Développement de l'enfant
Si votre bébé dort bien la nuit (comme pas mal de petits loups de 9 mois), quelle douce routine, alors, pour lui et vous ! Même s’il peut avoir des périodes plus chahutées, entre autres pour cause de maladie. À 9 mois, il n’existe que deux troubles du sommeil : les dépendances d’endormissement et les éveils partiels de nuit. Comment réagir ? Le point avec la pédiatre française Marie Thirion, coauteure avec Marie-Josèphe Challamel du très « reboostant » Le sommeil, le rêve et l’enfant (Éditions Albin Michel).
Une des caractéristiques de l’âge de 9 mois, c’est que, dans la construction de ses cycles de sommeil, le bébé est « à peu près arrivé à l’âge adulte » – « à peu près » car des modifications suivront encore. Cela signifie notamment que les cycles de chronobiologie sont bien installés : le fonctionnement du corps se régule sur vingt-quatre heures, avec l’alternance jour-nuit et des horaires réguliers de sommeil, d’éveil et de repas. Si votre bébé ne fait pas des nuits complètes et se réveille x fois en vous réclamant, il est temps de faire quelque chose !
Aidez votre bébé à trouver son sommeil seul
À 9 mois, votre bébé est censé être installé dans ses rythmes et être autonome pour trouver et retrouver le sommeil. « L’enfant, comme nous d’ailleurs, se réveille la nuit, rappelle Marie Thirion. L’essentiel, c’est qu’il n’ait pas besoin de l’intervention d’un de ses parents pour se rendormir. »
Mais un certain nombre d’enfants sont dans des dépendances d’endormissement. Ils se réveillent – et pas qu’une fois ! – en seconde partie de nuit (après minuit) et, pour réussir à se rendormir, ils ont besoin d’être pris dans les bras et bercés, de téter ou de recevoir un biberon, ou qu’on leur remette la tétine en bouche… et comme celle-ci a l’art de tomber ! « Il faut sortir le bébé de tout ce qui est dépendance à l’objet et à l’adulte, insiste la pédiatre. C’est la meilleure façon d’éviter d’avoir un enfant de 18 mois qui dort avec sa maman et dont le papa est renvoyé vers le canapé… Et donc, les parents sont présents au moment de l’endormissement de leur bébé mais n’interviennent pas pour le bercer, le prendre dans les bras, le faire manger… L’enfant doit trouver son sommeil sans aide pour qu’il puisse, quand il se réveille la nuit, se rendormir comme il s’est endormi, c’est-à-dire de manière autonome. »
Les terreurs nocturnes très fréquentes sont parfois le signe que le bébé manque de sommeil
À faire ? Parler clairement à l’enfant : « Bonsoir, tu dors maintenant et tu dors jusqu’à demain matin. Je vais te laisser t’endormir comme un grand, ce soir. » Lui donner des repères : une berceuse, son doudou qui le sécurise… Habituellement, il ne faut que quelques soirées de calme et de patience pour obtenir cet endormissement paisible. S’il pleure, aller le rassurer dans son lit sans le prendre dans les bras en espaçant de plus en plus ses interventions. Bref, lui apprendre à s’endormir et se rendormir seul, dans sa chambre, sans ses parents. « Une main rassurante posée sur le bébé, c’est possible. » Autre mise au clair : « Si le bébé s’endort avec sa sucette et qu’il ne la réclame pas par la suite, pas de souci ! Par contre, s’il pleure plusieurs fois dans la nuit pour que ses parents la lui redonnent, c’est une dépendance : il faudra la supprimer. » Tout cela peut se vivre dans le calme, avec peu de pleurs et de luttes si l’enfant sent ses parents sereins et sûrs de ce qu’ils lui demandent.
Terreurs nocturnes : ne le réveillez pas !
Les éveils partiels de nuit constituent un autre trouble du sommeil fréquent chez les bébés de 9 mois. Ils apparaissent en première partie de nuit (avant minuit, 1 heure du matin). L’enfant de 9 mois a déjà construit les alternances sommeil lent-sommeil paradoxal (ou sommeil du rêve), il s’endort déjà en sommeil lent, mais nouveauté : le sommeil lent devient plus profond en début de nuit, « et s’il est plus profond, il est plus difficile d’en sortir ». « Les éveils partiels de nuit correspondent à une anomalie dans l’alternance des cycles de sommeil : l’enfant n’arrive pas à émerger de l’emprise du sommeil lent profond pour passer en sommeil paradoxal, l’enchaînement ne se fait pas bien. Du coup, le corps se réveille et bouge, alors que le cerveau conscient reste endormi. »
Les manifestations de cette réalité physiologique peuvent aller « de presque rien à tout ». Le bébé peut mâchonner, marmonner et se balancer un peu dans son lit ; il peut s’asseoir, hagard, puis se recoucher ; il peut se mettre carrément debout en s’agrippant aux barreaux de son lit. « Et puis, il y a le tableau le plus impressionnant pour les parents, qu’on appelle les terreurs nocturnes : l’enfant se met à hurler de façon complètement incontrôlable, alors qu’il dort. On pourrait rapprocher les terreurs nocturnes du somnambulisme : c’est un somnambulisme de cris, explique Marie Thirion. Inquiets, les parents se précipitent, ils sont persuadés que l’enfant fait un cauchemar, ils le prennent dans les bras, ils veulent le réveiller. S’ils y arrivent, ils le mettent en déficit de sommeil… et, par là, ils entretiennent la spirale : il y a alors plus de risque que cela recommence. Il faut vraiment arriver, malgré la difficulté, à ne pas réveiller l’enfant. Vous êtes là à côté de lui, vous pouvez poser une main sur lui et vous essayez de l’aider à aller vers un sommeil plus profond, plus calme mais surtout pas vers le réveil. »
Les terreurs nocturnes très fréquentes sont parfois le signe que le bébé manque de sommeil. « Cela se produit souvent à un moment où on a modifié le rythme de ses siestes ou raccourci son temps de sommeil global parce qu’on le couche un peu plus tard. Le traitement est simple : augmenter son temps de sommeil, en réintroduisant une sieste en journée ou en le couchant un peu plus tôt le soir. »
L’AVIS DE L’EXPERTE
Le sommeil des bébés, une affaire de culture
Marie Thirion, pédiatre française
Le sommeil des bébés est une affaire profondément culturelle. Il y a plein de pays sur la planète où les enfants ne dorment pas seuls jusqu’à 5-6 ans et où les parents interviennent chaque fois qu’ils pleurent. Je ne suis pas contre cette idée si c’est ce que les parents peuvent supporter. Simplement, dans le contexte occidental, avec des parents qui partent au boulot à 7 heures du matin, reviennent crevés, s’énervent, ce n’est pas toujours réalisable.
Il faut savoir jusqu’où on peut aller soi-même, et cela en tenant compte de son environnement : parce qu’il y a le conjoint, la famille, les copains qui vont aussi avoir – et donner – leur avis sur la question.
Un bébé qui ne trouve pas son rythme de sommeil pendant dix mois alarme moins qu’un bébé qui ne mange pas pendant deux jours. Comme parent, on croit que ne pas dormir quand on a un bébé, c’est normal. Puis, très vite, quand on ne dort pas et que son bébé a des troubles du sommeil, l’entourage vous dit que c’est de votre faute et vous donne des conseils. On se sent coupable. On n’ose plus trop en parler. On se dit que ça va passer. Et on en reparle quand cela devient trop difficile, au moment où on va exploser. On n’est pas du tout dans un contexte culturel stable, avec des façons d’agir qui feraient que les parents savent où ils vont.
Quoi qu’il en soit, il faut savoir que quand on met des limites tôt, c’est plus facile ensuite.
ZOOM
Manque de sommeil ?
Les bébés ne sont pas tous pareils, il y a de grosses différences entre eux, rappelle la pédiatre Marie Thirion. « Certains bébés dorment moins que d’autres et vont bien. Il y en a qui ne dorment pas assez, c’est indiscutable ! Cela peut se repérer à deux types de comportement en journée : soit ils sont agités, hyperactifs, soit ils somnolent et peinent à fixer leur attention. Par contre, il n’y a pas d’enfants (en bonne santé) qui dorment trop ! »
LES PARENTS EN PARLENT…
Des réveils à répétition
« Robinson se réveille trois ou quatre fois par nuit… toutes les nuits : à minuit, à 2 heures du mat’, à 4 heures… Et il pleure, il pleure. C’est terrible ! Il attend qu’on lui redonne sa tétine, qu’on le berce, qu’on lui amène un biberon ou que sais-je ? On n’en peut plus. Encore heureux qu’on se lève à tour de rôle, mon homme et moi, pour s’en occuper ! Avec les voisins qui ont déjà rouspété plusieurs fois à cause du bruit, on doit vraiment faire gaffe. Il ne faudrait pas que Robinson devienne comme sa cousine qui, à plus de 2 ans, squatte quasi toutes les nuits le lit de ses parents. Bon, on n’en est pas encore là, quoique… On sait bien qu’on doit essayer d’amener notre petit gars à trouver le sommeil seul, qu’on doit être déterminés, tenir bon, ne pas céder. On essaie, mais ce n’est pas évident. Surtout pour moi. Il n’y a pas de porte entre nos chambres. Et je me réveille instantanément au moindre petit pleur de Robinson. Je ne devrais pas m’inquiéter comme cela. Une nuit, j’ai même rêvé qu’il toussait… »
Charlotte, maman de Robinson
Des pleurs et même des cris
« Victor est un gros dormeur. Il dort douze à treize heures la nuit et ses siestes, en journée, durent trois à quatre heures. Cela fait un mois qu’il pleure et hurle même dans son sommeil en première partie de nuit. Au début, son papa ou moi, on se levait et on allait lui remettre sa tutte en bouche… mais cela le réveillait ! On ne le fait plus. Le médecin nous a dit qu’il pouvait s’agir de terreurs nocturnes. En tout cas, la plupart du temps, il se rendort en moins de cinq minutes et on ne l’entend plus pleurer. Je suis une grande somnambule. Alors, tout ce que Victor vit la nuit ne me paraît finalement pas si étrange… »
Claire, maman de Victor
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