Société

Donner sa/de la voix

Depuis une quinzaine de minutes, celle que nous appellerons Adeline mène la conversation au sein d’un petit quatuor composé visiblement d’amies et de collègues. Il est 7h50. Nous sommes dans un train de la SNCB dont le tiers des wagons a été supprimé à la suite d’un problème lors du trajet précédent. Adeline a le verbe haut. Son langage est fleuri et titille les zygomatiques de son petit cénacle. Jusqu’au moment où le mot « politique » est prononcé.
Là, le ton se fait plus grave, renfrogné. Adeline nous tourne le dos, on ne voit pas son visage, mais on imagine une lumière sombre traverser son regard. « La politique, je déteste ça. Ce ne sont que des combines. Non, mais tu as vu encore le cirque Bouglione pour l’instant ? Avec leurs débats électoraux, leurs sondages à la noix. Ça intéresse qui, ça ? En plus, les élections, ça ne sert à rien ! C’est toujours les mêmes qui sont élus. Obligation ou pas, moi, cette année, je ne vote pas. La politique, c’est pas pour moi ».

La crèche ? Politique !

Adeline a fermé la parenthèse de façon autoritaire en haussant le ton. Un silence se pose. Jusqu’au moment où une de ses amies lui dit : « Et ton petit Jules ? Il est finalement entré en crèche ? ». Adeline n’est pas seulement en colère contre la politique et ses élu·es, elle est aussi (et surtout) maman solo. On l’a compris en captant les phrases qui ont émaillé la vive discussion entretenue depuis le départ de l’intercity. Le papa est parti quand le petiot avait 2 mois. Heureusement, les grands-parents sont là pour donner un coup de main. Une voisine aussi et une association qui peut de temps en temps lui donner un peu de répit.
L’histoire de Jules et de la crèche a été amorcée avant l’épisode « politique ». Comme beaucoup, Adeline s’est un peu retrouvée en panique lorsqu’il a fallu trouver une crèche pour son fils. Une galère « comme au temps des Romains d’Astérix », a lâché Adeline qui a la métaphore facile. L’histoire de la crèche s’était diluée peu à peu au fil de considérations sur les salaires de misère des puéricultrices, de l’augmentation du coût de la vie et des difficultés pour les jeunes à trouver un logement.
Retour à Jules, donc, dont on se réjouit d’apprendre qu’il a finalement été accepté dans une crèche après un parcours « de combattante façon Rambo, tu vois ». Adeline concède avoir eu de la chance et évoque le cas de connaissances qui ont « ramé » plus qu’elle. Alors que l’épilogue de la crèche se clôture, sans marquer de pause, Adeline pose un nouveau dossier sur la table : « Je sais pas vous, mais moi, faire matcher mon boulot et ma vie privée, c’est devenu vachement compliqué ».

L’emploi ? Politique. Le train ? Politiques !

Heureusement que l’employeur d’Adeline n’est pas dans le wagon, il en prend pour son grade. Pas bienveillant. Pas compréhensif. Elle se demande même « si c’est bien légal » tous les refus qu’elle se voit opposer. Elle soupire. Et part d’un grand rire comme pour décompresser. « Faut que ça sorte », dit-elle.
Sa dernière saillie avant de quitter le wagon est à l’adresse des Chemins de fer. « Les transports en commun, c’est quand même une cata. Ils ont encore supprimé des trains le week-end dans le village de mes parents. Ils n’ont plus de voiture. Ils sont de plus en plus isolés ».
Étrangement, alors qu’Adeline a lancé un vibrant « La politique, c’est pas pour moi ! », elle n’a abordé que des sujets politiques durant tout le trajet entre Namur et Ottignies. Logement, manque de places dans les crèches, services publics, coût de la vie, conciliation des temps, salaires… Tous ces sujets sont des sujets au cœur de l’arène politique. Ils y sont débattus, mais surtout modelés à travers des négociations au sein des parlements et des gouvernements, et puis traduits dans des lois, des arrêtés qui vont influencer notre quotidien en permanence. Tous les sujets évoqués par Adeline sont aussi éminemment familiaux. Dès lors, au Ligueur, on s’est questionné sur la façon d’éclairer les lecteurs et les lectrices à la veille des scrutins de juin et d’octobre où tous les niveaux de pouvoir, sans exception, sont concernés, de l’échelon communal à l’Europe.

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