Société
Historique. Le 13 août 1965, la rédaction du Ligueur interroge une femme ministre. Ce n’est pas que votre magazine boudait, auparavant, les femmes qui siégeaient au sein du gouvernement belge. Tout simplement, jusque-là, les ministres s’appelaient Alfons, Albert, André, Antoon, Pierre, Edmond, mais sûrement pas Marguerite. Jusqu’à cette date, les gouvernements étaient 100% masculins. Marguerite De Riemaecker-Legot fait donc figure d’exception en ce mi-temps des sixties.
Pour le Ligueur, une interview s’impose. Et à double titre. C’est que parmi les portefeuilles de la ministre (c’est un peu caricatural), il y a celui de la Famille. Et, là aussi, c’est historique, puisque c’est la première fois qu’il y a un ministre de la Famille au sein de l’exécutif. Un poste que réclamait la Ligue des familles depuis belle lurette. « Votre mouvement a si longtemps lutté pour que naisse ce ministère », concède la sociale-chrétienne toute fraîchement intronisée.
Dans la discussion, madame le ministre (à l’époque l’écriture inclusive n’est pas de rigueur) évoque quelques projets comme le lancement « d’écoles de parents » ou « de cours pour fiancés ». Et cela pour répondre à « un monde de plus en plus complexe ». L’autre compétence de Marguerite De Riemaecker, c’est le logement : « Il nous faut bâtir des logements meilleurs, et assez différenciés pour s’adapter à tous les besoins de nos familles ».
Rêves et réalités
En fait, le ministère de la Famille ne va pas vraiment passer l’épreuve du temps. Il disparaîtra douze ans plus tard lors de la constitution d’un des (nombreux) gouvernements de Léo Tindemans. On notera aussi qu’à partir de juin 1968, les femmes sont de nouveau absentes du gouvernement. Elles ne seront re-représentées qu’à partir de 1973. Et il faudra attendre 1979 pour voir au moins trois femmes rentrer dans un gouvernement. Une présence en dents de scie qui est loin d’être réglée quand on voit la part féminine drastiquement rabotée au sein de l’actuelle équipe de Bart de Wever.
Quoi qu’il en soit, à l’époque, le Ligueur n’est évidemment pas conscient que le combat pour la représentation des femmes au sein des gouvernements n’est pas encore gagné. Il n’est pas plus conscient du sort qui sera réservé au portefeuille de la Famille. À l’époque, on peut donc lire ceci : « Le ministère de la Famille est, et surtout devra devenir, la cellule la plus vivante et la plus agissante de la politique de l’humain, celle-ci prenant solidement appui sur la famille ». On ne peut pas être visionnaire à tous les coups.