y aurait-il un type de musique en fonction de l’âge ? Pas sûr ! Hormis les berceuses et les jeux de doigts (comptines), il n’y a pas véritablement de musique réservée aux enfants. Pour preuve : des grands-parents nous disent, le sourire en coin, qu’ils chantaient ou chantent encore des chansons de lutte à leurs petits-enfants. Par contre, ce qui est important, c’est que l’enfant ait accès à une grande diversité musicale.
« Pour le quidam, un oiseau est un oiseau et il n’entend qu’un pépiement. Pour l’ornithologue, chaque oiseau est une mélodie. Apprivoiser la musique, c’est vraiment ça, s’enthousiasme la pédiatre. Distinguer l’instrument dans un concert - un violon, une clarinette, une trompette -, s’imprégner des diverses couleurs quel que soit le style musical. Et les choses ainsi s’élargissent, s’ouvrent à l’enfant… »
Et de regretter qu’on réfléchisse au langage (certains petits souffriraient déjà d’un retard de langage dès 18 mois en Belgique francophone) sans aborder le chant, la musique, qui sont un support à la parole, une forme de langage universelle que beaucoup d’entre nous sont en train de perdre aujourd’hui.
« Attention, ajoute Marie-Christine Maroy, je ne demande pas aux parents de se forcer à chanter tous les soirs une chanson pour que le tout-petit passe une bonne journée le lendemain à la crèche ou que son grand frère travaille bien à l’école. J’invite juste les mamans, les papas - et pourquoi pas aussi les frères et sœurs ? - à essayer de retrouver au fond de soi cette spontanéité de faire jaillir des mots portés par des sons et à transmettre ce plaisir à l’enfant dès son premier jour. »
Le reste ne serait-il que consommation ? Une musique entendue sur toutes les ondes restera toujours extérieure à soi…

POUR ALLER + LOIN

Les + de la musique

La chanson fait grandir le cerveau de l’enfant, développe son langage, le rassure sur l’amour que lui portent ses parents… Elle favorise aussi :

  • La créativité quand le petit invente une chanson ou des gestes pour l’accompagner.
  • La découverte de son corps en dansant, sautant, tapant des mains.
  • La vie avec les autres quand il partage des instruments, coopère pour un spectacle, suit les règles et attend son tour.
  • La découverte du monde en écoutant ou chantant des musiques d’ailleurs.
  • L’apaisement : une étude canadienne montre qu’un bébé reste calme deux fois plus longtemps quand sa maman ou tout autre proche chante que quand on lui parle.

ZOOM

La musique, bonne pour tous les cerveaux

Du violoncelliste Pablo Casals, mort à 96 ans, au pianiste Arthur Rubinstein, disparu à 95 ans, en passant par le compositeur Igor Stravinsky, décédé à l’âge de 89 ans, on observe que beaucoup de musiciens ont eu une longue et fructueuse vie. La musique serait-elle une sorte d’élixir de jouvence ?
Dans un entretien accordé au Monde (10/7/2019), le neuropsychologue Hervé Platel, spécialiste de la perception de la musique, souligne les liens étroits entre musique, cerveau et imagination. Mieux ! Il a constaté que lorsqu’on enregistre l’activité cérébrale de personnes en train d’écouter de la musique, toutes les zones de leur cerveau s’activent. « La musique provoque une symphonie neuronale », déclare-t-il encore, en expliquant que non seulement les régions de décodage auditif se mettent en branle, mais également les zones motrices (quand on tape du pied ou qu’on s’agite pour danser), les zones de l’émotion et les zones visuelles.