Développement de l'enfant
Depuis 2018, l’asbl Rescue Life organise des formations de premiers secours pour les enfants de 8 à 12 ans. Nous avons assisté à l’une d’elles.
« Tout le monde peut sauver une vie », tel est le mojo de Mous, le créateur de l’asbl Rescue Life, homme imposant au sourire tendre. Aussi délicat que prolixe, Mous parle avec passion de ses formations. Probablement parce qu’elles l’ont sauvé, lui aussi : « À 16 ans, j’ai eu mon brevet de secouriste à la Croix-Rouge. Dans mon quartier, on m’appelait ‘la cible’. J’ai grandi dans un quartier difficile où il n’y avait pas grand-chose à faire. Il a fallu trouver d’autres choses pour éviter le carcan classique de la délinquance ».
Mous trouve sa voie en devenant utile aux autres. « Trouver un sens, c’est souvent ce qui manque aux ados. Ici, on peut apprendre à sauver des vies. Ce n’est pas rien ». La preuve, à 18 ans, alors qu’il travaille comme ambulancier, Mous réalise sa première réanimation. « Là, je me suis dit que j’avais un super pouvoir ! ». Lorsqu’il devient policier et n’a plus la possibilité d’être secouriste, il passe son certificat d’études pédagogiques, et, en 2018, il lance, seul, son asbl pour former les autres. « C’est important de savoir prodiguer les premiers soins ». Aujourd’hui, son équipe compte une quinzaine de personnes.
Louna, super agent
Dimanche midi, à Neder-Over-Heembeek, les deux formatrices du jour – Berfin, institutrice maternelle, et Sibel, coordinatrice en école de devoirs – accueillent les dix participant·es : neuf garçons et une fille. Rajae, la maman de Sofia, 9 ans, explique qu’elle attendait que sa fille ait l’âge de participer. « Quand elle m’a demandé : ‘Dis, maman, comment on fait pour réanimer quelqu’un qui a perdu connaissance ?’, je me suis dit qu’elle était prête ! ».
De fait, Sofia a les yeux qui pétillent. Plus tard, elle veut devenir médecin. Son frère, qui a dorénavant 12 ans, va, lui, participer au brevet de premiers secours la semaine prochaine, avec les adultes. « À 8 ans, on est trop petit pour faire un massage cardiaque, faire la méthode de Heimlich ou utiliser le défibrillateur, explique Mous. Avec les sauveteurs en herbe, on a des objectifs réalisables pour éviter la frustration, on optimise l’apprentissage en rendant cela ludique et accessible ».
Une formation pratique, adaptée à l’âge des enfants et surtout utile
Pour que l’image du rétroprojecteur soit nette, Berfin et Sibel ferment les rideaux, puis demandent aux enfants s’ils savent pourquoi ils sont là. Dix petits doigts levés. « Pour réanimer quelqu’un ! », répond avec fierté Sofia. « Là, vous êtes encore trop petits, mais il y a plein de choses très importantes qu’on peut faire avant pour aider les gens », répond Sibel. Berfin signale que « la seule condition du jour est le respect : quand quelqu’un parle, on ne lui coupe pas la parole ». Ils et elle opinent du chef.
Les deux formatrices lancent le rétroprojecteur sous le décompte des enfants : 3-2-1-GO ! Problème technique. Rires étouffés dans les manches des hoodies. Sur le mur, apparait enfin Louna, la chatte super agent. « Louna vous a choisis pour relever dix missions qui vous rapprocheront de l’objectif : décrocher votre brevet et votre badge de secouriste ».
Louca est choisi pour ouvrir une enveloppe. Première mission : se présenter. Tour de table poli et respectueux : ils et elle ont entre 7 et 11 ans, chacun·e explique ensuite ce qu’il, elle rêve de devenir plus tard et s’il, elle a déjà suivi une formation en secourisme. Seul Louca en a suivi une, grâce au scoutisme. « Mission réussie. Vous pouvez vous applaudir ».
Ma sécurité avant tout
Berfin demande : « C’est quoi, la sécurité ? ». Huit petits doigts levés. « Rester prudent », suggère Adam qui se verrait bien politicien. « Rester avec des gens que je connais et en qui j’ai confiance », mentionne Santiago. « Être bien protégé », affirme Pierre. « Bon résumé », affirme Sibel en dévoilant l’image d’une cuisine pleine de dangers. « Observez cette image, et repérez-y un ou deux dangers ». Quasi tous sont repérés : le feu sur la casserole, la bouteille de poison, les prises près de l’eau, l’étincelle du toaster, la paire de ciseaux et le couteau… Les réponses fusent.
« Qu’est-ce qu’il faut faire avant d’entrer dans cette cuisine ? », demande Berfin. « Regarder aux alentours ? », interroge Adam. « Exactement. On tourne sur soi, on pratique l’observation en 3D, à 360° : le plafond, les murs et le sol ». Sibel joint le geste à la parole. La mission 2 consiste d’ailleurs à observer la pièce actuelle pour y repérer les dangers possibles. Puis on enchaine avec la mission 3 : le numéro d’urgence.
« Vous le connaissez ? ». Quasi tous mentionnent le 112. « Et le 911 ! », crie Louis. Sourire des adultes : « Non, chez nous, il n’y a que le 112 pour appeler les pompiers, l’ambulance et même la police maintenant ». Les encadrantes donnent un truc aux enfants pour se souvenir du numéro facilement, même en cas de stress : 1 bouche, 1 nez, 2 yeux. Répétition générale.
« Que doit-on dire au 112 ? », demande ensuite Berfin. « On se présente et on explique la situation », suggère Louca. « Le plus important, mentionne Berfin, la toute première chose, c’est de donner sa situation. Là où on est. Comme ça, ils peuvent envoyer l’ambulance même si l’appel est écourté ». Sibel donne des astuces pour expliquer où on se trouve quand on ne connait pas l’adresse : les plaques au bout des rues, mais aussi les arrêts de métro, le courrier des voisin·es ou encore les feux de signalisation qui ont tous un code unique. Malin.
Une fois qu’on a dit où on était, on répond à quatre autres questions : le « Qui », le « Quoi », le « Quand » et le « Comment ». Dans cet ordre d’importance. Les animatrices mentionnent que l’application 112 permet la géolocalisation. « Mais on télécharge toujours une nouvelle app avec un adulte ». On passe à la pratique : Adam doit simuler un appel au 112. Il entre dans la pièce, fait une vision 3D, prend le téléphone. « N’appelle pas vraiment, sinon on risque des problèmes », sourit Sibel. Il simule l’appel, puis décrit une situation d’urgence de façon impeccable. Mission réussie.
Conscient ou inconscient ?
À chaque nouvelle étape, les formatrices interrogent les enfants sur leurs connaissances pour provoquer l’échange. Par exemple, « C’est quoi être inconscient ? » et elles terminent par donner la réponse correcte : « Si tu es inconscient, tu ne réagis pas quand on te parle, ni quand on te secoue légèrement par les épaules ». « Et si tu es somnambule ? », demande Yannis, espiègle.
Sibel place le torse d’une poupée sur une couverture. « Le problème quand on est inconscient, c’est que la langue peut bloquer les voies respiratoires. Il faut donc les dégager ». 13h45. « J’ai faim, supplie Pierre. On peut manger ? ». « Encore deux missions et on fait la pause, rassure Sibel, avant de revenir à l’essentiel. Comment peut-on vérifier qu’une personne respire encore ? ». « En vérifiant le pouls ! », s’exclame Yannis, tout fier. « Oui, mais on n’est pas médecin, rappelle Berfin, alors on applique la méthode VES ». VES pour Voir (si le torse bouge), Entendre (la respiration) et Sentir (le souffle par la bouche). Comment ? « En mettant son oreille devant la bouche de la victime, tête tournée vers son torse pendant dix secondes. Mais, avant ça, il faut dégager ses voies respiratoires en mettant la main en crabe, posée sur le front de la victime, pour la tirer vers l’arrière, et avec deux doigts de l’autre main, on pousse sur le menton pour ouvrir la bouche ». Tou·tes passent par la mise en pratique.
14h10. « On peut manger maintenant ? », redemande Louis. « Dans dix minutes, répond Sibel, mais la bonne nouvelle, c’est que la nouvelle mission prépare à la pause : l’importance de se laver les mains ». Petite note amusante sur les bactéries que nous avons sur les mains. Pour les « visualiser », les enfants s’enduisent les mains de crème solaire et de paillettes rouges, et passent ensuite à l’évier pour apprendre à se les laver correctement, pendant un minimum de trente secondes. Tout y passe : doigts, ongles, pouces, dessus des mains et poignets. Prêt·es pour la pause tartine, chacun·e sort son pique-nique.
Position latérale de sécurité
La formation reprend avec la position latérale de sécurité (PLS). « La position dans laquelle on doit mettre une personne inconsciente qui respire. Sinon, elle peut s’étouffer », explique Berfin. La stagiaire, arrivée en cours de route, remplace le mannequin pour la démonstration.
« On retire ses lunettes, on vérifie s’il n’y a rien dans les poches, on met sa main en serment (ndlr : à angle droit), on pose le dos de sa main sur sa joue opposée, on prend la jambe extérieure par le dessous, on pose le talon le plus près de la fesse, puis en posant la main sur le genou, on bascule le corps vers soi. Là, je lui relève la tête, lui ouvre la bouche, mets sa jambe en L et lui allonge le bras pour éviter qu’elle ne roule sur elle-même ». Chaque enfant essaie avec un autre enfant. Puis Yannis essaie avec Mous. Il donne tout ce qu’il a et réussit l’épreuve. « Et je fais plus de 100 kilos !, affirme Mous. Ce n’est pas parce qu’on est un enfant qu’on ne peut pas le faire sur un adulte. Ayez confiance en vous ».
La mission suivante leur apprend à soigner une blessure. Pendant que les autres répondent à un quiz, Sofia se fait maquiller une blessure dans la cuisine. « L’objectif du maquillage est d’être le plus réaliste possible et de marquer leur esprit. Pour que le cerveau fasse le lien avec ce qu’il faut faire dans ce cas-là », explique Mous.
Sofia rit en voyant le résultat sur sa main : « Ça va faire peur à ma mère ! ». À la vue de sa blessure, Louis et Pierre réagissent en chœur « Dégueuuu ». Thibaut demande si c’est une vraie et Max, envieux, aurait aimé avoir été choisi. Sofia simule le drame. Elle crie à l’aide et tient un couteau à la main. Elle a pour mission de ne le lâcher que si on le lui demande. Adam n’arrive pas en trombe. Max ironise : « T’as tout le temps de mourir avec lui ».
Les enfants apprennent la règle des 3 x 20 pour soigner une blessure : de l’eau à 20°C pendant 20 minutes à 20 cm de la brûlure. Elliot réapparait avec une fausse brûlure et simule une situation d’urgence, Louca vient le secourir en n’oubliant aucune étape. Même celle de se protéger en mettant des gants. La formation se termine par le rappel de toutes les missions – ce qui confirme que les enfants ont une mémoire d’éléphant – et par la remise des brevets sous les applaudissements des parents. « Maintenant, vous pouvez aider les gens. Soyez dignes de ce badge », souffle Mous. Les enfants repartent dotés d’une nouvelle aptitude. Voilà une formation qui aurait toute sa place au programme scolaire.
EN PRATIQUE
- Pour qui ? Rescue Life organise des formations pour les 8-12 ans, mais aussi en réanimation et désobstruction pédiatriques pour les adultes et le brevet de secouriste dès 12 ans.
- Où ? Généralement à Neder-Over-Heembeek, mais l’asbl est mobile.
- Combien ? 35€ par enfant.
- Infos : 0486 25 53 95 ou rescuelifebelgium@gmail.com
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