Vie pratique
Les grands-parents ont vu grandir leurs enfants. Et là, ils voient grandir leurs petits-enfants. Alors, beaucoup se surprennent à se livrer au jeu des ressemblances et des différences entre générations. Joyeusement, bien souvent. Témoignages.
Penché·es sur le berceau d’un nouveau-né, ses proches se demandent de qui il tient ses yeux, la courbe de son visage ou sa taille. La scène parle à un grand nombre d’entre nous.
Sofia*, maman de trois enfants (un garçon et deux filles), sept fois grand-mère, raconte : « On compare les enfants de mon fils plutôt à leur maman. Par exemple, on dit que Lola (10 ans) a la tête de mon fils, mais le corps de sa mère. Mila (5 ans), sa petite sœur, est la photocopie de sa maman. Du côté de ma fille aînée, certains disent que Romy (10 ans), c’est tout à fait ma fille quand elle était jeune. Moi, je ne trouve pas. Mario, son frère (6 ans), c’est 100 % son père, mon beau-fils. On rigole de tout cela. L’un dit : ‘Je trouve que…’, l’autre réplique : ‘Non, je ne trouve pas’. Finalement, on voit ce qu’on veut voir ».
« Comment j’étais, enfant ? »
À côté des caractéristiques physiques, il y a les traits de caractère. « Romy, on la compare à moi, analyse Sofia. Elle est d’une grande douceur. Elle est lente comme moi. Je lui répète souvent que, même lente, elle y arrivera. Je ne suis pas une pile électrique, mais je m’active quand il le faut ! Ma plus jeune fille, Sylvia, la tante et marraine de Romy, est également une lente. Mario, le frère de Romy, est, quant à lui, un speedé, un impulsif. C’est plus son père et son oncle (mon fils) ».
Romy, l’enfant, et Sylvia, l’adulte, sont proches sur le plan du tempérament. Proches, tout court. « Elles sont très unies, malgré la distance géographique qui les sépare, observe la grand-mère. Cette belle relation me fait plaisir. De toute façon, même si les membres de ma famille ont des caractères différents, j’ai besoin qu’ils s’entendent tous bien ».
« Mes enfants, voyant leurs propres enfants évoluer, me demandent souvent : ‘Maman, est-ce que j’étais comme ceci ou comme cela quand j’étais enfant ?’, continue Sofia. Comment comparer ? Tout a tellement changé. Alors, je réponds : ‘Peut-être sur ce point-ci ou sur ce point-là. Mais ce n’est pas tout à fait pareil non plus’. Lorsque le trait est positif, ils ont peut-être besoin d’entendre qu’eux aussi étaient comme ceci ou comme cela ».
« C’est important, pour un enfant, d’entendre qu’il est l’enfant d’une lignée, qui est contente qu’il soit là »
Ces petites choses qui fondent la famille
Quand nous avons demandé à Cathy et Paul s’ils voyaient des similitudes entre leurs enfants (une fille et un garçon) et leurs petits-enfants (deux du côté de leur fille, trois du côté de leur fils), rien ne leur sautait aux yeux. Mais, après réflexion, les voilà qui pointent un fameux trait de ressemblance : « Adam (10 ans et demi) et Téo (7 ans et demi) ont en commun avec Samuel, leur papa, une grande curiosité, explique Cathy. Ils aiment s’informer, retenir les informations qu’ils ont recueillies et aussi les partager. Si on aborde un sujet qui les a intéressés, ils peuvent vous resservir tout ce qu’ils ont appris ! Comme Samuel, quand il était enfant. Je me souviens, il devait être âgé de 4 ans, il a lâché à son instit : ‘Non, les baleines ne sont pas des poissons, ce sont des mammifères !’. Jusqu’à ses 11-12 ans, Samuel était plus à l’aise avec des adultes qu’avec des enfants de son âge. Puis, cela a changé. Par exemple, il a détesté les louveteaux. Mais, après, il est devenu chef louveteaux et il a bien profité de l’esprit louveteaux. Comme leur papa, Adam et Téo ont cette capacité – et ce plaisir – de discuter avec des adultes. Mais, à la différence de leur papa enfant, eux sont aussi très à l’aise avec leurs pairs ».
Cathy se pique au jeu des similitudes. « Manon (9 ans), la sœur d’Adam et de Téo, ressemble fort à Héloïse, sa tante. La réflexion vient de la maman de Manon. Comme sa tante, Manon a un caractère affirmé et elle est exigeante. Par exemple, l’autre jour, elle était contrariée. Elle a lancé à sa mère : ‘Tu vois que je suis triste et tu ne fais rien’. On rigole entre nous de ces ressemblances. C’est touchant. ‘Il ou elle tient ça de toi’, ‘Il ou elle tient ça de moi’. Justes ou pas, ces commentaires, ce sont autant de petites choses qui fondent la famille ».
L’enfant de deux lignées
Du point de vue des grands-parents, les petits-enfants ressemblent-ils – un peu, beaucoup, pas du tout – à leurs parents ? Plus globalement, qu’en pensent les différentes générations ? Et chaque membre de la tribu ?
Pour Mireille Pauluis, psychologue clinicienne, s’adonner au jeu des ressemblances à propos d’un enfant « permet de reconnaître qu’il appartient bel et bien à sa lignée paternelle et à sa lignée maternelle. Par moments, il ressemble plutôt à son papa et, par moments, il ressemble plutôt à sa maman. Ou il ressemble physiquement à sa maman (ou à son papa) et se comporte comme son papa (ou sa maman). Il est donc bien issu des deux lignées. Celles-ci ne s’arrêtent pas, elles continuent à travers lui ». Et la psychologue de préciser : « C’est important, pour un enfant, d’entendre qu’il est l’enfant d’une lignée, qui est contente qu’il soit là. C’est une façon de lui dire : ‘Je te reconnais, je reconnais qui tu es, je reconnais ce que tu fais’. Le lien existe ».
Un cas de figure parmi d’autres : un grand-parent peut ne jamais se retrouver dans son petit-enfant, et l’exprimer haut et fort. « Tout ce que j’observe chez mon petit-fils ou ma petite-fille n’est pas issu de mon côté, mais de l’autre lignée ». Quel dommage, pour Mireille Pauluis ! « Ne pas accepter que son petit-enfant vienne de ses deux lignées, maternelle et paternelle, c’est le mettre dans une situation inconfortable ».
Ressemblances, dissemblances… Voilà de belles occasions de discussions intergénérationnelles. « Les mots ancrent les choses », assure Mireille Pauluis. Et les mots peuvent suivre des chemins divers. Un grand-parent peut souligner une caractéristique de son petit-enfant, qui, aussitôt, lui rétorque : « Mais je suis comme toi, je fais comme toi ! ».
On ne vient pas de rien. Mais ce n’est pas parce qu’on partage des traits communs avec un parent ou un grand-parent qu’on va devenir le même plus tard. « Il est important de ne pas enfermer un enfant dans un profil, de lui laisser la liberté de changer de costume. Ce qui compte : reconnaître les lignées dont il est issu et avoir du plaisir à relever les points communs s’il y en a, et non dire à l’enfant : ‘Il faut que tu deviennes comme moi’ ». Ceci est un bel éloge du métissage.
« Je vois ta mère », « Je vois ton père »
Les déclinaisons du jeu des ressemblances sont multiples. Ainsi, pour telle grand-mère, des automatismes sont en place. « Voyant ma petite-fille (1 an) qui tient bien sur ses petites jambes, je dis à mon fils : ‘Elle va marcher tôt comme toi’. Alors, oui, elle s’est mise debout vers ses 10 mois, mais le papa ne la lâche pas encore. Autre exemple : mon fils m’explique qu’elle ne mange pas de fruits. Je lui réponds aussitôt : ‘C’est comme toi’ ».
Il y a aussi tous ces pères, toutes ces mères qui disent à l’autre parent : « Je vois ta mère » ou « Je vois ton père » dans ce que leur enfant fait. Sous-entendu : c’est de famille. Et cela peut être soit un aspect négatif, soit un trait positif de la famille.
* Les prénoms des grands-parents ont été modifiés, ainsi que ceux des enfants et petits-enfants.
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