Société

Des passions qui mettent la pression

L'impact budgétaire des activités extrascolaires vu par la Ligue des familles

Depuis la rentrée, la course vers les activités extrascolaires des enfants a repris pour de nombreux parents. La Ligue des familles a mené l'enquête auprès de 823 familles, comptant plus de 1 500 enfants, pour connaître le nombre de trajets effectués par les parents, les sports les plus pratiqués par les enfants, le coût de l'inscription au foot, à la danse ou à des cours particuliers de piano.

► Le marathon des parents-taxis

En moyenne, une famille doit effectuer 8 trajets par semaine pour aller conduire ou chercher les enfants à leurs activités sportives, musicales ou artistiques. Dans 13% des cas tout de même, 15 trajets hebdomadaires ou plus sont nécessaires, soit plus de 2 par jour en moyenne.
C’est sur les parents que repose très majoritairement la charge de ces trajets. La quasi-totalité (92%) des parents répondants assurent eux-mêmes au moins une partie des trajets nécessaires. L’aide des proches, quand elle existe et est possible, constitue un grand soutien pour les parents, mais seule une petite minorité des familles peut en bénéficier. Les grands-parents effectuent une partie des trajets dans moins d’un quart (22%) des familles. La solidarité s’exerce également entre parents d’enfants participant aux mêmes activités, mais elle ne concerne ici aussi qu’une portion relativement congrue des familles : 17%.
Logiquement dès lors, près de la moitié (47%) des familles rencontrent des difficultés à trouver des activités compatibles avec leurs contraintes professionnelles, alors même que de nombreux parents, et surtout, encore, des mères, prennent un temps partiel à cette fin. Il faut dire que trouver une activité qui convient à son enfant, avec un horaire adéquat, est une gageure : 60% des parents signalent des places trop peu nombreuses et rapidement prises.

► Natation, danse et football : les trois sports les plus pratiqués

La natation arrive largement en tête des sports avec près d’un tiers des enfants qui la pratiquent régulièrement en dehors de l'école (32%). Dans un contexte où de plus en plus de piscines publiques ferment leurs portes et où les écoles n’organisent plus systématiquement de cours de natation, il est peu surprenant de voir les familles se tourner vers l’extrascolaire afin que leurs enfants sachent nager, ce qui génère des inégalités entre enfants vu le coût de cette activité.
La danse (pratiquée par 18% des enfants) et le football (15%) complètent le podium des sports les plus plébiscités.

► Des activités qui coûtent un loyer

En moyenne, ce sont 1 295€ qu’une famille doit débourser, le plus souvent d’un coup, à la rentrée, pour les activités extrascolaires de ses enfants – hors stages, tenues, matériel sportif, instrument de musique, etc. Le montant du loyer mensuel moyen d’un appartement à Bruxelles… Près de deux tiers des parents (65%) indiquent que le coût de ces activités représente une difficulté pour eux.
Le coût total des activités augmente forcément de manière très nette avec le nombre d’enfants, même si ce n’est pas de proportionnel. Les familles qui ont un seul enfant déboursent en moyenne, chaque année, 767€ pour l’ensemble des activités extrascolaires ; celles qui ont deux enfants, 1 176€ ; et les familles nombreuses de trois enfants ou plus, 1 576€.

graphique sports les plus pratiqués par les enfants

Les familles paient en moyenne près de 1 300€ par an pour les activités de leurs enfants (hors stages)

► Les sports les plus chers : l’équitation, le tennis et le hockey

L’équitation surtout, puis le tennis et le hockey, se distinguent assez nettement comme les activités sportives les plus onéreuses pour les familles. Leurs coûts moyens respectifs sont de 846€ par an et par enfant pour l’équitation, 575 et 488€ pour le tennis et le hockey.
Derrière ces moyennes, les coûts peuvent être très variables pour un même sport. Attardons-nous sur les trois sports les plus pratiqués : la natation, la danse et le football. Un quart des parents paient plus de 500€ par an et par enfant (et parfois bien plus : des parents mentionnent des tarifs jusqu’à 1 300€ par an) pour que leur enfant pratique la natation.
Les tarifs variables s’expliquent notamment par la diversité des formules possibles pour apprendre à nager : en cours collectifs ou particuliers, à la piscine communale ou dans une piscine privée. Les chiffres sont à peine inférieurs pour la danse et le football, pour lesquels un quart des parents paient plus de, respectivement, 440€ et 450€ par an et par enfant.

Coût moyen activités sportives

► Solfège, théâtre et piano : les activités musicales et artistiques les plus pratiquées

Le solfège, passage souvent obligé pour la pratique d’un instrument, figure au premier rang des activités musicales et artistiques pratiquées. 9% des enfants y sont inscrits. Le théâtre, les arts oratoires et l’expression scénique suivent de peu (7%).
Parmi les instruments de musique, c’est le piano qui recueille les faveurs du plus grand nombre d’enfants (7% des enfants pratiquent régulièrement cet instrument dans le cadre de leurs activités extrascolaires), suivi de la guitare (2%).
Pour les activités musicales et artistiques, une proportion importante des familles a indiqué ne rien payer – probablement car leurs enfants fréquentent l’académie. Lorsque ces activités sont payantes, c’est le piano qui coûte le plus aux parents : en moyenne, 528€ par an pour un enfant. Suivent l’éveil musical (203€) et le dessin (200€).

► Des soutiens financiers faibles et disparates

Certains dispositifs financiers existent et sont utilisés par les familles pour réduire le coût des activités extrascolaires, par exemple les remboursements proposés par les mutuelles pour la pratique d’une activité sportive ou encore des initiatives locales comme les chèques-sports. 
Il s’agit de soutiens précieux, mais dont les montants sont néanmoins très faibles par rapport aux frais engagés par les parents pour les activités extrascolaires (généralement quelques dizaines d’euros, là où les familles dépensent en moyenne 1 300€).

EN ACTION

Les recommandations de la Ligue des familles

Pour réduire la facture globale des familles à la rentrée, la Ligue des familles appelle à agir avant tout sur le coût des fournitures scolaires, qui pèse encore sur de nombreuses familles, en élargissant la gratuité du petit matériel, applicable actuellement jusqu’en 3e primaire, à toutes les années ultérieures.
Elle demande également la création de chèques-sports dans les communes où il n’en existe pas encore et d’y donner accès aux enfants de tous âges (y compris ceux de moins de 6 ans, trop souvent exclus), avec des montants dégressifs selon les niveaux de revenus, de manière à ne pas soutenir que les familles les plus précarisées, avec un couperet dès que le ménage gagne un tout petit peu plus.
La Ligue des familles appelle par ailleurs à assurer le bénéfice de la réduction d’impôt pour frais de garde pour toutes les activités extrascolaires (seulement 35% des parents en bénéficient actuellement), et à augmenter cette réduction.
L’investissement dans les piscines publiques constitue enfin un enjeu de taille. De moins en moins d’enfants bénéficient de cours de natation à l’école. Résultat : les familles qui peuvent se permettre de payer des cours en extrascolaire pour leurs enfants peinent régulièrement à trouver des places et doivent débourser des montants élevés, et les enfants issus de familles aux moyens réduits n’apprennent plus à nager. Pour la Ligue des familles, il y a là un véritable enjeu de sécurité qui nécessiterait d’être débattu dans nos instances politiques. 
Il y a le coût, et puis il y a la course. La conciliation entre les horaires de travail et ceux de la crèche ou de la garderie scolaire constitue déjà un défi pour la plupart des parents. Quand on y ajoute les activités sportives, musicales et artistiques, cela devient un véritable casse-tête, qui se complexifie à chaque nouvel enfant dans la fratrie. La Ligue des familles appelle à organiser bien plus d’activités extrascolaires au sein même des bâtiments scolaires quand c’est possible, et à multiplier les déplacements collectifs des enfants organisés entre l’école et les activités les plus fréquentées.