Développement de l'enfant

Star Wars, saga de la relation familiale

Ce n'est un secret pour plus personne dans la galaxie : la nouvelle trilogie se termine... Qu'on l'aime ou non, elle ajoute pas mal de petites nuances à La Force et au Côté Obscur. La firme aux oreilles de souris a réussi l’exploit de s’attaquer à de nouveaux sujets pour en faire une fable moderne et progressiste. Autant de raison pour foncer au cinéma en famille. Mais à partir de quand peut-on aller le voir au cinéma avec les petits ? Comment s’opère une telle transmission, génération après génération ? Que dit la saga de notre époque ? L’incollable Björn-Olav Dozo, chercheur en culture populaire à l’ULG, nous guide avec « Force ».

« Mais pourquoi le Ligueur s'attarde t-il encore sur Star Wars ? », se demandent certain·e·s, dévoré·e·s à coup sûr par le côté Obscur. Parce qu'il s'agit d'un phénomène de société. Un mythe moderne qui par bien des aspects touche en plein coeur la famille.

Et ce que l'on aime par-dessus tout dans La Guerre des étoiles, c’est que, en un coup de sabre laser, on peut aborder des tas de thèmes chers au Ligueur : la transmission, l’initiation, les excès de consommation, la relation familiale, etc. Avec ce dernier épisode, il est plus que jamais question de filiation, de courage, de sacrifice, d'émancipation. La mythologie repose sur les mêmes ficelles.

Et ce que l'on aime, c’est sortir de ce spectacle virtuose et raconter le reste de l'épopée aux enfants. Se replonger dans différentes périodes : la genèse de la famille Skywalker, le mythe de Yoda, la bravoure des rebelles. Bon, mais attention, ce n’est pas à montrer à n’importe qui, ni n’importe comment.

Quand mes enfants peuvent-ils voir Star Wars ?

Saga familiale pour toute la famille ? Oui, mais... sous certaines réserves. Avant toute chose, hors de question de les emmener voir ce dernier opus, L'Ascension de Skywalker, avant 13 ans. Les sensations physiques du cinéma, mêlées à une certaine violence dans la forme et le discours, peuvent être choquantes. N'oublions pas qu'il s'agit aussi d'un film sur fond de crise, sur fond de guerre, que des personnages disparaissent brutalement... sans divulgâcher bien sûr...

À la maison, bien encadrée, une première vision peut se faire plus jeune. La Guerre des étoiles est typiquement le genre de film qui doit être expliqué aux enfants. « J’ai commencé par montrer à ma fille, dès ses 5 ans, les films par ordre de production. Soit les épisodes 4/5/6/1/2. Je n’ai pas montré le 3. Il est trop radical. Le retournement du héros, c’est quelque chose de beaucoup trop bouleversant pour les enfants. Ce que je fais, c’est que je zappe certaines scènes, tout en subtilité, sans rompre le fil de l’histoire ». Par exemple, quand Luke se fait couper un bras, quand Leia est enchaînée à Jabba, quand Dark Vador étrangle un soldat, etc.

Transmission, initiation, excès de consommation, relation familiale…  Star Wars aborde plein de sujets contemporains

Notre expert insiste et nous assure que cette fiction est importante - et davantage chez les parents fans -, car elle apporte de grands moments de bonheur aux petits. Ce serait dommage de les en priver. Il y a bien sûr tout un commentaire à faire en complément, sur le Bien et le Mal. À vous d’apporter les nuances nécessaires. La lecture « entertainment » ne doit pas être la seule. Même si l'excellente surprise de cette trilogie se situe justement dans l’aspect nettement moins manichéen que tout ce qui a été fait auparavant.

Fiction vs marketing

Rendez-vous compte de la transmission familiale que cette fiction distille. Il s’agit de la continuité d’une expérience plaisante au sein de la meute. Quarante ans après l'épisode 4 - le premier sorti, pour ceux qui ne savent pas -, un grand-parent qui a fait découvrir la saga à ses enfants peut potentiellement emmener ses petits-enfants. Attention toutefois, de bien faire le tri. Tout n’est pas au même niveau. Il faut bien dissocier le marketing de la fiction. Rien ne vous empêche d’offrir quelques figurines, quelques produits dérivés qui reprennent les vaisseaux, les héros, et même les méchants de la saga.

Mais tout cela doit se faire dans une certaine mesure. Le produit dérivé est le prolongement de la fiction et fait rêver les plus petits. Évitez la surconsommation Star Wars. Profitez-en pour expliquer aux petits comme aux grands qu’une boîte à tartines ou qu’un slip à l’effigie de la princesse ou de Chewbacca, ça peut être un piège. Voici donc l’occasion rêvée d’évoquer le discours marketing et ses dérivés… D’autant qu’il est redoutable, puisque tout public et savamment surexploité - pardon, orchestré - par cette fameuse multinationale de rongeur qui en détient désormais le monopole.

La relation familiale

Il y a depuis toujours une véritable volonté chez Lucas - le papa de cet opéra galactique - d’embarquer chaque spectateur dans l’aventure. Du plus jeune au plus âgé. On assiste donc à une véritable saga familiale avec des personnages d’une complexité plus ou moins grande. Et là encore, tout ceci est très important pour l’imaginaire de vos enfants qui ont besoin de magie et d’évasion.

Anakin, futur Dark Vador, très méchant ou très gentil, reste le personnage qui a le plus d’épaisseur. C’est le fer de lance de l’épopée familiale jusqu'à aujourd'hui. « Dans sa genèse, il est beaucoup question du père qu’il cherche. On met en avant sa révolte contre l’incapacité des élites politiques. De là découle sa radicalisation. Il trouve à travers l’empereur - le Mal - une figure paternelle, puis il redevient humain au moment où il assume son rôle de père vis-à-vis de Luke Skywalker. Quelle résonance avec une certaine jeunesse d’aujourd’hui, n’est-ce pas ? Par la suite, Luke va reproduire la quête du père absent qu’il va trouver en la personne d’Obiwan, puis de Yoda, jusqu’à retrouver et affronter son véritable père, Dark Vador ». Et dans la nouvelle saga, on continue à tuer le père…

Et les mamans dans tout ça ? « Toute la série repose sur une relation filiale. La mère de Luke meurt en couches et celle d’Anakin disparaît. D’où l’importance de trouver le père. Luke n’est pas beaucoup plus costaud que Dark Vador psychologiquement. Il est asexué. Il a un problème avec sa mère. Il a un problème avec sa sœur dont il ne peut pas tomber amoureux. Il s’en rend d'ailleurs compte quand il lui fait un petit smack. Les enfants ont une grille de lecture différente, selon les âges certes, mais ils comprennent tout cela », déroule Björn-Olav Dozo.

Un grand-parent qui a fait découvrir la saga à ses enfants peut faire de même avec ses petits-enfants

Et le schéma initiatique, alors ? Il a toute son importance, il va servir dans la compréhension d’autres histoires. « George Lucas est allé puiser plein de choses chez John Campbell, le spécialiste des mythes, qui évoquent la trajectoire, le parcours et la mythologie du héros. C’est à expliquer à vos enfants pour d’autres fictions qui peuvent s’avérer trop éprouvantes. Ça peut soulager. Pourquoi Superman quitte-t-il ses parents ? Pourquoi la maman de Bambi meurt-elle ? Etc. ». L’écho avec la parentalité et notre époque est incroyable. D’ailleurs, ça ne s’arrête pas là.

Ce que Star Wars dit de la société

Autre prouesse, Star Wars est un reflet captivant de notre société. L’empire du Mal incarne l’empire soviétique. L’épisode La revanche des Sith évoque les dérives sécuritaires post-11 septembre. Anakin combat son maître et lui dit : « Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes mon ennemi », ce qui n’est pas sans rappeler le propos du va-t’en-guerre George W. Bush, au moment de l’Irak.

« Il y a une contamination dans l’imaginaire. La saga évoque la déconnexion des élites avec le peuple. Les politiques trompent la confiance, comptent sur la dénonciation citoyenne, usent de stratégies grotesques et de moyens simplistes pour arriver à leurs fins. Ils font monter la radicalisation. »

Au moment où Palpatine se fait accorder les pleins pouvoirs, la sénatrice Amidala parle de « sacrifice de la liberté ». La scène dans le Sénat fait prendre conscience aux plus jeunes d’un contexte de crise. C’est rassurant de voir que, même dans un monde imaginaire, les personnages font les mêmes erreurs que les humains. Les grands tracas trouvent écho dans les épisodes ou spin-off à venir. Les politiques, sauce Trump ou Kim Jong-un y sont un peu évoqués. « Qu’est-ce que le Bien, le Mal ? Il y a une forme de remise en question dans la culture populaire aujourd’hui, ça a pullulé après le crash financier. Tout cela amène à des interrogations : ce qui me définit en tant que spectateur, l’idéologie que je soutiens, etc. ».
D’où l’importance d’une lecture familiale et de sous-titres éclairés qui forceront l’admiration de vos petits Padawan et feront de vous de vrais Jedi de la parentalité.



Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

À chaque âge son épisode !

Dès 5-6 ans : Vous pouvez regarder quelques scènes des anciens épisodes à la maison avec vos enfants, excepté le 3. Bien sûr, vous leur apportez une grille de lecture.
À partir de 10-11 ans : Vous pouvez les emmener voir le dernier volet au cinéma. Le IX donc. Vous les accompagnez et vous leur en parlez après.
Les ados de plus de 13 ans peuvent voir le dernier sans vous, mais attention de bien vérifier que ça ne les a pas trop secoués. Un film de guerre, à l'heure actuelle, ça mérite un éclairage parental.
En dessous de 10-11 ans : les petits ne sont pas contents parce qu’ils ne peuvent pas aller voir l'épisode IX au cinéma ? Expliquez-leur qu’ils verront tout d'un bloc, plus tard, puisqu’il s’agit d’une trilogie. En attendant, montrez-leur les derniers ou la série animée The Clone Wars, d’une centaine d’épisodes. De quoi patienter jusqu’ à la prochaine sortie ciné.

Attention aux nombreux pièges marketing. Lucasfilm a été racheté par Disney. Quelques jouets, oui. Mais pas plus. On dissocie le marketing de la fiction. Et pour tout ça... que la Force soit avec vous !

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