Crèche et école

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Asséner que l’école n’a pas franchi le pas numérique et que long est le chemin qui mène au tout connecté, ce n’est pas tout à fait vrai. Aujourd’hui, parents et profs s’envoient de plus en plus de mails. On en parle peu, pourtant les protagonistes ont beaucoup à nous en dire, sous le regard expert de Christophe Butstraen.

Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes de plain-pied dans le futur. Rappelez-vous de vos propres parents, pour qui la relation avec vos profs se traduisaient par un bref échange le matin et le soir, tout au plus une réunion par trimestre. C’est désormais balayé d’un coup de stylet magique. Sans que ce soit quotidien, vous échangez avec l’instit de votre enfant des infos, des photos, parfois des blagues, des bons plans ou peut-être même un article du ligueur.be, qui sait ? La règle d’or absolue de part et d’autre au sein de cet échange virtuel et unificateur : que ça reste bon enfant. Est-ce le cas ?

Ni trop près, ni trop loin

Suzy, 26 ans, est enseignante en 3e primaire depuis trois ans. Pour elle, tisser des contacts virtuels avec les parents d’élèves est avant tout pratique. « Je prends en moyenne 300 photos par mois des activités pendant les cours. Quand je vois d’autres enseignants qui s’embêtent à imprimer, classer, personnaliser, je fais juste un lien par mail vers un serveur, une petite farde par thème et c’est fini ».

Même principe pour Olivia, 43 ans, enseignante en 1re primaire. « L’an passé, la déléguée des parents a organisé par mail un petit déjeuner pour que l’on se rencontre tous en classe. Ensuite, ça me permet de communiquer une info urgente. Je pense aux attentats, pendant lesquels j’ai pu leur transmettre toutes les consignes de sécurité. Et ça permet aussi de désengorger la file le matin quand je rassemble les petits sous le préau. Non, ça n’enlève rien au rapport de l’humain à l’humain, bien au contraire ».

Utiliser tous ces outils, génial, mais jusqu’où ? Christophe Butstraen, auteur de l'ouvrage Internet, mes parents, mes profs et moi chez De Boeck explique : « Il ne faut pas faire peur aux parents qui n’ont pas envie de se mettre à tout ça. Ces outils sont très bien, mais ils ne doivent pas exister au détriment des moyens traditionnels. Les familles doivent rester libres de leurs moyens. J’ai travaillé avec une école qui fonctionne bien sur ce mode d’interaction numérique. Et il faut dire que tout le monde n’y voit que des avantages. Autant les parents que les profs et les élèves. Tant en terme de fonctionnement qu’en gain de temps et d’économie ».

Et les dérives ? Olivia objecte et se ravise aussitôt. « Enfin, bien sûr, vous avez des parents qui en abusent. ‘Micheline a égaré son K-way dans les couloirs, merci de faire le nécessaire’. Dans ces cas-là, je ne réponds pas. Très vite, ça cesse ». Tim, papa de deux enfants en 3e maternelle et en 1re primaire remarque : « Le plus pénible, c’est que certains parents s’en servent pour raconter leur vie. Qu’on s’envoie des mails pour signaler une alerte aux poux, que l’on s’échange nos tuyaux ? Génial. Qu’on se contacte pour un anniversaire ? Parfait. Mais que des comptes avec l’école ou entre parents s’y règlent, ça inonde les boîtes mails et ça fini par dégoûter l’ensemble des utilisateurs. Dans la classe de ma fille, ça a pris une telle ampleur que l’on a décidé de confier la modération au délégué de parents ».

Inévitables, les points chauds ? « Tant que vous mettrez de l’humain, il y aura dérive, souligne Christophe Butstraen. Il faut bien que chacun se rappelle qu’il y a des lois, des règles, une bienséance à respecter. Que chacun se réfère aux bons usages. Pour avoir subi des dérives par mails, je sais qu’il faut agir tout de suite. S’expliquer, recadrer, dialoguer et tout rentre dans l’ordre. Tous ces débordements existent faute de pratiques ou d’informations. Vous voyez sur Facebook des parents écrire des âneries pas possibles. Il suffit juste de se dire entre adultes, sans agressivité, quand on franchit la limite. C’est plus facile qu’avec un ado, vous savez ! ». Au-delà de deux trois chicayas, rien de grave à signaler ?

La fracture numérique, aux portes de l’école

Les intervenants de ce papier le mentionnent tous : numérique à l’école rime encore trop souvent avec inégalité. « On ne va pas imposer aux parents de nous transmettre leur adresse mail. Chaque année, je me retrouve avec une bonne demi-douzaine de parents qui ne font pas partie de la boucle. C’est un bonus, rien de rédhibitoire normalement. Sauf qu’en vrai, c’est vachement excluant. Évidemment, il s’agit souvent de personnes qui ne veulent pas se mélanger pour d’autres raisons. Une barrière de la langue, un désintérêt de l’école ou autre », déplore Suzy.

Ramon, papa de trois enfants, dont une ainée en 3e primaire et un cadet en 2e maternelle, conteste : « Chez nous, les classes fonctionnent avec une application, Remind, dont chaque école peut se saisir. Le principe est ultra simple : on se connecte depuis la classe de son môme. Du coup, on nous rappelle sur nos smartphones des petits trucs qu’on pourrait oublier, genre la photo de classe. Et je n’ai pas du tout l’impression que ce soit un facteur discriminant, la preuve, tous les parents y sont connectés. Même les non-francophones, pour qui justement, c’est plus facile, plus direct ».

Alors, quoi ? Inégalitaire ou pas cette histoire de « chaîne virtuelle » comme la qualifie Suzy ? « On a essayé jusqu’à l’échelle politique de réduire la fracture numérique, note encore Christophe Butstraen. À mon avis, il faut être lucide : il y aura toujours les revêches. Ceux pour qui il est hors de question de franchir le pas, par principe. Et ceux qui ne savent pas. Je ne leur jette pas la pierre. Ce sont des exclus du système scolaire. Ils n’ont pas accès à ce monde virtuel ? L’école doit être créative, elle doit mettre en place des outils pour faire sauter les barrières… si pauvre soit-elle ».

Mais quoi, alors ? Tous les parents sont connectés entres eux. La révolution numérique est donc bien en marche. Même à l’école ? Ne nous excitons pas. Pour preuve, Églantine, maman de deux enfants en 2e et 4e primaire qui déplore : « On a connu ce genre de procédés. Ça donne une impression de profs bien dans leur époque, impliqués, qui se soucient de l’enfant au-delà du cadre. C’est très appréciable. Et depuis la rentrée, nouvelle école et, hélas, plus rien. C’est assez regrettable. Je mesure maintenant combien c’était précieux. J’essaie de créer un peu de réseau, mais sans impulsion des profs, ça ne fonctionne pas ».

Comment s’y prendre, dans ce cas ? « Il existe des choses formidables dont on ne parle pas. Une plateforme comme Zeus, en open source, qui demande quelques heures à un groupe d’enseignants pour se l’accaparer. C’est génial et on n’en parle pas. Pourquoi ? Une pression économique énorme. Après, tout ceci est ce qu’il est : un outil de communication qui doit être envisagé au service de l’enfant, de la famille, de l’école. L’enjeu numérique à l’école, il est autre, à un niveau pédagogique. Si tout cette technologie demande autant de temps que le papier, alors je suis contre. Mais si tout ce qu’on a dit dégage à la longue du temps administratif c’est un beau défi. C’est précieux. Je signe ».

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Les oubliés du numérique

Ces revêches dont nous parle l’expert, le GezinsBond et la Ligue des familles y consacrent une enquête.

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