Vie pratique
Les accidents domestiques sont les plus fréquents de la vie courante. Depuis le confinement, nous y sommes davantage exposés. Et en première ligne, les jeunes enfants.
Votre foyer, votre chez vous, votre cocon, vous l’avez pensé et aménagé à votre goût pour qu’il accueille au mieux votre famille. Ce lieu qui vous est cher recèle pourtant une série de dangers. Parce qu’ils sont sous vos yeux au quotidien, vous n’en avez pas toujours conscience. Contraintes de rester davantage à leur domicile en raison du Covid, les familles sont encore plus exposées.
« Les professionnel·le·s du secteur constatent une augmentation des accidents domestiques pendant cette période de pandémie », observe Christelle Senterre, chargée de projets à Educa Santé, une asbl spécialisée dans la prévention des traumatismes et à la promotion de la sécurité.
C’est aussi le constat partagé par plusieurs acteurs de terrain. Au Centre Antipoisons, le nombre d’appels reçus concernant des intoxications est en augmentation. Entre 2019 et 2020, ce sont près de 5% de demandes en plus qui ont été enregistrées. 21 333 appels ont été reçus pour des accidents d’enfants de 0 à 14 ans en 2020. Soit en moyenne 58 par jour.
Du côté des pompiers, même constat. « Le nombre d’accidents domestiques a augmenté en 2020, mais pas de manière fulgurante. En revanche, l’ensemble des autres types d’accidents comme ceux de la route ou sur les lieux de travail ont diminué », constate Stéphane Thiry, représentant des zones de secours wallonnes.
Malheureusement, la Belgique ne dispose d’aucun système de surveillance pour objectiver l’augmentation des accidents domestiques de manière transversale, c’est-à-dire tous types d’accidents confondus. « Jusque fin des années 90, plusieurs hôpitaux belges participaient au système Ehlass, qui inventoriait les accidents qui transitaient par les services d’urgences », explique Christelle Senterre.
En 2000, un de ces rapports présentait la répartition des accidents de la vie courante. En tête, les accidents domestiques qui représentaient 61% des cas, suivis de ceux qui surviennent au sport, à l’école ou dans les autres loisirs. En 2011, Educa Santé consacre sa première brochure, Focus Santé, aux accidents domestiques chez l’enfant. On peut y lire qu’ils représentent une des principales causes de mortalité chez les 0-14 ans. Entre 1990 et 2006, 8% des décès survenus dans cette tranche d’âges sont le fait de chutes ou d’empoisonnements accidentels.
Le top 3 des accidents
Si les chiffres récents manquent quant à l’ampleur de ces accidents du quotidien, la répartition est mieux connue. La moitié de ces faits impliquant des enfants sont des chutes, indique la Croix-Rouge jeunesse dans son document Ma sécurité à la maison. Les brûlures arrivent en deuxième position, suivies des intoxications.
En ce qui concerne les chutes, leur degré de gravité varie en fonction de la hauteur. « On dit toujours qu’un enfant qui tombe de deux fois sa hauteur encourt un risque de traumatisme crânien grave », avertit le pédiatre spécialiste des urgences, Stéphan Clément de Cléty. La table à langer qui fait environ 1m10 de hauteur ne représente pas un gros danger pour un enfant de 3 ans. En revanche, pour un nourrisson de 6 mois, les risques sont réels. Dès que l’enfant marche, le danger se déplace vers les escaliers, les fenêtres, le balcon.
La sécurité à la maison est en demi-teinte avec d’un côté des progrès notables et de l’autres des comportements à risques
Dans les cas de brûlures, 60% des enfants les subissent par un liquide chaud, dans le bain par exemple. Les brûlures par contact arrivent en seconde position avec le classique plaquage des mains sur le radiateur. Viennent ensuite celles causées par les flammes ou le feu.
En matière d’intoxications, la cause principale est la prise accidentelle de médicaments. Régine Pire, pharmacienne au Centre Antipoisons, précise : « Il y a un vrai attrait des enfants pour les vitamines colorées qu’ils associent à des bonbons. Les produits de nettoyage arrivent ensuite, puis les piles boutons et les recharges de cigarette électronique ».
Sans surprise, un nouvel invité s’est glissé dans la liste des produits ingérés : le gel hydroalcoolique. « Les enfants veulent faire comme les adultes et se désinfecter les mains, mais il arrive aussi qu’ils en avalent. En 2020, 700 enfants ont ingéré du gel hydroalcoolique. Certains ont aussi reçu des éclaboussures dans les yeux avec des lésions oculaires sévères pour quelques-uns », souligne Patrick De Cock, porte-parole du Centre Antipoisons.
Les facteurs à risques
Les enfants en bas âge figurent parmi les principales victimes de ces accidents domestiques aux côtés des personnes âgées. « La moitié des appels d’intoxications concernent des enfants, et plus d’un appel sur trois implique des enfants de moins de 4 ans », observe Patrick De Cock.
Même constat du côté de l’asbl Pinocchio qui vient en aide aux enfants brûlés et à leur famille. « On estime qu’il y a environ 400 enfants hospitalisés par an dans les six centres des brûlés. Dans cette catégorie, les 0-2 ans représentent 70% de nos patients », constate Claude Parmentier, infirmière depuis 40 ans auprès des brûlés et présidente de l’asbl Pinocchio.
Entre 1 et 4 ans, l’enfant cherche à découvrir le monde et commence par son environnement proche. Dès qu’il le peut, il bouge, touche, sent, goûte pour explorer. Cela fait partie de son développement psychomoteur naturel.
En tant que pédiatre spécialisé en soins intensifs et urgences, Stéphan Clément de Cléty épingle d’autres facteurs qui peuvent conduire aux accidents domestiques. « L’adolescence est une autre période au cours de laquelle les enfants sont davantage exposés. Certains jeunes se croient au-dessus de tout danger et cherchent à impressionner, principalement les garçons avec une proportion d’environ 60% contre 40% chez les filles. De même, les enfants hyperactifs ont moins conscience du danger ».
Le pédiatre note aussi une inconscience du danger chez certains parents. « Certains, démesurément exigeants, attendent de leurs enfants des choses qui ne sont pas adaptées à leur âge. D’autres, sujets à la dépression, n’anticipent pas les dangers et surveillent moins leurs enfants ».
Autre facteur à prendre en compte : le niveau socio-économique de la famille. La taille et l’occupation du logement ont une incidence sur l’occurrence des accidents domestiques. De même, la qualité des installations électriques, de chauffage, du matériel de puériculture et du mobilier ont aussi un impact. « Les moyens d’une famille vont aussi déterminer les investissements qu’ils seront prêts à faire pour sécuriser l’environnement », observe Stéphan Clément de Cléty.
Le pompier Stéphane Thiry complète : « Le risque d’accident domestique peut être multiplié par deux ou trois au sein des familles précarisées. Des familles qui se chauffent avec des petits appareils d’appoint, n’ont pas de mitigeur et chauffent le bain à l’aide de la bouilloire ou de casseroles. Celles dont les parents qui fument encore à l’intérieur, d’autres qui ne disposent pas de lieu sécurisé pour stocker les produits dangereux. Comment amener un niveau de sécurité identique au sein de tous les foyers ? C’est une vraie question de société ».
ALLER + LOIN
Les parents entre deux eaux
Les entretiens réalisés auprès des expert·e·s laissent entrevoir un constat mitigé, un peu comme si les parents naviguaient entre deux eaux en matière de sécurité à la maison. D’un côté, des produits de meilleure qualité ou des campagnes de sensibilisation qui portent leurs fruits. Avec pour effets : des pictogrammes apposés sur les emballages de produits ménagers, des recommandations d’âge sur les jeux, des conditionnements résistants…. De l’autre, des comportements insouciants qui se perpétuent comme le fait de stocker des produits ménagers sous l’évier, de laisser des médicaments à portée des enfants, de transvaser un produit toxique dans un contenant quelconque, de disposer de détecteur de fumée défectueux…
« L’accident n’est pas une fatalité, affirme Christelle Senterre, mais le parent ne peut le prévenir par une seule action. Cela demande une approche globale qui associe la prévention, des adaptations voire même des investissements. »
Trouver le juste milieu entre la protection de son enfant de certains dangers tout en lui permettant de s’épanouir à la maison, c’est le casse-tête que doit résoudre tout parent dans son logement. Stéphan Clément de Cléty complète : « Il y a moyen de faire en sorte que la maison soit moins dangereuse sans en faire une obsession, sinon on risquerait alors d’empêcher l’épanouissement de son enfant et de le rendre malheureux ». On peut dire non à un enfant sans pour autant tout lui interdire. « J’ai des arbres dans mon jardin, mais aussi une tronçonneuse dans mon garage. Je ne vais pas pour autant les abattre parce que les enfants jouent dans ces arbres. Je vais plutôt donner des conseils au moment des jeux ».
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