Loisirs et culture
On a rencontré Romain Lemire au moment du premier tant attendu baromètre sur l’inceste qu’on vous a présenté dans le Ligueur du mois de juillet. Le lauréat du prestigieux prix Goncourt du premier roman pour Clément est longiligne, calme et observateur. Il relate avec douceur des propos pourtant exhortant à la révolution. Ou, tout du moins, exhortant au changement. Sa façon d’intervenir en public n’est pas tout à fait différente du ton de son histoire pour mettre en scène les actes qu’il a subis à différents moments de son parcours entre ses 7 ans et ses 14 ans.
Les actes ? Un ouragan au sein d'une famille sans souci, dont les grands-parents sont aisés, bourgeois, catholiques, les parents intellectuels, les amitiés foisonnantes et parfois truculentes. Sur ce monde, à travers son récit et son évolution, il pose un regard lucide. Tant sur les silences que sur les mécaniques qui les construisent.
Au-delà de l’inceste, Clément est un très bon roman sur la dynamique familiale où la joie n’est pas absente. Ensuite, il dépeint sans qu’on ne la voie débouler, la réalité froide et crue des abus. À travers ce journal intime qui fait office de témoignage ou de témoignage raconté sous forme de journal intime - les deux s’entremêlent au fil de la lecture -, Romain Lemire retrace le parcours d'un enfant des années 80.
Après quelques lignes seulement, la lecture de Clément vous aspire, vous traversez les premières pages comme si vous voyagiez dans le temps. Puis, subitement, cette traversée essuie de vraies perturbations. Qui vont faire faire un bond à notre société dans sa façon de comprendre, pour ensuite combattre l’inceste.
Par son écriture percutante, par cet enchaînement de petits riens, se déploient la sidération, puis la souffrance à travers une description très précise de ce que le tabou inflige au corps, inflige à la parole et inflige au déploiement de l’existence de la victime.
Pour rendre compte de la réalité de la victime, l’auteur a choisi une forme ingénue qui conduit vers une compréhension progressive, mais brusque, du drame : « Je n’ai pas voulu raconter l'inceste comme un souvenir adulte. Il me semblait plus à propos de le raconter à hauteur d'enfant ».
- Clément, Romain Lemire (Cherche Midi)
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