Loisirs et culture

Quand le livre fait la différence

Être différent·e des autres, cela peut être une vraie souffrance pour un enfant. Le sujet n’est pas toujours simple à aborder. La littérature jeunesse peut nous y aider de manière simple.

► Ma grande

La couverture en dit long : caser une fille longiligne dans un espace déterminé n’est pas simple. Qu’à cela ne tienne, Élise a le sourire. L’illustration plante le décor de ce livre d’une belle unité graphique. Les traits délicats en crayonnés roses, blancs et gris sur fond saumon reflètent bien la douceur qui émane de cette histoire tellement proche du réel. Un graphisme qui rappelle celui d’Un oiseau sur mon épaule, publié déjà chez Mijade en 2019.

Si la différence peut se vivre très douloureusement, elle peut parfois sembler anodine. Par exemple quand vous êtes plus grand·e que la moyenne. Subtilement, l’auteure montre les avantages et désavantages d’une grande taille. Elle multiplie les situations concrètes à la maison, en ville, à l’école (comme la photo de classe sur laquelle Élise se trouve toujours à l’arrière). L’illustratrice belge Sibylle Delacroix joue à merveille des plongées, contre-plongées et cadres qui permettent de dire par la mise en page le quotidien de cette gamine qui se sent « encore petite, à l’intérieur ». Ce livre-miroir pose de manière simple et concrète des questions d’identité et de place à trouver dans la société quand on sort des normes conventionnelles.
Ma grande, de Sibylle Delacroix (éditions Mijade). Dès 5 ans.

► Les oreilles d’Alphonse

Si les un·e·s évoquent la différence de manière réaliste, d’autres l’abordent de manière décalée, par exemple via la métaphore animalière. Y compris quand le sujet peut revêtir une certaine cruauté. Alphonse, le dernier né de la famille éléphant Déssibelle (sic), est né sans oreilles ! Dur, dur, quand la vie est truffée de sons. On découvre, et le parent-lecteur peut en jouer, que le léopard entend le galop de la gazelle, l'âne, le vrombissement des mouches, etc. Tout un monde de sons accentués par le choix de l’écriture cursive.

Tout cela est raconté dans un joyeux charivari, à grand renfort d’illustrations pop, avec quelques touches de couleurs fluo. La solitude et la tristesse d’Alphonse sont bien rendues jusqu’au jour où il découvre un arbre à oreilles. Il en a une jolie panoplie à sa disposition et il ne se prive pas de les essayer. Un pur délire ! Après Dumbo, Babar, Elmer, auxquels les autrices rendent un discret hommage, voici Alphonse parmi les éléphants amis des enfants…
Les oreilles d’Alphonse, d’Ambre Lavandier et Florence Voegele (Didier Jeunesse). De 3 à 8 ans.

► ni l’un, ni l’autre

Cet album d’aͶͶe herbauts nous apprend que nous sommes finalement tous et toutes différent·e·s et surtout pas comme papa ou maman. La rengaine « Moi, je ne suis ni l'un ni l'autre. Je suis moi » est là pour nous le rappeler. Phrases ultracourtes, binaires, au vocabulaire recherché, jeu sur les surnoms animaliers souvent donnés aux enfants tissent cet album sur l'identité et l’affirmation de soi à grand renfort de personnages souriants, colorés comme des taches. Des petits animaux familiers derrière lesquels se profile l’enfant qu’on ne voit pas et qui raconte les différentes étapes de sa journée… Subtil, très subtil.
ni l’un, ni l’autre, d’aͶͶe herbauts (les Albums Casterman). Dès 4 ans.



Michel Torrekens

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