Vie pratique
Un millénaire s’achève, un autre prend la suite dans un doux ronronnement. Le bug de l’an 2000 aura été une chimère, au contraire des Attentats du 11-septembre, véritable point de bascule pour le monde entier. Dans ce chaos, le navire Ligueur tient bon la barre et réaffirme sa position de phare médiatique parental avec un changement de cap virage éditorial.
En attendant la fin des années 90 et l’éventuel bug de l’an 2000 qui n’arrivera jamais, le Ligueur est tout à fait dans la lignée de la décennie précédente. Les journalistes s’attaquent à mille et un sujets selon leurs aspirations, que ce soit au coin de la rue ou à l’autre bout du monde. Et puis, arrive l’année 2001. En septembre, à New York, les tours s’effondrent sous l’attaque d’Al Quaïda. En octobre, en Belgique, les avions de l’emblématique Sabena sont définitivement posés sur le tarmac. De l’international au local, la société est ébranlée de toutes parts.
Des faits, mais surtout des clés
Fidèle à sa ligne éditoriale, le Ligueur tente de donner un maximum d’éléments de compréhension à ses lecteurs et lectrices, qu’ils et elles soient adultes ou enfants. Plus encore, il revient sur ces deux sujets dans plusieurs numéros consécutifs, avec à chaque fois de nouveaux éléments, de nouveaux angles. On sent derrière chaque article, chaque dossier la volonté d’accompagner les parents dans leurs réflexions personnelles ou d’envergure familiale. Avec notamment comme objectif de les armer pour épargner à leurs enfants les dommages collatéraux de ces fameux bruits du monde. Ce formidable travail de réflexion et de décryptage de la rédaction prendra à nouveau tout son sens en 2004 avec le procès de Marc Dutroux.
Entre temps, la société continue d’avancer, de faire bouger ses lignes, d’évoluer. Le Ligueur suit tout cela avec un intérêt et une curiosité jamais prise en défaut. Parmi les sujets abordés entre 2001 et 2007, on notera les frémissements des questions de genre, notamment à travers un article sur les garçons et la virilité comme systémique d’identification. Ou encore la place de l’informatique dans le cadre familial, entre virtualité, consommation et temps d’écran, à l’heure où la télévision est encore loin d’être menacée par internet.
Moins de familles, plus de parents
Et puis, l’actualité législative vient aussi donner de l’eau au moulin du journalisme parental. L’année 2003 marque l’entrée en vigueur de la loi « ouvrant le mariage à des personnes de même sexe ». En coulisses, si le débat est parfois houleux, dans les colonnes, la prise de position est claire : on salue cette avancée. Côté lectorat, on se livre une bonne grosse passe d’armes entre pro et anti, les un·es y voyant un vrai progrès sociétal quand les autres crient à la fin de la famille dite traditionnelle.
Cet épisode n’est pas anodin dans la vie de la rédaction. Il marque le début d’un regard un peu différent sur la famille, sur les familles, sans doute plus ouvert, plus proche d’une réalité plus diverse. Les articles sur les nouvelles formes de parentalité, que ce soit homoparentalité ou monoparentalité, se font plus présents. Doucement, le Ligueur fait sa mue, s’adressant moins aux familles qu’à tous les parents. Il s’intéresse aussi à des interstices, à des zones restées jusque-là un peu dans l’ombre comme le concept d’« adonaissant », pour parler des 11/13 ans. La subdivision en tranches d’âges que vous connaissez encore aujourd’hui se dessine peu à peu. Et en 2007, la révolution à coup de points d’interrogation est en marche.
LA VIE DU LIGUEUR
Faire la révolution avec des points d’interrogation
28 mars 2007, une des dates clés du Ligueur ? Oh oui, alors. Si l’ère 98-2007 que nous venons de vous présenter ronronne, mais ne rompt pas ou peu avec la ligne éditoriale des décennies précédentes, 2007, elle sera l’année de la révolution. Les lecteurs et lectrices, dès l’aube de cette année-là, voient leur Ligueur parsemé de points d’interrogation. Insidieusement, les abonné·es sont plongé·es dans un suspens éditorial. Que va-t-il donc se passer ?
Myriam Katz, rédactrice en chef de l’époque, ouvre donc ce numéro historique du troisième mois de l’an de grâce 07 pour annoncer le changement. « Suivez le guide ». Désormais, le Ligueur n’informe plus le parent, mais devient le premier vrai magazine de l’info parentale. Il raisonne en tranches d’âge. Colle au plus près de toutes les questions que se posent les parents et de leurs multiples réalités. Il découpe « le saucisson en tranches encore plus fines », comme le veut un de nos préceptes toujours en vigueur.
La rédaction fait toujours du journalisme. Mais un journalisme novateur. Un journalisme « de solution ». Peut-être même que votre magazine est le premier de l’histoire du pays à se plier à cette façon de faire. Cela signifie que, plus que jamais, il faut agir avec éthique. Agir avec constructivité. Agir avec recul. Agir avec hauteur.
Bien sûr, ce changement ne suscite pas l’adhésion absolue de toutes les plumes. Comprenez qu’il y a certaines réticences. Mais l’objectif est bien défini et le Ligueur s’engage dans une voie précise : se rapprocher le plus possible du métier de parent, parler parent, penser parent. Fini, donc, les longues analyses géopolitiques, les chroniques pointues sur la musique, le cinéma, la bande dessinée. Exit, les humeurs en tous genres. Adieu, les marottes intellectualistes. Bye-bye, la longue-vue sociétale qui dit tout et son contraire. Tout doit est traité à travers le microscope parental.
Contraignant, tout cela ? Un peu, peut-être. Les années qui suivent vont donner raison au philosophe néerlandais Spinoza : on s’épanouit par la contrainte. Très vite, le Ligueur devient plus fort sur ses deux pieds. Apprendre à « retourner la chaussette », prendre le sujet par l’autre bout, comme le répétera à l’envi Myriam Katz. Et le parent dans tout ça, s’y retrouve-t-il ? Il répond présent de la plus belle des façons qu’il peut le faire : il nous donne toute sa confiance. Et jusqu’à aujourd’hui, les taux de lecture au numéro rapportés par l’organisme officiel qu’est le CIM nous prouvent qu’il la renouvelle année après année. Le parent ? Non, les parents. Car c’est bien connu, ici, vous vous y retrouvez toutes, vous vous y retrouvez tous.
Yves-Marie Vilain-Lepage
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