Santé et bien-être
Depuis le 1er janvier dernier, la vente de cigarettes électroniques jetables est interdite en Belgique. Cela n’empêche pas les ados - de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreux - de fumer la puff. Souvent sous le radar de leurs parents. Zoom sur cette tendance préoccupante.
Au goût Bubble Gum, Ice Pop ou kiwi-fraise, illustré d’un alien ou d’un faucon, de format rond ou rectangulaire, en métal ou en plastique, de 10 000 à 25 000 puffs, avec ou sans écran… Nathan*, 16 ans et demi, fait défiler ses puffs. La plupart sont vides, mais il les garde parce que c’est cool.
« Les puffs, certain·es les collectionnent comme les Panini à l’époque. À ce rythme, il y aura des reventes de millésime 2024, ceux avant l’interdiction, ironise Martial Bodo, tabacologue (HUB-Bordet). Ceux que je nomme les dealers de nicotine ont bien soigné l’emballage. Maintenant, sur les puffs, il y a de la lumière, c’est très stylé ! »
Comme n’importe quelle cigarette électronique jetable, celle qu’on nomme la puff « disco » est pourtant dorénavant interdite à la vente en Belgique. Pour des raisons écologiques – leur batterie en lithium n’est pas recyclable - et de santé publique. Néanmoins, Nathan n’a aucun mal à s’en procurer : « C’est pas très compliqué, suffit que j’aille dans n’importe quel paki du quartier ».
Le budget mensuel qu’il y consacre ? « Entre 40 et 50€ par mois. Là, je me calme un peu niveau financier, le temps de retrouver un job. En attendant, j’ajoute de la grenadine, c’est ‘charbon’, mais j’arrive à allonger leur durée de vie ».
Nathan avait 12-13 ans quand il s’est mis à la puff. Mais il avait commencé à fumer des cigarettes à 11 ans… avec les amis de son grand frère. « Au départ, on se fichait de moi, puis tout le monde s’y est mis ». Car la puff a l’avantage d’être plus économique. « Tu peux juste prendre une taffe, dit-il en joignant le geste à la parole. Alors que la clope, t’es obligé de la terminer ».
Et puis, c’est olfactivement moins prégnant. « Je me suis quand même fait cramer par ma mère. Elle m’a dit que je sentais le fruit. J’ai mentionné un nouveau déo, mais elle n’y a pas cru longtemps, s’amuse Nathan. Maintenant, elle tolère si c’est sans nicotine ». Mais, tour de force de l’industrie du tabac, les puffs sans nicotine sont rarissimes.
« La semaine dernière, j’ai encore trouvé une puff vide dans son sac, elle a prétendu que c’était toujours la même, qu’elle la gardait pour en faire la collection »
Planqué·es dans les toilettes
Pourtant, « consommer la cigarette ou sa version électronique complique la vie de l’individu, rappelle Martial Bodo. D’autant qu’aujourd’hui, les espaces et les temps pour consommer se restreignent. Pour un jeune addict à sa puff, aller au cours et rester concentré devient compliqué. Il va commencer à tricher, à mentir pour aller aux toilettes, se cacher pour consommer. Cela abîme le conditionnement naturel du jeune ». Nathan confirme qu’il se retrouve régulièrement avec des potes dans les toilettes de l’école : « On se retrouve à quinze, c’est un moment entre potes. Un moment où on s’échappe un peu de l’école ».
Selon les spécialistes, l’influence des réseaux sociaux numériques constitue un espace de diffusion permettant de normaliser cette pratique comme étant « cool », « fun » et « tendance ». « Dans mon école, ils doivent être près de la moitié des 1re années (ndlr : secondaires) à fumer, raconte Léonie, 13 ans. Dès qu’ils sortent de l’école, ils fument. Ils veulent grandir trop vite, faire comme les grands. Y en a même une qui a fumé au cours, mais elle a été punie ».
Une fois que les ami·es pratiquent, l’abstinence devient plus compliquée à gérer. Émilie, maman de trois enfants dont deux ados, sait que sa fille de 13 ans vapote de temps en temps. « C’est toujours la puff des autres. Elle prétend que ses amies n’osent pas aller en acheter, donc elle y va pour ses copines. Je lui ai demandé si elle se rendait compte qu’elle dealait, qu’elle leur vendait de la mort. La plupart de ses copines le font dans le dos de leurs parents. Je n’arrête pas de lui dire qu’elle est en train de se faire avoir par les cigarettiers. Mais la semaine dernière, j’ai encore trouvé une puff vide dans son sac, elle a prétendu que c’était toujours la même, qu’elle la gardait pour en faire la collection. Je lui ai dit qu’elle pouvait faire collection de ce qu’elle voulait, mais pas de puffs ! J’essaie de la conscientiser plus que de la punir ».
Ne pas être négligent·e
Martial Bodo confirme que les parents ont un rôle à jouer pour éviter la consommation qu’ils sous-estiment. « Car un jeune qui fume, c’est trois infractions. Un, la vente de tabac à un mineur est interdite. Deux, la vente de puffs est interdite en Belgique depuis le 1er janvier 2025. Trois, le prix est soit excessif (car c’est une vente à risque donc avec un plus haut profit), soit le prix est minuscule, ce qui signifie que ce sont des puffs tombés du camion dont on ne connaît pas la provenance et encore moins la composition. La puff, c’est ‘une grosse merde’. Il suffit de faire preuve de bon sens pour le savoir ».
Le conseil du tabacologue : ne pas valider la puff de l’autre. « Si votre enfant vous parle d’un de ses potes qui fume la puff, ne minimisez pas l’information. Les adultes pensent trop souvent que la puff, ce n’est pas grave. Regardez toujours l’histoire comme si c’était votre enfant qui était concerné. Continuez à avoir ce regard bienveillant et profitez-en pour parler des dégâts ». Car, selon le tabacologue, l’industrie du tabac a un coup d’avance, « pour ne pas dire que nous avons carrément une guerre de retard ».
En effet, les puffs ne sont pas encore interdites dans tous les pays de l’Union européenne (UE), ni sur le net. « Le temps que la législation passe, elle sera déjà sur un autre moyen de vendre la nicotine… ». De fait, les billes de nicotine et des sachets de nicotine sont déjà lancés sur le marché. Objectif : garantir une nouvelle génération d’accros à la nicotine, et contrecarrer l’objectif d’une « génération sans tabac » en 2040, fixé par l’UE.
* Tous les prénoms ont été modifiés dans un souci d’anonymat.
« Un jeune qui fume, c’est trois infractions »
Ne pas être négligeant·e
Martial Bodo confirme que les parents ont un rôle à jouer pour éviter la consommation qu’ils sous-estiment. « Car un jeune qui fume, c’est trois infractions. Un, la vente de tabac à un mineur est interdite. Deux, la vente de puffs est interdite en Belgique depuis le 1er janvier 2025. Trois, le prix est soit excessif (car c’est une vente à risque donc avec un plus haut profit), soit le prix est minuscule, ce qui signifie que ce sont des puffs tombés du camion dont on ne connaît pas la provenance et encore moins la composition. La puff, c’est ‘une grosse merde’. Il suffit de faire preuve de bon sens pour le savoir ».
Le conseil du tabacologue : ne pas valider la puff de l’autre. « Si votre enfant vous parle d’un de ses potes qui fume la puff, ne minimisez pas l’information. Les adultes pensent trop souvent que la puff, ce n’est pas grave. Regardez toujours l’histoire comme si c’était votre enfant qui était concerné. Continuez à avoir ce regard bienveillant et profitez-en pour parler des dégâts ». Car, selon le tabacologue, l’industrie du tabac a un coup d’avance, « pour ne pas dire que nous avons carrément une guerre de retard ».
En effet, les puffs ne sont pas encore interdites dans tous les pays de l’Union européenne (UE), ni sur le net. « Le temps que la législation passe, elle sera déjà sur un autre moyen de vendre la nicotine… ». De fait, les billes de nicotine et des sachets de nicotine sont déjà lancés sur le marché. Objectif : garantir une nouvelle génération d’accros à la nicotine, et contrecarrer l’objectif d’une « génération sans tabac » en 2040, fixé par l’UE.
* Tous les prénoms ont été modifiés dans un souci d’anonymat.
EN SAVOIR +
Moins dangereux que la cigarette, la vape ?
Certes, la « fumée » d’une puff/e-cigarette n’est « que » de la vapeur et contient moins de substances cancérigènes qu’une cigarette classique. Néanmoins, les derniers résultats montrent que ces substances inhalées (généralement du propylène glycol, du glycérol et des arômes) peuvent irriter les voies respiratoires et provoquer une inflammation. « Les nouvelles études 2024-2025 démontent méchamment notre naïveté de penser que la cigarette électronique est inoffensive », affirme le tabacologue Martial Bodo. D’ailleurs, l’augmentation des admissions à l’hôpital de jeunes présentant des problèmes respiratoires est une tendance qui pourrait être attribuée à la popularité croissante des puffs.
- La Fondation contre le cancer a publié une recherche sur les jeunes et le vapotage en 2023.
- Martial Bodo donne des coachings dans les écoles pour aider les étudiant·es qui veulent arrêter de consommer. Infos : martial.bodo@hubruxelles.be
- Le documentaire Cloper sans fumée : la nicotine revisitée de Bärbel Merseburger-Sill démontre bien les dangers liés au vapotage.
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