Loisirs et culture
Il y a plusieurs manières d’approcher un livre. Le lire bien sûr, participer à une animation autour de ce livre ensuite ou s’en inspirer pour créer, pour aller plus loin. C’est ce que propose le concours La Petite Fureur, qui invite enfants et adolescent∙es à lire un ouvrage belge et à en prolonger la lecture via la création d’une production artistique. Parmi les ouvrages proposés à des jeunes de 3 à 15 ans qui souhaitent participer à ce concours : le roman Au bord du monde, d’Emmanuelle Pirotte (L’école des loisirs/coll. M+). Le roman d’amour et d’errance de deux jeunes en quête de liberté, Trinity née dans le peuple rom et Terence issu de la bourgeoisie. Ce roman fait également partie des trois finalistes de L’Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, prix qui sera remis en novembre.
Présage de ces deux sélections ? Dans le Ligueur de décembre 2024, nous vous proposions une rencontre avec la romancière Emmanuelle Pirotte sous le titre « Les jeunes ne sont pas obligés d’aimer leurs parents ». Après sept ouvrages pour les adultes, Emmanuelle Pirotte venait de franchir le pas du roman jeunesse avec Au bord du monde (L’école des loisirs/coll. M+). Un livre où elle exprime son attachement pour les adolescentꞏes. Elle y campe un duo d’ados contrasté. Un garçon, Terrence, différent de ses comparses, bourré de talents, hypersensible, qui sera victime d’une injustice de la part de son école et de son père qui le méprise parce qu’il est différent de lui. Une fille, Trinity, heureuse dans sa communauté rom, extravertie, adepte de boxe et de Shakespeare, mais que ses parents veulent marier à un cousin contre son gré. Des personnages confrontés à des diktats parentaux.
Face à ces entraves familiales, Trinity et Terrence décident de fuir et montrent une belle énergie pour vivre leurs rêves. Rien ne semble les arrêter. L’une et l’autre ont une soif de liberté qui s’exprime dans leur décision de fuir le monde, de fuguer et de se réfugier au Peak District National Park, où ils se rencontrent. En pleine nature. L’école des loisirs, qui a approché Emmanuelle Pirotte pour lui proposer d’intégrer la collection M+, n’y a mis que deux conditions : que les personnages aient l’âge des lecteurs et lectrices et que la fin ne soit pas tragique. On l’a craint un moment durant notre lecture mais, comme dans la plupart de ses romans, l’autrice a ménagé une fin ouverte et lumineuse, car, au final, le père de Trinity est plein d’amour, sans compter la bienveillance de la famille, les frères, la tante Rose qui incarne la liberté et la rupture, etc.
Mais Au bord du monde ne s’arrête pas à cette histoire d’amour et d’adolescence. Comme quasi tous les livres d’Emmanuelle Pirotte et notamment De profundis et Les reines (Le Cherche-Midi), il pose la question de l’avenir du monde, celle d’une menace irrémédiable sur la planète et sur ses habitant·es. Et les deux personnages, à l’image de certains jeunes, l’expriment dans le livre de manière cash : « On y est presque au grand effondrement, mais est-ce si grave ? On va sans doute disparaître, nous les humains, et alors ? ». Ou plus loin encore : « La vie devant nous ? Haha, toujours les mêmes bons vieux clichés qu’on nous sert à toutes les sauces à nous, les ados, mais quelle vie, hein ? Quelle vie on nous propose ? ».
Le titre du roman est tiré de la chanson Plainsong de l’album Disintégration des Cure (que Terrence écoute et qui reviennent sur le devant de la scène avec ce dernier album et parlent encore aux jeunes d’aujourd’hui) : « Sometimes you make me feel like I am living at the edge of the world… » (Parfois tu me donnes l’impression de vivre au bord du monde). Au bord du monde, ce sont ces lieux où Terrence et Trinity se réfugient, entre ville et nature. Ce livre est aussi une ode à la nature, au pouvoir de la nature pour panser les plaies. Car le goût de la vie, Terence et Trinity l’ont, envers et contre tout, pour le pire et… le meilleur. À partir de 12 ans.
La Petite Fureur 2025-2026
Chaque année, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FW-B) organise un concours littéraire et artistique qui s’adresse aux enfants et aux adolescents. S’inscrivant dans la Fureur de lire, opération automnale de promotion de nos littératures, il a été baptisé « La Petite Fureur ». Celle-ci vise à mettre en avant l’importance de la lecture sous toutes ses facettes, tout en assurant la visibilité des auteurs et autrices ou illustrateurs et illustratrices mais aussi des traducteurs et traductrices de la FW-B.
Le concours s’appuie ainsi sur une sélection de 15 livres de chez nous, classés par tranches d’âges (de 3 à 15 ans). Les enfants et les adolescents sont invités à lire un ouvrage et à en prolonger la lecture via la création d’une production artistique : dessin, collage, poésie, chanson, adaptation théâtrale (tous les formats sont acceptés sauf les productions en 3D). Un jury composé des auteurs, autrices, illustrateurs, illustratrices, traducteurs et traductrices choisira les lauréats parmi les productions réalisées à partir de leur livre.
► Les livres retenus : découvrez ici les quinze titres retenus ainsi que leur présentation par le site Objectif plumes ou la revue Le Carnet et les instants.
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