Loisirs et culture
Le prix de littérature jeunesse Bernard Versele met en avant les jeunes lectrices et lecteurs. Mais derrière cela, il y a des adultes passionné·es, dont Colombine Depaire, par ailleurs conseillère en médiation du livre et du numérique.
Comme freelance, ses activités via l’agence Picture This ! sont très variées : formation de bibliothécaires, d’enseignant·es, d’étudiant·es libraires, coordinatrice pédagogique et enseignante pour un master en édition BD, conceptrice d’expositions, etc.
« Toutes ces activités, explique la jeune trentenaire avec une pointe d’accent français, me permettent de rester au courant des pratiques professionnelles, d’être à l’écoute des publics et de connaître la petite fabrique du livre pour pouvoir transmettre ce que je découvre, par exemple à travers le projet français La BD en classe du Syndicat national de l’édition. Mes activités se recoupent et facilitent l’intercompréhension entre les acteurs. »
La tête en France, les pieds en Belgique
« La tête en France, les pieds en Belgique », ainsi se présente Colombine Depaire dans une de ses infolettres, en tant que Française installée à Bruxelles où elle a une vue superbe sur le Jardin Botanique. « J’adore Bruxelles, s’enthousiasme-t-elle, une ville dynamique, plus verte que d’autres, florissante en livre jeunesse et BD, formidable carrefour international ».
À son arrivée, elle prend contact avec Michèle Lateur, responsable du prix Bernard Versele. « J’en avais déjà entendu parler en France, se souvient-elle. Son travail de veille enrichissait mes connaissances sur la littérature jeunesse. J’ai rejoint le comité de prospection qui parcourt toute la production d’une année. Ce groupe m’offre un cadre d’échanges, de discussions car il est formé de personnes passionnées, bibliothécaires, libraires, mamans, qui font des animations autour du livre jeunesse et nous communiquent la perception qu’en ont les enfants, mais aussi les parents. Cela alimente ma vision des projets que je mène ».
Depuis plus de dix ans, Colombine Depaire est médiatrice au Salon du livre jeunesse de Montreuil et depuis trois ans à la Foire du livre de Bruxelles. Elle vient de finaliser l’installation d’une expo autour de la campagne Lisez-vous le belge ? Coordonnée par le Partenariat interprofessionnel du livre et de l’édition numérique (PILEn) qui a sollicité des écrivain·es sur leur vision de la pandémie, elle sera visible fin mai-début juin à la Maison européenne des autrices et des auteurs (MEDAA).
« Une de mes convictions se fonde sur l’importance d’articuler le livre et le numérique dans leur notion narrative, pédagogique, imaginative. Tout ce qui les relie, c’est l’histoire »
Durant le confinement, cette jeune passionnée a tenu un webinaire avec Bibliothèques Sans Frontières à destination des parents, conçu comme un échange interactif. « Il y a un fort intérêt des parents pour faire lire leurs enfants, une appétence à transmettre ce qu’ils ont aimé, mais aussi une curiosité pour la production éditoriale contemporaine. Ils s’émerveillent de ce qu’ils découvrent et ils prennent le temps de partager autour du livre ».
La tête en France, les pieds en Belgique. Mais pas uniquement : « J’aime me définir comme citoyenne du monde. J’ai vécu à Oxford et New-York, j’ai travaillé à la promotion des lettres francophones pour l’Asie et l’Amérique du sud, j’aime voyager, je m’intéresse aux cultures du monde ». Et le cœur de Colombine, où se nicherait-il ? Sa réponse fuse : « Au Japon, un pays que j’ai découvert enfant à travers les origamis. J’aime la langue, sa sonorité, son écriture très graphique. C’est aussi le pays des mangas. Les premiers livres que j’ai découverts sont ceux de Katsumi Komagata, des ouvrages qui réunissent enfance, art et littérature. Jusqu’en 2019, il était diffusé en Europe par l’association Les Trois Ourses, où j’ai effectué mon premier stage lié au livre. Ses livres sont maintenant publiés aux éditions Les Grandes Personnes ».
Le boom des créations numériques
Durant le confinement, on a assisté durant la crise à une créativité accrue des auteur·es et illustrateurs/illustratrices jeunesse sur la toile : livres animés, lectures de textes, ateliers graphiques, etc. Un sujet que Colombine Depaire avait déjà abordé dans son mémoire consacré à La dématérialisation de la lecture, où elle étudiait les créations numériques qui proposent une expérience différente du livre papier, en cohérence avec le support. Ce mouvement concerne un public croissant, mais qui reste limité.
« Par rapport au numérique, explique-t-elle, je constate un désarroi des parents par manque de repères. Ils sont en recherche de références ou de conseils, ce qu’ils trouvent dans les bibliothèques qui ont développé ce secteur ou à l’occasion de campagnes de sensibilisation comme 123clic.be, qui propose des activités numériques à réaliser avec les enfants. »
Le métier de Colombine Depaire est de promouvoir ces créations, mais n’y a-t-il pas un paradoxe entre pousser les jeunes vers les écrans et les risques que ceux-ci comportent ? « Ce qu’on limite, c’est le temps passé devant l’écran, répond-elle du tac au tac. Ce que l’on promeut, c’est la création et les ressources à exploiter. On met en avant des histoires et jeux numériques où le jeune n’est pas passif, mais participatif, actif, en ayant un contrôle de ses manipulations et de ses explorations, ce qui facilite sa compréhension du monde. D’où l’importance d’un accompagnement du numérique dans la vie des familles, en complémentarité avec les autres activités de l’enfant ».
Ceci dit, toutes les réalisations numériques ne se valent pas et une œuvre qui se limiterait à copier un album n’aurait pas de vrai intérêt. « Toutes les applications n’ont pas de plus-value, confirme la médiatrice. Si elles en ont une, c’est dans les fonctionnalités qu’offrent la tablette ou le GSM, comme le côté tactile, le déroulement d’écran ou scrolling en BD qui offre une image infinie, les bandes-son, les images animées, etc. Une de mes convictions se fonde sur l’importance d’articuler le livre et le numérique dans leur notion narrative, pédagogique, imaginative. Tout ce qui les relie, c’est l’histoire ». Ce besoin universel de se raconter des histoires pour mieux comprendre le monde et l’être humain, en savourant le plaisir d’une belle œuvre.
À LIRE ET À ÉCOUTER
Les choix de Colombine Depaire
Son top 3 de créations numériques
- Silvia Borando et son application Tout le contraire pour les petit·es.
- La grenouille danseuse d’Un pas fragile, imaginée par des étudiant·es.
- L’École de magie d’Elentil, une aventure conçue par l’association Les Mains en or, autant pour les aveugles et les malvoyants que pour les voyants.
3 albums coups de cœur
- Julian est une sirène, de Jessica Love (Pastel) : une ode à la liberté, à l’identité, au courage d’être soi, à la tolérance à travers un garçon qui se déguise avec des objets de sa grand-mère qui, elle-même se déguise aussi pour participer à la fête.
- Marcel et Odilon, de Noémie Favart (Versant Sud) : l’amitié entre une coccinelle et un escargot étourdi, contée dans trois tendres récits, truffés d’humour et de détails.
- La forêt, d’Ingela P. Arrhenius (Marcel et Joachim) : livre d’éveil à découpes adapté aux petites mains, chaque page représentant un arbre et ses habitants. Esthétique et ludique.
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