Vie pratique

Avril 1956, la poigne de Roberte Franck

Une archive du Ligueur de 1956 sur la vie parentale

L’ARCHIVE DU LIGUEUR

En plein milieu des fifties, certaines lectrices du Ligueur réagissent négativement à un article de Roberte Franck. On vous a déjà parlé de celle-ci. Durant plusieurs années, elle a tenu la rubrique du courrier des lecteurs et lectrices, donnant (parfois avec autorité) des conseils aux papas et mamans. En avril 1956, elle répond au courrier d’une amie qui se demandait comment conserver la confiance des enfants lorsqu’ils deviennent plus grands. « Freddy a 15 ans et il est insupportable. (…) Je ne sais rien de ce qui se passe en lui et j’ai l’impression qu’il ne m’aime plus ».
Roberte a évidemment un conseil en béton à prodiguer. Il s’agit d’un triptyque infaillible : DISPONIBILITÉ – DISCRÉTION – COMPRÉHENSION (chaque mot écrit en capitales). La plume de la chroniqueuse est assez piquante, brossant le portrait très vif de parents qui font l’inverse du trio magique, par manque d’écoute, de tact et d’implication.
Voici un exemple : « À 9 ans, il vous est arrivé en courant et en sanglotant : ‘J’ai cassé la vitre de Jef, le cordonnier ! J’ai pas fait exprès, mais Jef est furieux’. C’était à vous de réparer ce petit drame. (…) Or, vous en avez fait une tragédie, vous le rappelez-vous ? D’abord, une gifle et puis, le soir, appel à l’autorité paternelle, avec une punition beaucoup trop grave pour un geste maladroit. Et votre enfant a su que vous n’étiez pas le havre où il pouvait se réfugier dans ses moments de détresse. Manque de COMPRÉHENSION ».
Des mamans s’interrogent. À la source de tout le raisonnement de Roberte Franck, c’est la disponibilité qui s’inscrit en lettres d’or. Or, répond une « fidèle lectrice » : « Je voudrais vous demander comment une maman de plusieurs enfants peut être disponible, comme vous dites dans votre dernier article sur l’éducation, pour écouter à longueur de journée tout ce qui se passe par la tête de ses gosses ».
C’est là que Roberte Franck sort un nouveau mot en capitale : PROGRAMME. « Il y a des ménagères qui n’ont jamais fini parce qu’elles arrangent mal leur travail, d’autres ont un plan qui réduit ce travail de moitié. Avez-vous déjà entendu parler de planning ? Actuellement, dans les usines, il y a des spécialistes du planning – ce mot vient d’Amérique – qui cherche à simplifier le travail et à mieux le diviser ».
Dans son explicatif, la plume du Ligueur appelle aussi les mamans à se faire aider, pour se donner du temps, par leurs enfants et par leur… mari : « Vous vous récriez, vous avez tort. Ces messieurs n’y ont jamais pensé parce que leur maman les a élevés en charmant égoïste ; ils ont toujours vu les femmes trimer jusqu’à la dernière minute de la journée pendant qu’ils fumaient la pipe en lisant le journal. Ils sont fatigués ? Mais oui. Et vous ? ». En 1956, Roberte Franck avait décidément son franc-parler dans le Ligueur entre rigueur militaire et émancipation au forceps.