Développement de l'enfant
L'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur est toujours un événement qui chamboule la vie de famille. Souvent, les parents se posent la question de savoir comment l'aîné(e) va réagir et se comporter. Cette fois-ci, le Ligueur a pris le sujet à l'envers et s'est intéressé à de nouveaux ou futurs grands-frères et grandes-sœurs un peu particuliers : des ados âgés de 16 à 18 ans.
Antoine, 17 ans, ne sera bientôt plus fils unique, puisque sa mère est enceinte de 7 mois et demi. « Pour moi, c'est une situation un peu étrange et j'avoue que je suis dans le flou le plus total, explique l'ado. Encore aujourd'hui, on va dire que je suis 'l'Unique', celui à qui on donne presque tout ce qu'il demande, c'est hyper confortable, je l'avoue. Je me demande comment ce sera après l'arrivée de mon petit frère, mais je n'arrive pas à me projeter, à imaginer ce qui va changer ou pas dans ma vie. Ça me stresse un peu, c'est clair ».
Derrière le doute, Antoine ne cache pas non plus une bonne dose d'excitation. Pour lui, même s'il ne l'a jamais dit à ses parents avant, avoir un petit frère est clairement une bonne nouvelle. Il se sent déjà l'âme d'un grand frère : « Là, par contre, j'arrive bien à m'imaginer quand il aura le même âge que moi aujourd'hui. J'aurais 34 ou 35 ans, je pourrai lui faire partager mes goûts musicaux, faire du sport avec lui, lui faire découvrir des trucs que les copains de son âge ne pourront pas connaître ».
Des réactions parfois brutales
De son côté, Cassandre, la mère d'Antoine, essaye de ne pas trop s'en faire pour son futur aîné. Tout cela en sachant pertinemment qu'il y a de quoi être perturbé quand, à 17 ans, on apprend qu'on va avoir un petit frère. « On a eu à trois - Yann, mon mari, Antoine et moi - une discussion très franche sur l'arrivée du bébé. Il sait que la vie familiale va être bouleversée, mais on lui a aussi montré qu'il y aurait des conséquences superpositives pour lui. La principale qu'il a retenue, c'est qu'on va clairement être moins derrière son dos et qu'il va gagner un peu en liberté ! ».
Chez Louise, 18 ans, le son de cloche est radicalement différent. Dans sa bouche, les mots sont durs : aberration, n'importe quoi, boulet qu'on va traîner. Quand ses parents lui ont annoncé la nouvelle, elle a simplement eu envie de claquer la porte et de s'enfuir. « Mes parents ont beau avoir 44 et 42 ans, j'ai l'impression que ce sont eux les ados, lance Louise. Ce gosse, ils l'ont fait uniquement pour eux, sans penser à nous (ndlr : Louise a un frère de 19 ans), sans penser à l'équilibre familial. Quand des amis me disent que c'est génial, que ça prouve qu'ils s'aiment toujours et sont heureux ensemble, ça me met en rogne. Oui, ils s'aiment et ils sont heureux ensemble, mais ce n'est pas une raison pour faire un gosse. La naissance est prévue en octobre et ça m'arrange bien. Je serai alors dans mon kot à Louvain-la-Neuve et je n'en bougerai pas ».
Pour tous les psychologues interrogés sur la question de devenir grand frère ou grande sœur à l'adolescence, il est impossible de donner une réponse toute faite ou une recette miracle. Structure et histoire de la famille, état psychologique et stade de développement de l'ado, communication intra-familiale, il existe de trop nombreux critères qui entrent en compte, faisant de chaque cas un cas particulier.
L'importance de la communication
Cependant, il est une chose que les spécialistes recommandent : laisser faire le temps et ne jamais couper complètement la communication. Si la grossesse peut être une période conflictuelle à gérer, la naissance en elle-même résout parfois partiellement voire entièrement les problèmes. Luka, 16 ans, en est un bon exemple. Très perturbé après l'annonce de l'arrivée de sa petite sœur, il a totalement changé de comportement dès les premières minutes à la maternité.
«Au début de la grossesse de ma mère, j'ai tout rejeté en bloc : je ne voulais pas d'un frère ou d'une sœur, je ne voulais pas que ma mère soit enceinte. Je ne voulais rien savoir, rien entendre. Par mon comportement, les neuf mois de grossesse ont été pénibles pour tout le monde. Le 8 juin, Lucille est née. Mon père m'a demandé de passer à la maternité pour voir le bébé et ma mère. J'y suis vraiment allé à contrecœur. Et là, tout a basculé ! Je l'ai regardée toute petite, toute mignonne dans son berceau. Pendant trente secondes, je n'ai rien dit et, naturellement, j'ai balancé un truc du genre : 'Bienvenue, petite sœur'. Voilà, j'étais un grand frère, c'était hypernaturel et vachement fort. »
Et la maman de Luka de confirmer le changement de son fils : « Il est devenu plus mature, d'un coup. Ce n'est plus le petit garçon colérique d'avant, celui qui voulait tout, tout de suite. Maintenant, il est plus patient, plus posé, plus attentif aux autres. Et avec Lucille, n'en parlons pas, c'est un vrai grand frère poule ! ».
EN PRATIQUE
- Préparez le terrain. Ne mettez pas votre ado devant le fait accompli, expliquez-lui que vous désirez un enfant, que c'est un projet de couple qui vous tient à cœur. La confidence amène aussi très souvent la confiance !
- Donnez-lui du temps. Comme pour les plus petits, il est important de garder des moments à partager, rien qu’entre vous et lui. Même s'il est déjà grand, un ado a encore besoin d'avoir une épaule réconfortante et une écoute à disposition.
- Halte à l'esclavagisme ! Même s'il est bien dans ses baskets et qu'il adore avoir un petit frère ou une petite sœur, ne le transformez pas en baby-sitter à temps plein. Une fois de temps en temps, ça passera. Tous les week-ends, gare au conflit…
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