Loisirs et culture
Le Québécois le plus connu de Belgique revient sur scène avec un nouveau concept : le stand up pour enfants. Avec Tu comprendras quand tu seras grand, Dan Gagnon a l’intention de faire rire les plus jeunes comme leurs parents. On a assisté au rodage et on a a-do-ré.
Vendredi matin au théâtre de La Roseraie à Uccle. Deux classes de 4e et 5e primaires écoutent sagement les recommandations de leur instit’ : « Au théâtre, on reste calme et on garde le silence ». Dès son entrée sur scène, Dan Gagnon expédie la demande en cherchant l’interaction avec son public : « Vous allez bien ? ». Un grand « Ouiiii » perce les tympans.
L’humoriste répond aussi aux quelques petits « Non » émis par une boutade, puis se présente lui et son accent venus du grand froid. Il en profite pour faire quelques vannes sur les quiproquos nés de mots n’ayant pas le même usage en Belgique et au Québec. Il enchaîne ensuite avec les origines du stand up et la raison pour laquelle il a voulu en faire son métier, et surtout pourquoi il fait le premier stand up pour enfants.
« L’idée m’est venue quand j’avais 9 ans. Je voulais une console et une télé dans ma chambre. J’avais travaillé longtemps, comme un avocat, et j’avais bien trois ou quatre pages d’arguments ! Mais mes parents ont refusé. En cinq minutes, c’était plié. Avec comme seul argument ‘Tu comprendras quand tu seras grand’. J’étais hyper frustré. La seule chose qui m’aurait sauvé, c’est d’avoir un adulte dans mon équipe… Alors j’ai décidé qu’adulte, je resterais dans l’équipe des enfants. C’est pourquoi, aujourd’hui, tous les trucs des adultes, je vais les balancer ! ». En trois minutes, le stand-upeur s’est mis le public dans la poche.
Tu me remercieras plus tard
L’artiste explique aux enfants qu’on va détailler ces petites phrases toutes faites utilisées par les adultes. « Et vous savez pourquoi ils disent ‘Tu comprendras quand tu seras plus grand’ ? Généralement, c’est quand ils n’ont pas l’explication et qu’ils essaient de gagner du temps ! ». Les adultes dans la salle remuent sur leur siège. Grillé·es.
« Vos parents vous ont déjà dit : ‘On ne met pas les coudes sur la table !’ ? ». Affirmation positive de l’assemblée. « Et vous savez pourquoi ? ». Affirmation négative de l’assemblée. « Ben, y a aucune bonne raison ! », rigole Dan Gagnon, qui se lance ensuite sur une note historique expliquant qu’au Moyen-Âge, les tables étaient des planches qui reposaient sur des tréteaux et qui n’étaient pas fixées. Si une personne mettait son coude, elle risquait d’envoyer tout le repas sur la tapisserie.
« Mais depuis, on a fixé les tables. Donc, il n’y a plus de raison à ne pas mettre les coudes à table, souligne-t-il. Cela dit, je vous déconseille de donner cette explication et de terminer en disant ‘Je suis content d’avoir augmenté ton niveau de connaissance, papa’. Ça risque de ne pas passer ». Rires amusés des adultes comme des enfants. « Est-ce que vos parents vous ont déjà dit ‘Tu me remercieras plus tard’ qui va de pair avec ‘C’est pour ton bien’. Quelle arrogance ! Surtout que non, ce plat de chicons dégueulasse n’a pas changé ma vie ! ».
De meilleures explications
Pour garder un peu de sel et de piquant, on ne vous dévoilera pas la suite. Mais on vous confirme que chaque parent se reconnaîtra dans ces phrases automatiques balancées aux enfants. « Tous les adultes ont été des enfants, mais beaucoup l’ont oublié, conclut l’artiste. Mais il y a une chose importante, c’est qu’il ne faut pas vous sous-estimer, les enfants. Vous avez juste besoin de meilleures explications pour que tout fasse sens ».
Tel un équilibriste, Dan Gagnon réussit à trouver la juste mesure pour évoquer des vérités en faisant rire, permettre aux plus grand·es de se remettre en question et aux plus petit·es de mieux comprendre leurs ainé·es. Courez-y avec votre marmaille pour créer une nouvelle complicité.
LA QUESTION
Dan Gagnon, vous avez un enfant de 6 ans et demi… Ne lui avez-vous jamais sorti une de ces phrases toutes faites ?
« C’est sûr que c’est arrivé. Mais j’ai cette guideline en moi : une petite lumière qui s’allume. Comme une alerte qui me demande ‘Pourquoi je dis ça ?’. Idéalement, je me pose la question avant que ça sorte. Comme maintenant, j’ai la chance d’avoir passé longtemps à y avoir pensé - puisque cela fait un an que je travaille sur ce spectacle -, honnêtement, cela ne m’arrive plus. Quand je suis pressé, je lui réponds que je n’ai pas le temps, mais qu’on en reparlera plus tard ou alors j’admets que je ne sais pas et on cherche la réponse ensemble. Mes parents le faisaient en ouvrant un dictionnaire pour chercher un mot, mais on peut le faire pour un concept. Et puis, j’ai la chance d’avoir une épouse incroyable en parentalité. Elle est formée à l’éducation bienveillante, elle y est très sensible. Elle m’a mis tous ces outils dans ce crâne, au départ contre mon gré, mais ça a fini par marcher ! Elle, je ne l’ai jamais entendu dire une de ces phrases-là. C’est un incroyable modèle de parent. Je veux me battre auprès d’elle et me mettre à niveau. »
EN PRATIQUE
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