Vie pratique
Tempête politique autour des allocations familiales. Au sein du gouvernement, le MR a pris celles-ci comme nouvelle cible pour aller chercher des économies. Face à ces incertitudes, nous avons reçu le témoignage d’une maman qui explique, calculette à la main, pourquoi le maintien des allocations familiales en l’état est vital pour les familles.
« Je lis ce matin dans la presse que le gouvernement wallon met la pression (et sans se cacher, le MR…) pour économiser sur les allocations familiales… Ben, tiens, le dernier poste qui n’avait pas encore été directement attaqué par ces gouvernements depuis deux ans ». Ces mots sont arrivés dans les boîtes mail de la rédaction. Son autrice ? Une maman de deux grands enfants de 16 et 20 ans. Dépitée. Inquiète. Pour elle, ces menaces sur les allocations familiales sont une nouvelle source de stress face, selon elle, à des « conditions de vie qui se dégradent ».
MR : boulettes et cervelas
Alors que cette maman, dont nous préserverons l’anonymat, se confie à nous par écrit. Le dossier des allocations familiales se retrouve au cœur d’une commission au Parlement wallon. Le débat prend une drôle de tournure lorsque le député réformateur Nicolas Tzanetos prend la parole. « Les allocations familiales, oui, c’est important. Personne ne dira le contraire. Mais ce n’est pas un revenu de remplacement. Il est destiné à soutenir l’éducation, le bien-être de nos enfants. Lorsque on vient de communes paupérisées comme les nôtres, on sait que l’argent des allocations familiales ne va pas forcément aux enfants. Parce qu’il y a des mauvais parents et qui vont les dépenser au café. On a des enfants qui bénéficient comme tous les autres d’allocations familiales et qui sont à l’école avec des cervelas, des boulettes de grande surface et qui n’ont pas le droit d’alimentation variée et cohérente au regard de ce dont ils ont besoin. Il faut arrêter de dire que parce qu’on donne de l’argent, on protège nos enfants ».
Le discours politique percute la réalité. Du côté du MR, cet argument a déjà été entendu. Notamment dans la bouche de son président. Ce discours en commission parlementaire n’est pas un dérapage, c’est une rhétorique bien huilée. Notre maman, elle, s’inquiète de ces saillies. Au départ de sa situation familiale, elle tire la sonnette d’alarme. Après avoir reçu son mail, nous l’avons contactée.
« Mon mari a perdu son emploi, explique-t-elle, nous n’avons plus pu compter sur un salaire de l’associatif, mais sur les allocations de chômage de l’ordre de 1 000€. On espérait encore qu’il puisse bénéficier d’une exception pour les plus de 55 ans (il a 58 ans), mais, pas de chance, il n’atteint pas les trente ans de carrière demandés pour y prétendre. Tout cumulé, son ancienneté est de vingt-neuf ans et quelques. Il ne peut maintenir son droit au chômage. Depuis trois mois, il n’a plus aucun revenu. Aux yeux de la société, il n’est plus employé, indépendant, ni bénéficiaire d’aucune aide et pas encore pensionné. À 58 ans, il est censé vivre de rien. Il n’a plus rien, il n’est plus rien socialement, avec tout l’impact sur l’estime de soi et sa place dans la société impacte sa santé mentale. »
La démonstration par les chiffres
Dans ce contexte financier difficile, provoqué par les décisions gouvernementales, un coup porté aux allocations familiales serait une nouvelle tuile. Pour être plus explicite, elle sort sa calculette. « Concrètement, au niveau des revenus, je ne peux plus compter que sur mon salaire qui équivaut à un petit 3 000€ et sur les allocations familiales alors que la vie est de plus en plus chère. En perdant les 1 000€ d’allocation de chômage de mon mari, on perd un quart de nos revenus fixes. La semaine passée, je lisais dans Le Soir que l’inflation est de 1,5%, les gens qui nous gouvernent ne mesurent pas ce que cela implique pour nous au quotidien. Rien qu’en essence, le prix du litre est passé d’1,45€/litre à 2€ en quelques mois. Nous, pour le même nombre de kilomètres par mois, on passe de 180€ de frais d’essence à 250 €. On ne fait plus que l’essentiel, conduire notre fille au train, on restreint au maximum les déplacements ».
En clair lorsqu’il est question de toucher aux allocations familiales, notre maman sort ses griffes. Une non indexation ? Pas question. Elle interpelle donc le politique. « J’aimerais qu’il prenne conscience de la réalité des personnes. On a bien travaillé, on avait les bonnes cartes dans notre jeu et, en deux ans, on se retrouve dans une situation où on doit boucler un budget avec les 3 000€ d'un seul revenu et les allocations familiales alors que les prix de l’énergie n’ont jamais été aussi hauts. Les prix ne reviennent jamais en arrière, on voit tout augmenter, je voudrais qu’il y ait une conscience concrète de l’impact dans des familles, ce n’est pas juste un chiffre dans une colonne de tableau Excel. On n'est pas la seule famille concernée, on n'en peut plus de ces mesures et de leur effet cumulatif. Ce n’est plus tenable, ce n’est plus audible ».
ZOOM
Le point de vue de la Ligue
Hier, alors que le débat fait rage en commission. La Ligue des familles prend sa plus belle plume pour rédiger un communiqué de circonstance. Là aussi, les calculettes sont de sortie. Dans son texte, l'association dénonce « des mesures cumulées qui coûteront des centaines, voire milliers, d'euros aux familles en 2027. Rien qu'avec une non indexation des allocations familiales, une famille wallonne avec deux enfants de 7 et 10 ans devrait sortir 112€ en plus de sa poche pour payer les mêmes frais qu'aujourd'hui ; et une famille de trois ados, plus de 230€. Mais à cela, il faut ajouter toutes les autres mesures affectant déjà les familles. La Ligue des familles en fait ici le calcul. Mais rien n'est définitif : il est encore temps de mettre un terme à cette hausse constante des charges qui pèsent sur les parents et de préserver les allocations familiales, le seul soutien sur lequel peuvent compter toutes les familles ».
Madeleine Guyot, directrice générale de la Ligue des familles, détaille l’impact d’une éventuelle non indexation des allocations familiales. « Pour les familles les plus précarisées, quelques dizaines d'euros, ça fait toute la différence pour remplir le frigo. Pour les parents de la classe moyenne aussi, cette indexation est fondamentale : ils subissent déjà de plein fouet l'impact complet de toutes les mesures décidées. Ils n'ont pas droit au minerval réduit, pas droit à l'exemption des droits d'inscription dans les académies, pas droit à toutes les aides réservées aux ménages précarisés. C'est indispensable de prendre des mesures pour préserver les familles les plus pauvres, mais les autres familles ne peuvent, non plus, continuer à supporter une hausse continue des charges. Il est encore temps, pour le gouvernement wallon, de préserver les allocations familiales pour toutes les familles ».
Comme en écho au témoignage de notre maman, Madeleine Guyot ajoute : « Un saut d'index, en pratique, c'est diminuer le niveau des allocations familiales par rapport au coût de la vie. On a vraiment l'impression que le gouvernement, ou certains membres du gouvernement, envisagent cette mesure en se disant : les familles ne verront pas le montant des allocations familiales baisser, donc ça passera. Mais les familles en subiront pourtant très concrètement les effets. En 2027, une famille avec deux enfants de 7 et 10 ans devra sortir 112€ en plus de sa poche pour payer les mêmes frais qu'aujourd'hui. Pour une famille de trois ados, ce sera plus de 230€ ».
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