Loisirs et culture
Depuis des années, la Ligue des familles promeut la lecture, essentielle à l’épanouissement des enfants et au développement d’une société démocratique à travers une opération qui mobilise petit·es et grand·es.
*Auteur·es, illustrateurs, illustratrices, traducteurs, traductrices et maisons d’édition belges
1 chouette (dès 3 ans)
Deux enfants à la garderie attendent le retour de leurs mamans… Laquelle arrivera en premier ? Avec un esprit compétiteur (du moins au début), les enfants redoublent d’imagination pour que leur maman arrive en tête. On suit en images les mamans, guidées par le dialogue très spontané des enfants dont l’inventivité n’a pas de limites. Le résultat de cette course-poursuite haletante pleine de péripéties ? On vous laisse deviner !
Ce livre évoque avec beaucoup de naturel une situation quotidienne de beaucoup d’enfants, portée par l’imaginaire du « on disait que… ». Le dialogue en écriture cursive, tantôt en rouge, tantôt en vert, se déroule au rythme de cette course dessinée comme des séquences de film, tantôt sur deux pages, tantôt sur trois, toutes raccord. Les illustrations, enfantines, combinent pinceaux, crayons et surtout collages qui leur donnent du relief. Par deux artistes suédoises reconnues.
Il fallait l’oser : une pastèque devenue piscine. Et des ombrelles-nuages pour se protéger du soleil. C’est ce que nous propose d’imaginer la Coréenne Bonsoir Lune, par une journée de forte chaleur dans un paysage champêtre. Les illustrations, dessinées aux crayons de couleur, s’étendent sur la double page ou parfois scindent la page en deux ou trois cases, à l’horizontale ou à la verticale. Ce côté BD s’accompagne d’un texte très sonore, fait d’onomatopées et de courtes phrases.
Le récit, tout en sensations, nous entraîne dans un univers original, très enfantin et coloré. Même la temporalité s’échappe de la réalité : assiste-t-on à une saison estivale ? À une journée ? Ou ne serait-ce que le temps de manger une pastèque ? Peu importe, ce livre est très rafraîchissant ! L’auteure a déjà publié dix albums jeunesse en Corée du Sud et a récemment remporté le prix Korean Publishing Culture.
Voici un album illustré autour d’une maison et d’un jardin où l’on a simplement envie d’éprouver le bonheur d'habiter. Un album généreux en couleurs automnales à base de peinture à l’œuf sur papier bouffant, épais et doux au toucher ! Le jardin de Bergamote est jonché de feuilles rousses et de pommes rouges. L’enfant-narrateur y passe des après-midi hors du temps. Il joue avec les chats de l’aïeule, écoute les bruits de la nature et déguste de délicieuses pommes cuites en attendant le retour de son papa. C’est un temps suspendu, arraché à la course du quotidien. Suspension merveilleusement rendue par la simplicité et l’économie du texte et par l’alternance de pages parlées et de pages muettes.
La Japonaise Junko Nakamura convoque nos sens à travers caresses, odeur de menthe, bruit sur les feuilles mortes, lumières changeantes, saveur de la compote. Prix Sorcière – Carrément beau mini – en 2024.
Comme le graphisme, le pitch de l’histoire est simple : à l’aide de papier, feutres et scotch, un enfant bricole une télécommande pour se propulser dans le ciel. À ses côtés, sa petite sœur, réduite au rôle de spectatrice. Certes simples, ces pleines pages explosent d’un feu d’artifice de phylactères. Les deux personnages, eux, tiennent autant de la grenouille que du crocodile. Il y a Banfolé, grand frère imaginatif tendance autoritaire, au vert un peu plus soutenu que celui qui caractérise sa jeune sœur Fantawa, apparemment complaisante. Delphine Bournay joue de ces deux nuances pour signer leurs paroles respectives.
Il y a aussi deux décors : sur fond blanc plutôt dépouillé pour les scènes plus réalistes et sur fond aquarellé façon dessin d’enfant pour des exercices de voltige endiablés dans la stratosphère. La manipulation de la télécommande donnera à la futée Fantawa l’occasion de devenir maîtresse du jeu et d’en multiplier les possibilités. La composition des doubles pages accompagne subtilement l’évolution des rapports entre le frère et la sœur, jusqu’à un équilibrage des rôles grâce à leur complicité.
L’harmonie singulière de cet album tient d’abord au choix de tons saturés et contrastés (bleu indigo, vert, rouge et jaune orangé), alliés à une musicalité rythmée et sensuelle empruntée au registre de la comptine. Au moyen d’un graphisme rond à la naïveté enfantine, la Belge Sabine De Greef joue à positionner ses personnages comme le feraient des enfants manipulant les figurines d’un jeu de bois jusqu’à l’inéluctable effondrement ludique. Cela donne une histoire d’escalade conflictuelle et désastreuse, mais à laquelle elle offre une conclusion heureuse autour de la notion de commun.
2 chouettes (dès 5 ans)
Quel enfant ne rêve pas en secret de tisser une amitié avec un animal sauvage ? De collectionner bouts de bois, cailloux, feuilles et autres merveilles glanées dans la nature ? Avec ses illustrations dans un camaïeu de bruns, Sarah Cheveau nous plonge dans le voyage nocturne et onirique d'une enfant à la rencontre d'animaux sauvages au cœur de la forêt.
À la fin de l'album, l’autrice plasticienne partage le procédé de fabrication de ses outils, des bâtonnets écorcés et brûlés qu’elle expose en photos. Les pages somptueuses de son nuancier de bois brûlés, avec le nom de chaque essence d'arbre, émerveillent autant que les planches de silhouettes des feuilles. Un album généreux, y compris par sa qualité de papier. Il se dégage une grande poésie dans cette balade, avec des pauses graphiques entre chaque surgissement d’animal. Une ode à la création et à l’imaginaire.
Tout l’esprit de cet album est contenu dans la couverture, signature de l’incroyable Beatrice Alemagna. On y voit une petite fille penchée, ses longs cheveux orange fluo traînant sur le sol, scruter avec détermination son genou blessé. Le texte est simple et choisi. Par moments dialogué, il évoque avec justesse les états d’âme de l’enfant face à l’évolution de la croûte : douleur, peur, colère et, pour finir, l’amitié insolite entre la fillette et sa blessure décrite avec humour et délicatesse.
Magnifiques et expressives, les illustrations sont réalisées au crayon gras-chargé qui donne une belle matière au dessin. Alors que la fillette se pose des questions angoissantes quant à la disparition de la croûte, le décor s’efface pour laisser libre cours aux réflexions de notre héroïne. La fin est sublime ! Cette histoire, somme toute banale dans la vie d’un enfant, nous parle avec brio de notre rapport au corps, du temps qui passe, des blessures qui guérissent, mais qui peuvent laisser des traces.
Ce livre venu d’Amérique a pour titre originel Hot Dog ! Un teckel et sa charmante maîtresse y fuient les fortes chaleurs de la ville, les embouteillages, le bruit, la foule, les odeurs, l’air irrespirable. Aucun endroit pour se poser. Trop, c’est trop, les voilà parti·es pour la mer.
Le monologue intérieur du chien est court, concis et ce sont principalement les superbes illustrations qui racontent leurs pérégrinations pour sortir de cette fournaise. La mise en page est étudiée et soignée. Les tons chauds rouges et orangés, entourés d’un trait noir, reflètent la chaleur étouffante de la ville tandis que l’arrivée sur une île est accompagnée de tons plus clairs : bleu ciel, vert tendre, jaune du sable sur la plage… Cet album a obtenu la prestigieuse Caldecott Medal.
Sur la couverture de l’album, un jeune garçon aux grandes lunettes rondes marche fièrement en tenant en équilibre un gros œuf trouvé dans son jardin. Copains et copines d’âges divers se retrouvent autour de cette trouvaille peu banale pour, ensemble, la mettre à l’abri jusqu’à l’éclosion.
Au fur et à mesure de l’entrée en scène de chaque enfant, construite sous forme de randonnée par le biais de dialogues, on sent naître une petite bande reliée par une belle complicité doublée d’entraide. Le suspense reste entier jusqu’à la fin de l’histoire. Les illustrations réalisées avec des crayons de couleur dans des traits simples et un style personnel sont drôles et expressives. Le tout se déroulant sur fond de campagne en camaïeux verts.
Marie Dorléans nous avait déjà ébloui avec le multi-primé Course épique, autour de l’équitation, également publié chez Sarbacane. Dans le même format oblong horizontal on ne peut plus adéquat (surtout quand on ouvre l’album qui s’étale en longueur sur 70 cm), elle revient avec la même verve et un regard tout aussi aiguisé sur une autre discipline olympique : l’aviron.
Cette fois, la concurrence se vit à deux niveaux : sur et sous l’eau. Une double narration portée par une petite fille qui a plongé avec son masque et son tuba et qui rend lecteurs et lectrices complices de ce qu’elle voit et ce n’est pas joli-joli. Les dessins épurés à la ligne claire de cet album raffiné illuminent cette compétition aquatique, où rivaux trichent et se disputent. Au final, qui gagnera ? La morale est finalement là : le succès à tout prix ne mène à rien, en dépit de tous les subterfuges, et l'action est peut-être là où on ne le pense pas.
3 chouettes (dès 7 ans)
Voici ce qui arrive à celui qui se mêle des affaires des autres. Un bœuf travaillait jusqu’à l’épuisement. De son côté, l’âne menait la belle vie. Sur les conseils de l’âne, le bœuf resta allongé le lendemain, feignant l’épuisement. Le laboureur eut pitié de lui. Il le remplaça par l’âne tandis que le bœuf profita de la vie à son tour. La morale de l’histoire ? L’âne jura de ne plus jamais se mêler des affaires des autres.
Un livre très graphique aux belles illustrations noires sur lesquelles se détachent, sur papier mat, les silhouettes colorées des personnages. Le conteur libanais Jihad Darwiche livre une illustration imagée d’un proverbe arabe, édité chez Oui’Dire, maison dédiée aux contes et à la littérature orale.
Il fallait oser : écrire et dessiner le son du silence. Nous sommes à Tokyo, avec le jeune Yoshio qui s’extasie de tous les bruits de la ville. Il rencontre une musicienne de rue âgée, une joueuse de koto, sorte de harpe à l’horizontal. Celle-ci lui confie que le son le plus beau est le ma, le son du silence ! Yoshio part à sa recherche. Dans sa quête, il croise plein de sons, mais pas celui du silence. On vous laisse deviner où il le trouvera.
Dans cet album au format allongé, l’autrice et l’illustratrice ont puisé dans leurs souvenirs pour donner un aperçu inattendu de la vie japonaise. Des textes doux et poétiques et des illustrations mates et profondes pour une exploration à hauteur d'enfant dans une ville saturée d’onomatopées.
Auriez-vous envie de rester petite fille (ou garçon) pendant cent ans ? C’est à cette question originale que s’intéresse cette histoire simple, accrocheuse et surtout philosophique. Elle pose d’autres questions : ce que l’on espère de mieux pour son enfant peut-il se révéler une terrible erreur ? Que se passe-t-il si l’on arrête de vieillir ? La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?
Œuvrant dans le cadre rassurant d’un conte plein de fantaisie, où interviennent deux fées et un citron animé charmant, l’autrice parle de la tristesse d’une enfant apparemment comblée, de la puissance de l’amitié, mais aussi d’aventure, de mort, de rencontres… Dans des dominantes de bleu et de jaune, les illustrations vont à l’essentiel, dans un bel équilibre entre légèreté et gravité. Avec l’élégance, la tendresse et l’humour qui la caractérisent, l’artiste néerlandaise nous offre un roman initiatique d’une grande finesse.
Dans une ferme du Far West, une famille subit une tempête spectaculaire. À travers le regard des deux enfants, on découvre le tonnerre, la pluie qui perce le toit, le vent qui retourne la charrette... La famille se serre les coudes face à cette épreuve jusqu’au retour du calme, laissant un désert boueux, nouveau terrain de jeux pour se remettre de ses émotions.
La tempête est une splendide bande dessinée sans texte. Si le scénario tient en un souffle de vent, c'est la dynamique des magnifiques peintures qui emporte. On vit véritablement cette tempête, bouche bée, car si le récit est muet, sans mots, le bruit est bien présent tant le cataclysme décuple les sensations. Sans surenchère aucune, le Belge David Wautier signe une histoire devenue banale à la suite du réchauffement climatique mais d’une force bouleversante, poétique aussi.
L’autrice-illustratrice nord-américaine Phoebe Wahl fait vivre d’une façon profonde des valeurs essentielles au plus près de l’imaginaire enfantin. Entourée de créatures fantastiques (gnomes, elfes, souris, dryades…), Hazel vit en symbiose avec une forêt aux paysages enchanteurs. On y est totalement immergé d’autant que les motifs sont surdimensionnés par rapport à la taille d’Hazel et celle de ses voisins. Les illustrations, aux couleurs de la forêt, sont parfois présentées avec des formes et des contours arrondis évoquant intimité et confort. Le texte est présenté ici et là en bulles qui traversent à plusieurs reprises la page, dynamisant le récit.
La multitude des personnages raconte sans mot des sous-histoires et dessine une société progressiste : des espèces différentes vivant en paix dans la joie, le partage et le loisir. Contre-modèle face aux figures féminines traditionnelles des contes, Hazel est une jeune femme célibataire, au corps réaliste plein de rondeurs, avec des poils sur les jambes. Doctoresse, psychologue et sage-femme, elle aide sans cesse, au risque de s’oublier… Une expérience visuelle, émotionnelle et intellectuelle à l’empreinte durable.
4 chouettes (dès 9 ans)
Des enfants vivent dans une colonie isolée, sous les ordres d'une Cheffe, « chienne de garde » mi-comique mi-intimidante. Les Jonquerettes et les Pâquilles du titre sont deux groupes d'enfants en uniforme, non genrés : les premiers s'instruisent et jouent tandis que les seconds écopent de toutes les corvées. Seule les rassemble une ligne blanche qu'il est interdit de franchir. L'enfant narrateur un peu rebelle va se poser des questions et inciter ses camarades à inverser les rôles avant de les emmener vers la liberté.
Dans un texte formidable, non dépourvu d'humour, l’autrice-illustratrice suédoise Pija Lindenbaum remet en question avec subtilité l’absurdité de règles injustes. Les illustrations sont à la hauteur : un dessin au trait fin, des figures expressives, des couleurs lumineuses. Par le rejet des normes, les enfants entament une formidable révolte contre la discrimination et l'autoritarisme dans un livre à portée philosophique, politique et démocratique, proche d’une dystopie, entre fantaisie et réalisme.
Ce court roman séduit par son écriture fluide, à la fois claire et accessible, avec des approches poétiques, dont des haïkus très présents. Se dégage de l’intrigue l’importance des relations intergénérationnelles et de l’amour. Pour l’aider à guérir d’un chagrin d’amour, elle qui en a connu un il y a bien longtemps, une grand-mère emmène son petit-fils pour une escapade sous tente le temps d’un week-end. Tendre et généreux au risque d’être un peu explicite, ce texte propose une ode au pouvoir réparateur du temps qui passe, aux mille petits plaisirs qu’on peut cueillir et à la fameuse confiture de Berbéranza. C’est réconfortant, émaillé de jolis moments et de belles rencontres éphémères comme celle avec Amina et son père Youssek ou celle avec une biche.
Marc Daniau dit s’être inspiré d’une histoire vraie du delta de l’Okavango, au Botswana. Solo, femelle lycaon, seule rescapée de sa meute, affronte différents animaux, en croise d’autres, combat ses peurs, la faim… Le graphisme, très stylisé, offre une palette incroyable de couleurs complémentaires : les bleus-violets des rochers, de l’eau, des ombres s’opposent aux jaunes-oranges des herbes sèches et des pelages. Les nuances changent imperceptiblement en fonction de la course du soleil. Ce contraste saisissant des couleurs est accentué par la densité donnée par la peinture à l’huile. Chaque double page est un tableau en soi-même… On admire le découpage des mouvements des animaux et la différence des points de vue : les hyènes qui regardent Solo ; Solo qui regarde les hyènes avec effets de plongée et contre-plongée.
Si les images, grandioses, occupent l’essentiel de l’album, le texte, soigné et discret, en bas de page, offre une lecture de la nature par le flair et porte la narration. Parce que la vie en groupe facilite la survie, Solo fait le choix, momentané, de rester avec sa famille d’adoption, pourtant d’une autre espèce. Avec sa façon de nous regarder droit dans les yeux, elle nous délivre un message tant salutaire qu’universel.
Voilà une histoire sensible et douce, à l’image de Mischka, ce petit lapin blanc, médian transitionnel qui va libérer la parole d’une famille sur sa fuite depuis l’Afghanistan. Sur cette trame grave, le récit apporte de la légèreté en empruntant avec justesse le point de vue de la petite Roya. La cadette au caractère bien trempé, « qui ne pleure jamais », est attachante comme le reste de sa famille. Le récit s’ouvre sur l’installation de la famille en Hollande : désormais, les épreuves sont derrière eux. L’enjeu sera la mise en mots et le partage du récit, permettant d’acter ce nouvel ancrage. Le racisme et le déracinement sont présents, sans être au centre de l’histoire. On retient plutôt l’environnement aimant de la famille de Roya, la complicité avec ses frères, la facilité de l’héroïne à se lier, les institutrices bienveillantes. C’est un roman délicat, écrit avec pudeur, finesse et un humour subtil.
Cette pantomine (bande dessinée muette) nous emmène au cœur de la forêt, tous les sens aux aguets. En voulant rattraper son chien, une jeune fille entre dans un bois et y rencontre un garçon ainsi que, peu à peu, des animaux des sous-bois : oiseaux, blaireaux, cerfs… Progressivement, elle apprend à ouvrir vraiment les yeux et à se mettre à l’écoute. Elle tente ensuite de convaincre sa maman, paralysée de tristesse à la suite du décès de sa propre mère, de laisser la nature la soigner.
Les pages douces et silencieuses du Canadien Kengo Kurimoto invitent à aiguiser notre regard sur notre univers quotidien. Les dessins à l’encre et à la peinture, dans des teintes sépia, portent ce récit avec toute la douceur requise.
5 chouettes (dès 11 ans)
Pour protéger son pouvoir dictatorial, un tyran édicte une liste de mots interdits. Certains disparaissent, d’autres se vident de leur sens. Une poignée de résistants, le Mouvement des Mots Tus, apprend la langue des signes et parvient à sauver la richesse de la langue, restaurant peu à peu les valeurs de la démocratie, telle la liberté de pensée et d’expression.
Ce conte philosophique, sorte de Fahrenheit 451 ou 1984 pour enfants, souligne l’importance du langage pour une pensée libre, l’effet levier de quelques résistants, la force de la solidarité populaire... La forme du conte allégorique est soutenue par un humour discret basé sur des jeux de mots, y compris graphiques, ainsi qu’une illustration à la fois très actuelle et légèrement vintage.
Ce roman pour ados, où l’intrigue progresse sur les chapeaux de roues, carbure essentiellement à l’humour. Pour démarrer cette histoire de bagnole, Colin Thibert se plaît à poser deux personnages féminins (trois avec la tronçonneuse). Et si la narratrice Lison affiche 13 ans au compteur, la vraie ado est sans conteste sa tante de plus de 60 ans ! Bethsabée, ex-hippie enforestée, a eu une vie aventureuse. Suite à la panne de sa tronçonneuse, une antique Huskvannen Mark-II, elle décide d’emmener l’ado en Finlande dans son combi VW jaune safran pour retrouver le fabricant. Le road-movie de 2 389 km les conduit à Hämenlinna, au lac de Vanajavesi, après moult péripéties et anecdotes savoureuses. Le côté fleur bleue de l’aïeule ne résistera pas au charme nordique de l’homme devenu pêcheur, barbu et rond comme un père Noël. Un coup de foudre, la soixantaine passée, que découvre, amusée, la jeune nièce. Avec cette centaine de pages qui sent bon l’essence de sapin, l’auteur réussit le portrait d’un duo intergénérationnel pétaradant.
Animaux & humains - Yoko Heiligers (Hélium)
La relation entre les humains et les animaux est subtile et Yoko Heiligers a choisi une approche artistique originale pour la mettre en valeur, en s'inspirant d'anciennes affiches pédagogiques. Elle obtient un brassage d'approches culturelles à partir de points de vue variés. Sur chaque double page, les illustrations découpées et assemblées font apparaître des liens entre elles. Cette fascinante prouesse esthétique et technique nous invite à la contemplation et à la réflexion par des évocations, traditions, contes et jeux. Elle dénonce également les dérives de l'exploitation des bêtes par les humains et nos comportements envers les animaux, en vingt-cinq portraits. Les associations sont drôles, étonnantes ou intrigantes, le vocabulaire, recherché et fin. Des fiches documentaires complètent le contexte et les choix de l'artiste.
Pauline est embarquée à bord d’un paquebot luxueux, en croisière vers le Spitzberg. Son père a demandé à une de ses amies de l’accompagner. Ce voyage ne ravit pas du tout la jeune fille qui aurait préféré passer ses vacances avec son paternel. Au fil des rencontres à bord, elle se déride peu à peu. Le capitaine Ragnar l’accueille entre sévérité et empathie, la présence de la reine de Belgique et du petit Baudouin nous situe dans un contexte aristocratique, le jeune mousse Jean-Baptiste fait naître chez Pauline de premiers émois amoureux et lui fait découvrir une autre réalité sociale. L’amie du père, surtout, parvient à apprivoiser la gamine.
Le texte de Marie Desplechin autour de la différence de classes et de la recomposition familiale repose sur la correspondance de Pauline à son père et des extraits de son journal intime. Le tout est magnifié par les peintures grand format de François Roca, lumineuses à souhait.
Voici un livre jeunesse écrit par un auteur africain et c’est assez rare pour être souligné. Camerounais, Kouam Tawa aborde des réalités culturelles différentes comme l’exubérance d’un marché. Ce court roman graphique s’ouvre sur les préparatifs du jeune narrateur qui va défiler à la fête de la jeunesse. Mais cette année, Grand-grand-père est devenu le vétéran sénégalais d’une guerre qui s’est déroulée en Europe. Qui plus est, on célèbre les 50 ans de la Libération.
À travers ses souvenirs et un hommage à la paix, l’aïeul va changer le regard du jeune narrateur entre jouer à la guerre et faire la guerre. Les crayonnés en orange et gris, en particulier dans des pages muettes qui évoquent avec force les souvenirs du vieil homme, apportent au propos une délicatesse bienvenue. Les illustrations noir et blanc avec quelques touches jaune curcuma de l’Équatorien Marco Chamorro sont très expressives. Prix Lu et partagé 2024 – Roman junior.
La relation entre les humains et les animaux est subtile et Yoko Heiligers a choisi une approche artistique originale pour la mettre en valeur, en s'inspirant d'anciennes affiches pédagogiques. Elle obtient un brassage d'approches culturelles à partir de points de vue variés. Sur chaque double page, les illustrations découpées et assemblées font apparaître des liens entre elles. Cette fascinante prouesse esthétique et technique nous invite à la contemplation et à la réflexion par des évocations, traditions, contes et jeux. Elle dénonce également les dérives de l'exploitation des bêtes par les humains et nos comportements envers les animaux, en vingt-cinq portraits. Les associations sont drôles, étonnantes ou intrigantes, le vocabulaire, recherché et fin. Des fiches documentaires complètent le contexte et les choix de l'artiste.
EN PRATIQUE
- Pour tout savoir du prix Versele : liguedesfamilles.be/prix-bernard-versele
- Pour voter en ligne : liguedesfamilles.be/vote-versele-2026
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