Loisirs et culture

Dans sa tête, dans sa tête…

Rencontre avec le chanteur pour enfants Monsieur Nicolas

Rien n’est impossible. La preuve, cinq ans après avoir composé sa première chanson pour enfants, Monsieur Nicolas s’apprête à remplir le Cirque Royal.

« Ce sera à la bonne franquette », m’a prévenu Monsieur Nicolas en me proposant de le retrouver au milieu d’une journée de répète à la campagne. Promesse tenue. Ce midi, chacun, chacune se fait son sandwich, et la discussion démarre naturellement.
Tout commence lors du confinement, en 2020. Nicolas compose une première chanson pour son fils de 4 ans, avec qui il passe subitement beaucoup de temps : « Les gens de ma maison… m’appellent Monsieur Non-Non… ». Les mots viennent tout seuls, inspirés par le vrai Monsieur Non-Non et sa famille. Leur famille. « J’ai une petite vidéo que j’ai postée sur Facebook. Et là, des potes qui avaient des enfants du même âge ont accroché. Alors, je me suis lancé le défi d’en écrire une par semaine ». Neuf semaines de confinement plus tard, le papa a composé neuf chansons, et il ne s’arrête plus. Il a trouvé son chemin.
Cet été-là, il complète la série de morceaux, rassemble des musiciens, monte sur scène dans sa ville de Genappe et enregistre son premier album. Sa femme, Julie De Wever, lui emboite le pas et transforme le tout en un spectacle et un livre-CD, La tête dans les nuages. Depuis, le spectacle tourne dans les écoles et les centres culturels. Plus de 300 représentations au total. Dans des salles de gym, des bibliothèques… Et même un grenier ou une caserne de pompiers, glisse Gaspard, le musicien qui l’accompagne aujourd’hui.

Ricochets

« Arrête de faire le gnan-gnan ! », « Et pourquoi ? Et pourquoi ? Et pourquoi ? ». Les mélodies de Monsieur Nicolas ont l’art de vous trotter en tête. Quant à ses mots, ils parlent aux enfants comme aux parents. Ludiques et ancrés dans le quotidien, ils font « ricochet » chez certains, remarque-t-il : « Un jour, j'allais conduire mon fils au sport et une maman que je ne connaissais pas m’a dit : ‘Vous êtes Monsieur Nicolas ? Merci ! Vos chansons nous aident’. J’étais surpris, mais vraiment content. Parfois une chanson peut désamorcer une crise. La famille chante, l’enfant aussi, et on passe à autre chose ». 
Dans ses dédicaces et à la fin de ses spectacles, le chanteur répète aux enfants que s’il y a une chose qu’ils peuvent retenir, c’est que, comme il le dit dans sa chanson, « dans ma tête, dans ma tête, rien n’est impossible... ». Dans ce texte-là, c’est l‘artiste qui s’exprime. Celui qui, à 28 ans, a perdu sa maman et est parti marcher seul sur la route de Compostelle. Entre prise de conscience de la fragilité de la vie et expérience de la persévérance, il en est revenu déterminé à faire ce qu’il aime et à suivre ses rêves.
Quitte à louer le Cirque Royal, à ses frais, pour réaliser le pari audacieux de rassembler son jeune public dans une « vraie » salle de spectacle. Une salle un peu « magique » à ses yeux, par sa forme en arc-de-cercle pour une représentation exceptionnelle de son spectacle, entouré de tous les musiciens. Il faut bien montrer l’exemple : « Je dis aux enfants de suivre leurs rêves, alors si moi je ne le fais pas… ».

Transmission

Parmi ses plus précieux soutiens figure un grand-père pas comme les autres : Christian Merveille. Ayant découvert ses chansons par le biais de ses petits-enfants, il est venu à sa rencontre et les deux ont sympathisé. « C’est quelqu’un de très inspirant, dit Nicolas. On sent que ce qui est important pour lui, c’est de rassembler, autour des mots, de la lecture, des histoires et du chant ». De leur amitié sont nés plusieurs morceaux, dont Ainsi va la vie, un texte co-écrit et interprété en duo par les deux musiciens, qu’il m’a fait écouter en primeur, et où il y est question de graine, d’arbre et de transmission...
Ces morceaux figurent sur son nouveau livre-CD, Tête en l’air. Avant de reprendre la répétition du spectacle qui l’accompagnera, Monsieur Nicolas se prête à la tradition du portrait. Joueur, il s’aventure dans les orties et troque le micro pour un pissenlit. À quoi souffle-t-il ? Peut-être au concert au Cirque Royal. Ou peut-être à la suite qui, paraît-il, est déjà en projet…