Développement de l'enfant

« Une ville dans laquelle on se déplace mieux est une ville où les gamin·es vivent mieux »

Armer nos enfants de craies. Orner l’itinéraire maison-école de mille et une couleurs. Telle est l’initiative du collectif au nom sans équivoque La ville aux enfants. On a rencontré les deux têtes pensantes qui n’ont qu’un seul objectif : faire de nos villes, des endroits où il fait mieux vivre.

L’initiative Trace ton chemin du collectif la ville aux enfants est presque née sous nos yeux. Sa tête pensante, Fred De Loof, est extrêmement sensible à tout ce qui concerne la sécurité routière, la façon de se déplacer et la qualité de l’air en ville. En joignant ses forces à Sophie Feyder, coordinatrice de l’asbl heroes for zero qu’elle prononce avec un « BBC accent » mirifique, ils lancent une initiative qui – on le professe depuis le départ – va se décliner au fur et à mesure des années dans les différentes écoles du pays. On vous raconte comment quelques coups de craies sur le bitume vont changer vos vies de parents toujours plus mobiles.

Trace ton chemin, Craie ta route

L’initiative des compères, on vous l’a présentée à l’occasion de ce dossier spécial biclou réalisé en juin dernier. L’idée est on ne peut plus simple : équiper les enfants de grosses craies et tracer les itinéraires de leur maison à l’école. Pour quel résultat ? Des multitudes de couleurs qui montrent les différents parcours sur le chemin des enfants. L’idée est d’aller au-delà du discours et de montrer toutes les difficultés qui existent entre ce point A et ce point B, et que l’on traverse toutes et tous quotidiennement, matin et soir.
Le trafic, la qualité des infrastructures, de l’air, les difficultés à circuler, les innombrables dangers, etc., rien à faire, en dépit des mille et un plaisirs qu’offrent les différents aspects de la mobilité douce, les entraves sont encore beaucoup trop nombreuses. C’est comme ça qu’a germé dans la tête de Fred, papa de deux enfants de 1 an et demi et 5 ans, l’idée de s’attaquer à tout cela.

Fred De Loof : « Je conduis mes enfants tous les matins à l’école à vélo et à pied. Je suis très attaché à tout ce qui touche à la qualité de l’air, mais d’abord à la sécurité routière. D’autant que j’ai perdu un être cher, mon neveu de 8 ans, victime d’un chauffard… Et je me suis promis que j’allais transmettre sa bienveillance en m’attaquant de façon positive aux vrais problèmes liés aux dangers de la route et ce de façon collective. L’objectif était préexistant, et ce drame n’a fait que renforcer ma motivation. »

Vous pouvez nous raconter comment vous vous êtes rencontrés l’un·e et l’autre et comment est né cette idée de visibiliser les itinéraires des enfants ?
F. D. L. :
« Ma prise de conscience depuis que je suis papa est simple : je ne veux pas faire subir à mes gamins un trajet périlleux. Le projet de la ville aux enfants est donc né de ça. J’ai assisté aux réunions de l’association des parents de mon école, où un groupe de parents s’était attaqué à la mobilité par le prisme de la qualité de l’air. Le projet vacillant, je leur ai donc indiqué que je voulais bien reprendre la thématique de la mobilité et monter un groupe de parents. Puis, lors d’une réunion d’information de all for zero, nous nous sommes retrouvés avec Sophie, issue d’une école voisine de la commune, sur la nécessité d’un plan de circulation digne de ce nom. Avec l’envie de soutenir une dynamique adaptée aux enfants. Nous avons fait tache d’huile. Et cette semaine, quatre écoles de notre commune vont participer à l’opération (voir encadré). »
Sophie Feyder : « Il nous a semblé que partir de l’enfant, c’était une bonne porte d’entrée. Plutôt que de ressortir les clichés habituels qui polarisent les un·es et les autres dans des camps, ici, on se concentre finalement sur ce qui devrait être le point commun de chaque famille : le bien-être de son enfant. Difficile de s’y opposer. On se situe d’abord comme parents, au-delà de l’étiquette cyclistes vs automobilistes. Personnellement, ma prise de conscience est née de là. En tant que maman d’une petite fille de 5 ans, dès qu’elle a commencé à marcher, j’ai flippé. Sur le trajet, j’étais concentrée sur les dangers. Et je vis avec ce sentiment qu’en termes de mobilité en ville, c’est d’abord la loi du plus fort, du plus rapide, du plus actif qui prime. Pourquoi pas une façon de repenser la façon de se déplacer en prenant en compte les plus vulnérables ? »

Vous trouvez que la façon de se déplacer en ville est encore trop pensée par le prisme de la voiture ?
F. D. L. :
 « C’est rien de le dire. En ville, comme à la campagne, on est encore dans quelque chose qui légitime le conducteur. Et c’est aussi en tant que propriétaire d’une bagnole que je parle. La conduite est agressive, les voitures sont de plus en plus imposantes. Dans l’inconscient collectif, il y a encore l’idée qu’une personne en voiture est plus importante qu’une personne à vélo. Comme vient de le dire Sophie, c’est une personne active, pressée, qui va bosser. Elle est prise plus au sérieux qu’un cycliste qui a l’air de prendre son temps, circule sur son biclou pour son plaisir personnel. Il y a là un gros paradigme à repenser. Encore plus si on le voit à travers le prisme climatique. »
S. F. : « Ce que l’on veut c’est alerter, peser le plus possible pour repenser les déplacements. Repenser le réflexe voiture. Repenser la façon dont on se déplace et dont on va au travail. J’entends encore trop souvent quand le débat tourne en rond : 'Tu veux le bien-être de tes enfants ? Bah, va à la campagne'. Comme si c’était au citoyen de s’adapter. Comme si la mauvaise qualité de circulation, la mauvaise qualité de l’air, la mauvaise cohabitation entre les moyens de circulation étaient une fatalité. On le redit, une ville dans laquelle on se déplace mieux est une ville où les gamin·es vivent mieux. »

Vous pouvez nous en dire plus sur ce sentiment d’insécurité que vous ressentez l’un·e et l’autre en tant que parents ?
S. F. :
« Elle est résumée par un anglicisme : non-injury accident. Que l’on pourrait traduire par un incident qui n’engendre pas de blessés. Mais qui crée ce sentiment très désagréable que chaque parent rencontre sur les trajets du quotidien. Un conducteur qui est au téléphone et manque de vous renverser. Un passage piéton qui n’est pas respecté. Une porte qui manque de vous mettre par terre, etc. Tout cela conduit à un niveau de stress lié au déplacement. Ce sont des agressions régulières. Les automobilistes isolés dans leur habitacle ne comprennent pas ce qu’ils engendrent et à quel point ils renvoient cyclistes, piétons et autres usagers de mobilité douce à leur vulnérabilité. »
F. D. L. : « C’est souvent à cause de cela que les parents n’osent pas bouger et mettre leurs enfants à vélo. C’est un frein que beaucoup de familles mettent en avant. »

« Au fond, qu’est-ce qu’il y a de plus indispensable qu’offrir un monde meilleur à ses enfants ? Il est plus qu’urgent de se mobiliser »

D’ailleurs quelles sont vos revendications avec Trace ton chemin ?
S. F. :
« On essaie d’être le plus concrets possible. On aimerait que la sécurité aux abords des passages piétons soit renforcée. Que l'arrêt et le stationnement soient interdits à moins de cinq mètres en-deçà du passage. »
F. D. L. : « Et d’abord SUR le passage piéton aussi, ce serait bien… »
S. F. : « Oui, pour commencer. Ensuite, on aimerait voir l’émergence de parvis d’école. Que l’on réduise la voierie et que l’on élargisse les trottoirs. Il nous semble important de retrouver un juste équilibre. Que l’on arrête de cantonner les enfants à des espaces réduits. »
F. D. L. : « Et surtout que l’on rende les enfants plus actifs. Parce qu’un enfant qui ne vient pas et ne repart pas en voiture, c’est un enfant en mouvement. Les impacts sur la santé sont énormes. On leur apprend beaucoup trop à rester cloîtrés. Tant qu’à faire avec un écran pour qu’ils soient bien calmes et bien patients dans les embouteillages. Alors que leur apprendre à se déplacer ensemble, par exemple, leur apprendre à jouer dehors aussi, c’est tout simplement une façon de leur apprendre à vivre ensemble. »

Qu’est-ce que vous avez à dire aux familles pour les inciter à brandir les craies ?
F. D. L. :
 « Tout ce que l’on a dit précédemment est un état des lieux. En aucun cas, une fatalité. Il est plus que jamais important de faire entendre sa voix. Que l’on habite en ville où à la campagne. Dès qu’il est question de plan de circulation, soyez présent·es. Parce qu’à force de dire que ça ne vous concerne pas et que vous ne pouvez rien faire, vous vous retrouvez à vivre dans des villes au dynamisme qui ne vous correspond plus. Il existe plein de levier pour agir. D’abord, il faut se réunir, puis, faire entendre sa voix, participer aux enquêtes publiques, aux réunions communales. Si ça ne va pas, monter des actions, envoyer des lettres ouvertes, alerter la presse. »
S. F. : « Chacun d’entre nous peut contribuer au changement de mentalité. Du voisin aux réseaux sociaux. Participer aux Kidical mass (ndlr  : manifestation cycliste, où les cyclistes forment une masse pour imposer leur vitesse au trafic, les fameuses masses critiques, version enfant) qui ont lieux à côté de chez soi, ça me semble être un très bon début aussi. »
F. D. L. : « Trop souvent, on se dit qu’on n’a pas le temps. Alors qu’on en consacre beaucoup à autre chose. Mais au fond, qu’est-ce qu’il y a de plus indispensable qu’offrir un monde meilleur à ses enfants ? Il est plus qu’urgent de se mobiliser. On rêve toutes et tous d’une ville mieux adaptée à nos enfants, non ? 

EN SAVOIR +

Trace ton chemin

L’action ? Dans quatre école de la commune de Saint-Gilles, ce mercredi, une action de sensibilisation est faite à l’école. Puis, jeudi matin, les enfants partent de chez eux avec une craie et tracent leur itinéraire jusqu’à leur école.

  • Toutes les infos sont à retrouver sur la page facebook du collectif.
  • Vous aussi, vous pouvez devenir un ambassadeur La ville aux enfants. Pour cela, rien de plus simple, n’hésitez pas à contacter le collectif à cette adresse.

ON AIME AUSSI

Du 1er au 31 octobre, 16 familles sont sélectionnées dans tout le pays pour laisser la voiture au garage et tester une nouvelle forme de mobilité avec le budget qui correspond à leur besoin.

  • Intéressé·es ? Tous les détails du projet sont sur la page de mobilityswitch,  

À LIRE AUSSI DANS LE LIGUEUR

Abonné
Voici ton premier smartphone et voici comment je veux que tu l’utilises

Développement de l'enfant

Voici ton premier smartphone et voici comment je veux que tu l’utilises

Inondations : un an après, des avancées contrastées pour les familles

Vie pratique

Inondations : un an après, des avancées contrastées pour les familles

Abonné
(Re)Penser les espaces urbains pour les ados

Développement de l'enfant

(Re)Penser les espaces urbains pour les ados

Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience. Par exemple, pour vous éviter de devoir indiquer à nouveau vos préférences lors de votre prochaine visite.
Cookies