Crèche et école

L’uniforme, un enjeu d’égalité sociale ?

L'uniforme à l'école

Le recours à l’uniforme à l’école primaire permet-il d’atténuer les inégalités socio-économiques entre élèves ? Qu’en est-il de son coût pour les familles ? On fait le point avec Bernard Hubien, secrétaire général de l’Ufapec (Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique).

« C’est quoi, cette histoire de code couleur ? Et pour Halloween, ce sera squelette obligatoire ? ». À l’heure de préparer la rentrée, un frère et une sœur font le tri parmi leurs vêtements. Si l’un est franchement sceptique, l’autre se prend au jeu et ne quitte plus sa tenue bleu marine et blanc. Leur nouvelle école primaire impose en effet un code vestimentaire uniforme. Une situation qui, bien que très minoritaire, n’est pas exceptionnelle dans l’enseignement libre en Fédération Wallonie-Bruxelles.
« Nous ne disposons pas de chiffres sur le nombre et le type d'écoles qui imposent un uniforme scolaire », confirme l’Administration générale de l’Enseignement. Le code vestimentaire de chaque école, qui doit figurer dans son règlement d’ordre intérieur (ROI), est en effet « laissé à l’appréciation des pouvoirs organisateurs et des établissements ». En pratique, les réalités sont donc assez variées, allant de l’uniforme au sens strict au code couleur, en passant par le T-shirt de gym portant le logo de l’école.

Dans certains cas, aux yeux de l’Ufapec, « l’uniforme a pour objectif caché de sélectionner les élèves sur une base socio-économique ».

Limiter les excès

Parmi les arguments fréquemment évoqués à l’appui du recours à l’uniforme et à ses variantes, figure la volonté de lutter contre les inégalités sociales. Contrairement aux idées reçues, les écoles concernées ne sont pas forcément les plus privilégiées, signale d’emblée Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec). Dans des écoles à forte mixité sociale, le code vestimentaire peut avoir pour objectif de limiter la concurrence entre élèves, tout en favorisant un sentiment d’appartenance, donc de cohésion.
Est-ce que ça fonctionne ? L’Ufapec, qui a mené une vaste enquête auprès d’écoles, d’élèves, de parents et d’expert·es au sujet des tenues vestimentaires dans les règlements scolaires (1), a un avis nuancé. « On peut comprendre que des écoles y recourent dans le fondamental, dans le but de réduire des inégalités et de limiter des excès chez les parents comme chez les enfants », peut-on lire dans ses conclusions. En secondaire, par contre, imposer l’uniforme peut s’avérer « contre-productif », écrit encore l’association. Le risque serait d’évacuer trop vite « le débat sur les inégalités, alors qu’elles subsistent, les adolescents étant inventifs pour trouver d’autres moyens de se distinguer ».
« L’adolescence est le moment d’une affirmation de soi, commente Bernard Hubien. Les jeunes ont besoin à la fois de se sentir membres du groupe, mais aussi de s'en démarquer. Et le vêtement a toujours été une manière de le faire ». L’enjeu est un peu différent chez les enfants de primaire, poursuit-il : « À cet âge, il peut y avoir davantage de choix parental. Et les parents entre eux vont parfois manifester une forme de réussite socio-économique à travers les vêtements de leurs enfants ». Les codes couleur ne sont toutefois pas à toute épreuve et des différences discrètes trouvent malgré tout à s’exprimer : « Il y a le pull bleu marine de marque et il y a le pull bleu marine fast fashion », résume-t-il.

À quel prix ?

Pour être réellement vecteur d’égalité, le code vestimentaire ne doit pas non plus avoir un coût trop important pour les parents. En principe, un simple code couleur a un impact limité sur le budget familial. L’adaptation de la garde-robe demande certes un investissement de départ, mais il est variable selon qu’on opte pour du neuf ou de la seconde main, et selon les marques. Par la suite, en limitant la palette des choix et la surenchère entre élèves (exit les maillots de foot, les héros de dessins animés et les licornes à paillettes), on peut même espérer qu’il fasse réaliser quelques économies…
Il en va tout autrement des uniformes stricts, plus courants dans les écoles privées et internationales, qui peuvent être très chers. Un coup d’œil sur le site d’un fournisseur d’uniformes scolaires permet de s’en faire une idée : blazer à 95€, pull à 45€, chemisier à 41€… le prix de la tenue complète grimpe vite. Au point que, dans certains cas, aux yeux de l’Ufapec, « l’uniforme a pour objectif caché de sélectionner les élèves sur une base socio-économique ». Un objectif qui n’est pas forcément déclaré, ni réfléchi, précise Bernard Hubien, « mais cela constitue un frein, même indirect. Quand certains parents entendent cela, ils se disent : je ne vais pas demander d’inscription ».

« Aucun fournisseur ou marque de fournitures scolaires, de tenues vestimentaires ou sportives usuelles ne peut être imposé » - Circulaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles
« Aucun fournisseur ou marque de fournitures scolaires, de tenues vestimentaires ou sportives usuelles ne peut être imposé »

Circulaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Principe de gratuité

Tout n’est pourtant pas permis, loin de là. Afin de respecter le principe de gratuité de l’enseignement obligatoire, « aucun fournisseur ou marque de fournitures scolaires, de tenues vestimentaires ou sportives usuelles ne peut être imposé », précise une circulaire récente du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles (2). On peut y lire, à titre d’exemple, qu’« un T-shirt de couleur spécifique pour le cours de psychomotricité ou une tenue vestimentaire (uniforme) peut être demandé par l’établissement, mais les parents restent libres de se les procurer là où ils le souhaitent ». Et que « si l’école souhaite une tenue avec un logo spécifique, elle devra le fournir gratuitement ».
Nouveau coup de sonde en ligne, du côté des écoles cette fois. Les règlements d’ordre intérieur que nous avons pu consulter respectent globalement bien ces principes. Dans celui d’une école primaire du réseau libre imposant un code couleur, on peut lire par exemple : « Pull bleu marine : soit sans le logo de l’école (à trouver en magasin) sans marque apparente ; soit avec le logo de l’école (disponible à l’achat à l'école) ». Une autre indique, pour l’uniforme de gym : « Un T-shirt au sigle de l’école peut être acheté auprès du professeur du cours d’éducation physique de façon volontaire au prix de 10€ ».
« Il y a des choses facultatives qui sont finalement, entre guillemets, ‘imposées’, fait cependant remarquer Bernard Hubien. Si votre enfant est le seul avec un T-shirt blanc et que les autres ont le T-shirt avec le logo… C’est un peu comme pour un voyage scolaire : même s’il n’est pas obligatoire, imaginez-vous dire à votre enfant qu’il n’y va pas ? ».

Oser le dialogue

En cas de souci relatif aux codes vestimentaires et à leur coût, l’Ufapec conseille toujours de miser sur le dialogue et le collectif. En inscrivant leur enfant, les parents ont accepté le règlement d’ordre intérieur de l’école, rappelle son secrétaire général, « mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas interroger ce règlement. Il n’est pas immuable ». Et le lieu idéal pour le faire évoluer est le Conseil de participation. « Quand la réflexion se mène dans ce lieu qui rassemble à poids égal les différents acteurs de la communauté scolaire, les choses se passent beaucoup mieux ». Sa recommandation aux parents est donc de contacter les parents qui les y représentent ou, en l’absence de Conseil de participation, de contacter l’association de parents afin d’aborder cette question qui « n'est pas uniquement une question de vêtements, mais aussi une question de sous ».

(1) À l’école, touche pas à mes fringues ! Les règlements scolaires et leur application à propos des tenues vestimentaires sont-ils toujours d’actualité ?, Ufapec (2022).
(2) Circulaire n°9692 du 26/03/2026 : « La gratuité scolaire dans le fondamental ordinaire et spécialisé ». Disponible sur gallilex.cfwb.be

BON À SAVOIR

Les règles de base

► Chaque école est libre de fixer son code vestimentaire (uniforme, code couleur…), qui doit figurer dans son règlement d’ordre intérieur (ROI).
► L’école ne peut toutefois pas imposer aux parents de marque, de fournisseur, de vêtement avec logo à moins de le fournir gratuitement.

Ces principes sont valables tant en primaire qu’en secondaire.