Crèche et école
Pour certains enfants, l’entrée à l’école est une aventure attendue avec impatience. Pour d’autres, c’est la première grande séparation, la découverte d’un groupe et de nouveaux repères. À Bruxelles, le nouvel atelier « Tempo » accompagne petites et petits dans cette transition grâce au jeu, au mouvement et à la psychomotricité relationnelle. Car, avant d’apprendre, il et elles ont surtout besoin de se sentir en sécurité.
Des enfants qui courent, construisent, transportent des coussins, se cachent derrière un tissu coloré et éclatent de rire lorsqu’une tour s’écroule... Dans cette salle du CHU Saint-Pierre à Bruxelles, un petit groupe de pré-écoliers et pré-écolières s'est réuni pour expérimenter et se préparer en douceur à vivre une étape importante de leur vie : l'entrée à l'école. Un peu en retrait, une petite fille observe encore. Elle regarde les autres jouer, vérifie que son parent est toujours là, puis s’avance doucement vers le groupe. Ici, personne ne lui demande de « réussir » sa toute première expérience collective. « On accompagne l’enfant là où il en est, à son propre rythme, explique Zoé Campus, psychologue. L’objectif n’est pas de faire une école avant l’école. C’est de lui donner suffisamment de sécurité pour qu’il puisse découvrir, expérimenter et prendre confiance ».
Depuis le printemps dernier, un duo de psychologues anime le nouvel atelier « Tempo ». Zoé Campus et Sara Kabbedijk sont formées à la psychomotricité relationnelle et à la thérapie du développement. L'initiative est née des besoins exprimés par des familles et des professionnel·les de la petite enfance. Consultations ONE, pédiatres ou autres intervenants observent parfois des enfants qui ont besoin d’un accompagnement particulier : certain·es n’ont jamais fréquenté de milieu d’accueil, d’autres rencontrent des fragilités dans le langage, la relation aux autres ou la gestion des émotions. Alors, tous les jeudis matin, durant une heure, elles accueillent des enfants âgés de 30 à 42 mois, une période charnière juste avant ou au début de la scolarisation. Les animations s'étalent sur un cycle de dix séances pour laisser le temps aux petit·es d'évoluer à leurs rythmes. L'atelier est nouveau et gratuit pour les familles, car financé par l'INAMI via PsyBru.
« Un enfant qui se sent en sécurité est un enfant qui peut apprendre (...). L'expérience scolaire devrait répondre à sa curiosité pour le monde. »
« Être prêt… mais pour qui ? »
À l’approche de la rentrée, beaucoup de parents se posent la même question : mon enfant est-il prêt pour l’école ? Pour les psychomotriciennes, cette question mérite d’être déplacée. « Prêt pour qui ? Pour répondre aux attentes des adultes ? Pour correspondre à une image de l’enfant idéal ? Ou prêt, lui, à découvrir un nouvel environnement avec suffisamment de confiance ? » Cette réflexion rejoint le concept de la « school readiness », cette « disponibilité à aller à l’école ». Être prêt·e ne signifie pas reconnaître les lettres, savoir compter ou être propre avant d’entrer en maternelle. « L'influence des réseaux sociaux ne fait qu'augmenter l'inquiétude de certains parents autour d'acquisitions qui devraient, soi-disant, être là pour l'entrée à l'école », observe Sara Kabbedijk.
Il s’agit plutôt d’avoir construit les bases qui permettront ensuite d’apprendre : pouvoir entrer en relation, exprimer ses besoins, vivre avec les autres, s’adapter à un nouveau cadre et mobiliser ses capacités d’attention. Zoé Campus n'hésite pas à comparer la « school readiness » avec la construction d'une maison. « Notre travail est de constituer les fondations avant l'entrée à l'école. Sans elles, les aménagements intérieurs de la maison, c'est-à-dire la matière scolaire, ne tiendraient pas ».
« Un enfant qui se sent en sécurité est un enfant qui peut apprendre, ajoute Sara Kabbedijk. Et concrètement, je dirais qu'un enfant est prêt s'il a le plaisir de la découverte. Au parc, il peut s'éloigner de quelques pas de ses parents pour expérimenter de nouveaux jeux. L'expérience scolaire devrait répondre à sa curiosité pour le monde. »
Du plaisir de bouger au plaisir de penser
Pendant les séances Tempo, le jeu est au centre. Pas un jeu dirigé par l’adulte, mais un espace où l’enfant peut expérimenter. Il court. Elle grimpe. Il construit. Il recommence. Elle invente. « Le corps, c'est le socle des apprentissages, explique Sara Kabbedijk. Avant de pouvoir rester assis sur une chaise, de tenir un crayon et même d'acquérir la propreté, il faut avoir construit ses repères corporels : sentir son équilibre, coordonner ses gestes, se situer dans l’espace. Remplir, vider, entrer, sortir, porter, pousser, déplacer… Ces actions très concrètes amènent par exemple aux mathématiques ! »
La séance évolue ensuite vers un temps plus calme. Après le mouvement vient le moment de se poser autour d’une table, comme à l'école, pour écouter une histoire ou une comptine, puis de représenter quelque chose avec un dessin, de la peinture ou de la plasticine. « C'est le passage du plaisir d'agir au plaisir de penser, comme l'a développé Bernard Aucouturier, l'un des pères de la psychomotricité relationnelle. Si l'enfant vit une expérience corporelle plaisante, il peut ensuite progressivement la transformer en image, en récit, en pensée. »
Apprendre à être avec les autres
L’école est aussi la découverte du collectif. Pour certain·es, c’est la première fois qu’ils ou elles doivent partager un espace avec plusieurs autres petit·es, attendre leur tour ou accepter qu’un ou une camarade ait une envie différente. « La rencontre avec les autres crée forcément des frustrations, explique Zoé Campus. Et ces frustrations sont importantes. Elles permettent à l’enfant d’apprendre peu à peu à réguler ses émotions. » Dans la salle, ces situations sont explorées en douceur. Un jouet convoité par deux enfants devient une occasion d’apprendre à négocier. Une règle du jeu devient une première expérience du cadre collectif. « On ne cherche pas à supprimer les émotions difficiles. Un enfant peut être triste, en colère ou déçu. L’enjeu est qu’il puisse traverser ces moments en étant accompagné ». Cette capacité à retrouver un équilibre émotionnel est précieuse lorsqu’il ou elle entrera en classe.
La première grande séparation
Pour certain·es petit·es, le groupe représente aussi une première séparation régulière avec leurs parents. « Ici, la plupart des enfants n’ont jamais fréquenté de crèche. Leur quotidien s’est construit essentiellement en famille, raconte Sara Kobbedijk. Au début, certains enfants ont besoin de vérifier très souvent que leur parent est toujours là. Puis, un jour, ils arrivent et vont directement jouer. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont plus besoin de leur parent. Ils ont intégré que le parent s'en va... et qu'il revient ».
L'anxiété des parents ne doit pas prendre le dessus
Pour faciliter cette séparation, les psychologues recommandent d'induire un sentiment de contrôle : inviter l’enfant à rêver et à se projeter dans cette étape importante. « Lui montrer l'école en amont, lui lire des albums sur la rentrée, décompter les jours sur le calendrier... Et l'anxiété des parents ne doit pas prendre le dessus avec, par exemple, des injonctions comme ‘Tu devras être propre ! Tu devras faire des siestes !’. La préparation se fait dans le jeu. Et ne pas en faire une montagne ! »
Au fond, préparer l’entrée à l’école ne consiste pas à faire avancer l’enfant plus vite. Il s’agit plutôt de lui permettre de trouver son propre tempo.
* Reprise des ateliers dès le 10 septembre. Informations : tempogroupetherapie@gmail.com - 02 535 45 26 – psybru.be
ZOOM
Les conseils de Madame Véronique
D'ici quelques jours, Madame Véronique accueillera une nouvelle volée d'élèves dans sa classe de 1re maternelle, à Namur, à l'École Sainte-Marguerite. Les prénoms des enfants sont étiquetés sur des fardes, les coins jeux sont installés, les lits du coin sieste sont attribués, le tableau rassemble la grille des présences. « Pour nous, ce sont des détails, mais les familles y sont sensibles, lorsqu'elles viennent faire une première visite en classe. Voir le prénom d'un enfant affiché à son porte-manteau, cela leur permet déjà de se représenter ce nouvel univers et de sentir qu'il y a une place pour lui ».
Chaque rentrée raconte une histoire différente. Certain·es s'élancent sans hésiter. « D'autres ne voudront pas se séparer de leur cartable, de leur doudou, de leur manteau ou de leurs chaussures. Ce n'est pas un caprice mais le besoin de s'accrocher à un objet familier. Je conseille donc de laisser venir l’enfant avec un objet transitionnel s’il en ressent le besoin. Petit à petit, il prendra confiance et n'en aura plus autant besoin »L'institutrice retrouve aussi les mêmes inquiétudes chez les parents : sera-t-il propre ? Va-t-il pleurer ? Saura-t-il se débrouiller ? « Il n'y a pas de prérequis pour entrer à l'école, vraiment ! En revanche, certaines petites habitudes facilitent la vie quotidienne dès le début : savoir ouvrir sa gourde, reconnaître ses affaires, essayer d'enlever son manteau, demander pour aller aux toilettes. Ou même répondre à son prénom, car certains enfants ont jusqu'alors été appelés « mon chéri, mon bébé, etc. » Le jargon scolaire peut également être expliqué : « Comme les mots : collation, tube de colle, boîte, ciseaux... ».
À la maison, elle encourage surtout... le jeu. « Manipuler de la plasticine, peindre, dessiner, enfiler des perles, participer à l'habillage ou préparer ensemble le cartable développent naturellement l'autonomie et la motricité fine. » Quant au moment de la séparation, son conseil rejoint celui des psychomotriciennes. « On prend le temps de dire au revoir, mais sans s'éterniser. Et surtout, on dit toujours à son enfant qu'on reviendra le chercher.... pour éviter le drame en cas de petit retard à la grille, en fin de journée. » Et de conclure avec douceur : « Finalement, la seule chose qu'on espère d'eux pour l'année, c'est d'acquérir la socialisation, d'apprendre à partager et de trouver du plaisir de venir découvrir. On mise sur le bien-être avant les apprentissages. »
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