Société
À la rentrée dernière, les écoles demandaient en moyenne aux parents 102€ de petit matériel scolaire en primaire, dans les années auxquelles la gratuité des fournitures ne s’appliquait pas encore (4e, 5e et 6e). Cette année, le gouvernement a étendu la gratuité scolaire à la 4e et la 5e. Mais il fournit à peine 29€ par enfant aux écoles pour la financer. Où les écoles vont-elles aller chercher les 73€ de différence ?
La Ligue des familles a mené une nouvelle enquête relative aux frais scolaires auprès de 1 146 familles. Il en ressort qu’à la rentrée dernière, les parents devaient payer en moyenne 102€ pour le petit matériel (cahiers, classeurs, crayons, calculatrice, intercalaires, etc.) par enfant de 4e, 5e ou 6e primaire. Si la famille devait racheter un cartable ou un plumier, ce n’était pas compris dans ces frais : ces achats restent toujours à charge des parents.
En maternelle et en début de primaire, la gratuité des fournitures était d’application et bien respectée dans la plupart des écoles.
Les moyens destinés à l’achat du matériel scolaire pour chaque enfant divisés par 3
À partir de cette année scolaire 2026-2027, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles étend donc la gestion des fournitures scolaires par les écoles à la 4e et à la 5e primaire (initialement à la 6e aussi, avant de revenir en arrière). Mais, en parallèle, il réduit fortement le montant attribué aux écoles pour acheter ces fournitures. Jusqu’à l’année dernière, les écoles primaires recevaient 77€ par enfant pour l’achat des fournitures scolaires. À partir de cette rentrée, le gouvernement divise ce montant par 3 : les écoles n’auront désormais plus que 29€ par enfant cette année, 24,5€ l’an prochain.
102€ de matériel nécessaire versus 29€ de subvention : il y a quelque chose qui coince. D’autant que dans de nombreuses écoles, le matériel utilisé l’an dernier dépassait de loin ces 102€. La moitié des écoles demandaient ainsi des manuels et livres scolaires en fin de primaire, pour un coût moyen de 57€ par enfant. Où les écoles iront-elles chercher ces moyens ?
La réutilisation du matériel, déjà massive mais pas toujours possible
Le gouvernement fait le pari des économies d’échelle et de la réutilisation du matériel pour permettre aux écoles de s’en sortir. Mais notre enquête montre que si renforcer la mise en commun et la réutilisation du matériel est sans doute possible, ce sera dans une ampleur limitée. Plus de 90% des enfants réutilisent déjà du matériel scolaire des années précédentes. Lorsqu’il faut racheter du matériel, les parents indiquent en premier lieu (dans 80% des cas) que c’est parce qu’il faut remplacer des fournitures abîmées ou épuisées. Arrive ensuite le fait que l’école a demandé du matériel que l’élève n’avait pas encore (44%). Ce n’est que dans une petite minorité des cas que des parents achètent du matériel neuf parce que c’était leur souhait ou celui de leur enfant (10%).
Dans l’écrasante majorité des cas, les parents achètent tout simplement… ce qui est demandé par l’école : des fournitures qui s’épuisent avec le temps (blocs de feuilles, cahiers…), du matériel correspondant à un nouveau stade d’apprentissage, parfois des demandes spécifiques (une farde d’une même couleur pour tous les enfants pour faciliter l’utilisation du matériel par toute la classe…).
Inspecter la mise en œuvre de la gratuité et adapter le financement si nécessaire
Réutiliser le matériel ne sera donc pas la panacée. Que feront les écoles dès lors ? Nous identifions trois risques : certaines écoles rogneront sur d’autres postes importants, d’autres vont être tentées de reporter autrement les frais sur les parents, par exemple en demandant des dons financiers, en augmentant le prix d’activités culturelles ou d’autres services ; enfin, certaines pourraient être tentées de violer la loi en demandant aux parents d’amener le matériel.
Le gouvernement est responsable des réformes qu’il entreprend. La Ligue des familles appelle donc la ministre Gatigny à suivre de près l’application de la gratuité scolaire par les écoles fondamentales en relançant une inspection systématique de tous les établissements et, si le financement par élève prévu apparait effectivement insuffisant, à le remettre en adéquation avec les besoins.
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