Loisirs et culture

Carl Norac : trois coups de cœur

« Écrivain au souffle court », comme il se qualifie lui-même, Carl Norac a publié environ 150 livres ! Plusieurs ont été illustrés par de prestigieux créateurs et prestigieuses créatrices belges et primés en Belgique comme à l’étranger. Des livres traduits dans… 47 langues. Impossible de les présenter tous. Outre le magnifique Lucky Joey (École des Loisirs/Pastel), déjà présenté par ailleurs dans le Ligueur, en voici trois présélectionnés lors d’une édition du prix Bernard Versele et que nous présentent deux lectrices du comité de prospection.

Poèmes pour mieux rêver ensemble,
avec Géraldine Alibeu (Actes Sud junior)

Cet album invite l'enfant à l'envol, à la songerie, à l'évasion poétique. Comme avec Kitty Crowther lors d'un précédent recueil, (Petits poèmes pour passer le temps, Didier Jeunesse, 2009), Carl Norac a trouvé en Géraldine Alibeu la complice idéale pour illustrer ses textes, mais aussi pour écrire à partir des dessins de l'illustratrice. Le duo se complète parfaitement, l'univers chaleureux de l'illustratrice venant renforcer avec humour et tendresse le contenu fantaisiste et rêveur de chaque poème.
On retrouve des thématiques chères à l'auteur : le temps, les saisons, la nature, l'enfance, l'amour, la poésie, le voyage... Si l'imagination règne en maître, l'actualité se glisse parfois, l'air de rien, au détour d'une ligne : il y est question de sans-papiers, de la guerre, de fermeture de centrales, de manifs... À la liberté de ton, l'inventivité de la langue et l'optimisme des textes répondent les images joyeuses et douces de l'illustratrice.
Usant de la couleur ou du noir et blanc, elle entremêle avec bonheur crayon, feutre, tissu et collages. Les enfants s'amuseront volontiers à picorer au gré des pages, selon leur humeur. Il y a de quoi sourire, rire, s'étonner, réfléchir, créer et... rêver ! Carl Norac le souligne dans un dernier poème : « Le chemin, ce n'est pas toujours toi qui le traces. Cependant, le rêver, c'est déjà le tracer. N'abandonne jamais tes rêves. ». Ce recueil a obtenu le premier prix Jean-Hugues Malineau destiné à récompenser un ouvrage de poésie pour la jeunesse.
Catherine Hennebert

Rue des Amours,
avec Carole Chaix (À pas de loups)

À La Louvière, il y a une Rue des Amours… Vrai de vrai… On l’imagine bien, toute rose et bleue, avec des tonnelles et des oiseaux qui pépient… un peu tordue, pavée, fleurie et colorée… Mais non ! Elle est grise, un peu négligée, de gros pigeons viennent y picorer les restes du marché et les passants se hâtent d’arriver au bout… Heureusement, elle n’est pas très longue !
Carl Norac, quasi-louviérois, a été intrigué : ce nom un peu mystérieux doit cacher un secret ! Et le voilà parti en reportage poétique, de l’immeuble Casanova aux petites maisons ou villas, jusqu’au bout de la rue, avant de déménager pour Autrepart. Et Carole Chaix marche sur ses traces – le précède ? – dessinant dans la rue des parcours colorés d’une maison grise à l’autre. Et la couleur gagne les maisons, pastille par pastille, éclat par éclat.
À chaque numéro, dans chaque appartement, une rencontre : des amoureux, un chat, Monsieur Daily Mirror, le baron d’Empty … Tous ces personnages un peu bizarres, un peu absurdes vus avec des naïvetés poétiques, par la jeune narratrice, composent une galerie de portraits aussi variés que peut l’être une rue, parfois touchants (l’infirmière du 37 ou la famille du 29), parfois glauques (celui-qui-ne-me-cause-pas au 37) ou carrément détestables (la cravate noire du 13 bis). À chacun, Carole Chaix donne vie et couleur avec grand talent, interprétant les portraits de Carl à sa manière, comme si le lecteur, à chaque numéro, ouvrait une boîte à surprise dont s’échapperaient lumière et couleurs. Vivement le déménagement pour Autrepart, d’autres portraits, d’autres poèmes.
Laurence Leffebvre

Sorcière blanche,
avec Herbéra (À pas de loups)

Quel beau duo créatif pour ce récit nordique à portée symbolique ! Dès la couverture et les pages de garde, le lecteur et la lectrice sont entraîné·e·s dans une double aventure (physique et intérieure) au cœur de la civilisation et des croyances Inuits. Dans sa dédicace, Carl Norac rend hommage au sculpteur contemporain Inuit Barnabus Arnasungaaq, son « maître à rêver », et à son illustratrice « artiste chamane », tandis que Ghislaine Herbéra dédie l'album à « tous ceux qui parlent en silence ».
Amoureux des arts dits premiers, les deux artistes conjuguent leurs talents pour offrir aux enfants une œuvre profonde et envoûtante, empreinte de spiritualité, de magie, de mystère et d'un brin de malice. L'histoire est riche en péripéties. Bravant les moqueries, le froid glacial et l'immensité blanche de la banquise, Anuun le garçon-au-sourire fera preuve de courage et d'astuce pour contrer la sorcière blanche en mal d'enfant et ramener la petite Smilla (corps et âme) à son père.
Le texte musical et poétique est ciselé, les phrases sont courtes, rythmées par les répétitions et les noms aux consonances étranges. L'auteur excelle à rendre perceptibles le lent écoulement du temps, le froid extrême du dehors, la force de la nature, la présence du surnaturel ainsi que l'évolution des sentiments qui traversent les protagonistes. On s'étonne, on frémit, on s'émerveille, on s'émeut, on sourit aussi tout au long de cette histoire en boucle.
Utilisant la technique mixte (peinture et collage), Ghislaine Herbéra donne une remarquable interprétation du texte en se glissant de manière experte dans l'esprit d'un artiste Inuit. Alternant petites vignettes en noir et blanc et grandes peintures en couleurs, ses images sont directement inspirées de l'art des peuples de l'Arctique. Ses personnages aux expressions marquées semblent posés de manière un peu théâtrale dans des décors dépouillés où le blanc-gris-rose de la glace côtoie le rouge et vert des aurores boréales. Un conte du Grand Nord où il est question de sorcellerie et de différence, mais surtout d'amour et de tendresse.
Catherine Hennebert

 

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