Crèche et école

Élève à problèmes, moi ?

Un livre et un spectacle pour une approche de la dyslexie qui nous la rend plus familière

La dyslexie, une réalité méconnue ! Pourtant, elle concerne nombre d’enfants, de professionnel·les de l’éducation et de parents, bien sûr. Voici un livre et un spectacle bienvenus pour une approche qui nous la rend plus familière.

L’initiative est venue de deux personnes qui en connaissent un bout sur le sujet : Françoise Dessy, logopède, coordinatrice du centre paramédical En-Vol à Bastogne, et Jean-Marc Loutsch, professeur de français dans le secondaire et chargé pendant trois ans du suivi des enfants en difficultés dans son école.

Jérôme, un héros dyslexique

De leur rencontre naît l’envie de partager leur expérience dans la prise en charge d’élèves en difficultés. Dans un premier temps, par le biais d’un roman : Je suis un élève à problèmes (Memory). Axé sur la dyslexie et l’adolescence, même si les situations abordées concernent également les enfants du primaire dépassés dans leurs apprentissages. Au centre de leurs récits, Jérôme et les nombreuses personnes qui l’entourent : parents, grand-père, enseignants, petite copine, amis, etc. « Ce livre n’est pas un essai rédigé par des experts, confie Françoise Dessy, mais une ouverture, une sensibilisation à ces réalités. La logopède de Jérôme va ainsi insister sur la confiance en soi, s’axer sur ses ressources, l’aider à retrouver du pouvoir, à avancer avec ses difficultés… »
Ce livre n’est donc pas un recueil d’analyses ou de techniques, il y en en a déjà beaucoup sur le sujet. En mettant le jeune au centre des apprentissages, Jean-Marc Loutsch et Françoise Dessy ont voulu montrer qu’on peut avancer. « Cela ne se fait pas assez au niveau du secondaire, constate Jean-Marc Loutsch, sur base de son expérience des plans individualisés d’apprentissage (PIA). Il y a tellement d’enseignant·e·s autour d’un même élève que rassembler tous les intervenants au même moment est impossible. De plus, la prise en charge d’un enfant dyslexique demande des adaptations pédagogiques de la part des enseignant·e·s mais, avec vingt-quatre élèves face à soi, ce n’est pas simple ».
Pourtant, embraie Françoise Dessy, « la classe dans son ensemble peut profiter de ces adaptations, par exemple le recours à la gestion mentale, une approche fondamentale pour apprendre à apprendre. »

Des grades qui dégradent

« Quand Jérôme arrive dans l’enseignement secondaire, à la suite d’échecs répétés consécutifs à sa dyslexie, il est déjà marqué au fer rouge. Il a perdu confiance en lui, il souffre des grades qui dégradent, comme nous l’écrivons dans le roman », précise Jean-Marc Loutsch.
« La mère de Jérôme, poursuit Françoise Dessy, rêve que son fils fasse des études universitaires. Lui voudrait suivre une formation artistique. Elle va devoir accepter que le projet de son fils ne soit pas le sien. Elle aussi va devoir faire du chemin et changer de point de vue. »
Le livre n’a cependant rien de négatif. Celui-ci met en avant la relation, relation avec les enseignants, les parents, la logopède. Relation qui permet à tout le monde d’avancer et en particulier Jérôme, au centre de ce dispositif. « On a voulu montrer qu’il y a moyen d’avoir deux regards : celui sur les difficultés et celui sur les ressources, insiste Françoise Dessy. La manière d’aborder l’élève, la posture que l’on a à son égard, sont pour moi essentielles. On est orienté solutions pour avancer avec le jeune. On ouvre à des approches sans donner des recettes, des trucs ». À la fin du roman, tout n’est d’ailleurs pas réglé pour Jérôme et, à sa suite, le lecteur a encore un chemin à parcourir.

Des pages aux planches

Alors que leur manuscrit n’était pas encore publié, Jean-Marc Loutsch et Françoise Dessy s’interrogent sur la dynamique qu’ils ont mise en place avec ce texte. À leurs yeux, manque la possibilité d’un échange direct avec les lecteurs. Dans un premier temps, ils envisagent de donner des conférences, mais, alors qu’ils ne sont ni l’une ni l’autre comédiens, ils décident de monter un spectacle « pour aller chercher les gens dans leur vécu et leurs émotions », s’enthousiasme Jean-Marc.
Ils sélectionnent les thèmes principaux et, avec Dominique Lambert, licencié en sciences du spectacle, mettent en scène les principaux tableaux de la vie de Jérôme. lls jouent eux-mêmes tous les rôles, comme Jérôme ado et adulte, sa mère, trois enseignants aux réactions contrastées face à cet élève. Leur objectif : que chacun puisse s’exprimer après le spectacle, témoigner ou poser des questions.
Pour les représentations scolaires, un livret pédagogique accompagne la démarche. Originalité : le public pose ses questions aux personnages et ce sont eux qui répondent… Jean-Marc Loutsch et Françoise Dessy ont déjà proposé le spectacle devant des publics différents : associations de parents, enseignants lors de journées pédagogiques, classes de rénové, etc. Avec des réactions très positives.

Tous ensemble

En guise de conclusion, la logopède insiste sur le fait que « c’est tous ensemble que l’on doit avancer avec un élève à problèmes, qu’il ne faut pas attendre de solutions miracles, qu’elle n’a pas de baguette magique et qu’il faut que chacun accepte de lâcher des choses, en particulier lâcher ses propres peurs face à un enfant en difficulté pour pouvoir lui faire confiance ».
Comme enseignant, Jean-Marc insiste, lui aussi, pour dire « qu’on est plusieurs à élever un enfant, que parents et enseignants sont partenaires d’éducation. Quand des parents critiquent un enseignant, ou une de ses décisions, l’enfant se sent tiraillé entre les deux et cela ne l’aide pas à avancer ».

ILS/ELLES EN PARLENT...

  • « Merci pour ce partage très intéressant. Pour une maman avec un enfant ‘difficile’, c'est réconfortant. »
  • « Merci d'éveiller les consciences. De nous partager ce quotidien sous différentes facettes avec les personnages. Le monde doit évoluer, merci de continuer à transmettre les valeurs de bienveillance, de remise en question par le changement de regard, d'être à l'écoute... » Un grand-père
  • « Très chouette spectacle qui nous rappelle combien être dys peut être un poids pour un élève. Mais qui me fait me rendre compte que c'est difficile d'aider efficacement avec 25 élèves en classe. » Une enseignante en histoire
  • « Merci pour votre histoire et ce partage. Dans les sentiments ressentis, j'ai surtout eu peur : de mal faire, de décourager, peur du poids des mots... Je penserai à Jérôme lors des prochaines journées de cours. » Un instituteur
  • « Il y a plein d'autres enfants qui reviennent avec de sales notes et qui ne sont pourtant pas des ‘Jérôme’. Ils ne sont tout simplement pas motivés par l'enseignement qu'on leur donne. Pour certains, cela n'a pas de sens et c'est sur la motivation qu'il nous faut travailler. Il faudrait pouvoir leur proposer autre chose. Un enseignement où tout coule et s'assemble en faisant du sens. » Une enseignante, maman d'un autre Jérôme
  • « Super pièce ! Ça nous a fait réfléchir à la vie de tous les jours à l'école. Ma meilleure amie est dyslexique et je ne me rends pas toujours compte... » Une élève de 5e secondaire

EN SAVOIR +

Si vous souhaitez programmer le spectacle, prendre contact avec Jean-Marc Loutsch et Françoise Dessy : asbl En-Vol. Info : jesuisuneleveaproblemes@gmail.com – 0497/90 37 89 - Page Facebook : « Je suis un élève à problèmes ».