Vie pratique
En une trentaine de récits-portraits, l’album Grands-parents (Mijade) est comme un miroir de la grand-parentalité. Miroir offert aux parents, qui y verront leurs propres grands-parents, mais aussi leurs parents devenus grands-parents ! Miroir tendu aux grands-parents d’hier et d’aujourd’hui, bien sûr. Et, enfin, un album pour les enfants auxquels ce beau livre apportera sourires attendris et réflexions sur leurs aîné∙es… Rencontre avec l’illustrateur Quentin Gréban et l’autrice Hélène Delforge.
Dès le départ, nous sommes partis sur un a priori qui s’est révélé faux. Quentin Gréban et Hélène Delforge étant beau-frère et belle-sœur, nous pensions que ces portraits étaient directement inspirés d’expériences familiales. L’inspiration de départ a plutôt été esthétique et venait de Quentin Gréban.
« J’ai toujours été attiré par les portraits, exercice particulier du dessin, explique celui-ci. Je suis un raconteur d’histoires. Dans les dessins, je sème des indices. La Joconde raconte aussi une histoire et évoque, avec son sourire énigmatique, des pistes différentes pour chacun. »
« Le sujet de Grands-parents, quatrième titre d’une série de portraits, est venu de nos lecteurs, complète Hélène Delforge. Ils nous ont challengés après Maman (2018), Amoureux (2020) et Papa (2023). Il y avait une attente, et moi, j’étais intéressée par le côté mémoriel. J’avais aussi envie d’interroger les modèles familiaux, de contrer les belles images, de montrer nos fêlures, qu'on ait le droit à l'imperfection, d'être faillible, d'être un jour triste ou de ne pas avoir l'énergie. »
Cela donne une galerie de récits et de personnages très variés, issus de différentes époques, mais aussi de différentes cultures : asiatiques, africaines, andines, comme occidentales. Des tableaux que l’on verrait bien aux murs de musées ou de châteaux, mais aussi dans les salons familiaux. Avec la dimension universelle apportée par la grand-parentalité.
Illustrer l’illustration avec des mots
À l’inverse de ce qui se fait majoritairement en littérature jeunesse, Hélène Delforge vient mettre des mots sur les peintures proposées par son beau-frère. Ces mots ne dupliquent pas ce que nous voyons, mais ajoutent de nouvelles notes.
« Le texte a une vie propre, il peut être lu sans l'image. Je suis une éponge. J’aime entrer en résonance avec ce que j’observe, avec les personnes autour de moi, confie l’autrice, y compris dans le métro, ce qu’elles disent et même ce qu’elles ne disent pas. La parentalité, et la famille en général, est le lieu de l'émotion, du doute et des questionnements sur qui on est, sur ce qu'on fait dans le monde, sur ce qu'on veut transmettre, sur nos valeurs. Elle peut aussi être un lieu de souffrances. Je suis inspirée également par mes lectures : Kipling que me lisait mon papa, L’art d’être grand-père de Victor Hugo, Zazie dans le métro, Stephen King. »
Évidemment, leurs propres grands-parents sont source d’inspiration. « Il y a plusieurs couches. Nous sommes les petits-enfants de quelqu’un, les enfants de parents devenus grands-parents et je pense souvent à mes petits-enfants imaginaires, sourit la maman. J’ai hâte d’en avoir pour retrouver ce que je vivais avec mes enfants ! ».
Cela donne une série d’histoires très touchantes. Les réalités de vies grands-parentales y sont variées. Les points de vue diffèrent, tantôt des aîné∙es s’expriment, tantôt des parents ou des petits-enfants, filles et garçons, et même un chat jaloux ! Il y a plein de jolies trouvailles, tantôt légères, tantôt profondes, comme cette dame qui souffre de solitude ou cette confidence d’une autre : « Je suis nulle en ‘grand-mère’. Et le grand-père ne vaut guère mieux ».
Il y a cet homme, SuperSieste, qui a perdu ses super pouvoirs quand sa fille est devenue adulte et qui les retrouve avec son bébé. Des grands-parents amoureux aussi ! De courtes phrases en disent parfois davantage qu’un long discours sociologique : « Tu es le bébé de mon bébé », « J’ai aimé éduquer mes enfants. J’adore gâter mes petits-enfants », « Qu’est-ce que je m’ennuyais à la pêche ! Avant. » Ou encore PapiCoucou, collectionneur d’horloges, qui dit : « Ma plus belle collection, c’est ma famille ! ».
Des récits-portraits inspirants
On a souri en lisant cette initiative d’une grand-mère qui écrit une carte d’anniversaire pour le « trentième bébé venu d’elle ». Une carte sans date… pour qu’elle soit valable toute la vie ! Il y a cette scène où une famille arrive à la maternité, se précipite pour admirer le nouveau-né alors que le jeune grand-père se dirige, lui, vers sa fille qui vient d’accoucher, accordant la priorité à « Toi. Maman de mon petit-fils ».
Une scène qui amène un léger trémolo dans la voix d’Hélène Delforge qui se souvient à son propos d’un moment fort de sa vie. Certaines de ces rencontres évoquent des réalités moins joyeuses. Il est fait allusion à la mort à travers l’évocation d’un grand-père et de son petit-fils autour du cadavre d’une mésange bleue. Les absents apparaissent lorsqu’une aînée raconte la vie avec son mari « jusqu’à ce que la mort (ne) les sépare (pas) ». Ou lorsqu’il est fait mention du souvenir d’un manteau rose…
Autre réalité abordée : celle d’un couple de grands-parents qui se disputent malgré la présence de leur petit-fils. L’album montre aussi - en quelques traits - les évolutions de la grand-parentalité. Le contraste entre deux époques apparaît à travers les mots d’une petite-fille, puis ceux de la même devenue à son tour grand-mère. Ou lorsqu’une vieille dame qui a vécu et aimé s’ennuie l’âge venant et retrouve des envies en devenant grand-mère. Qui retrouve le goût de la vie comme une seconde jeunesse…
À LIRE AUSSI