Société

En quête de sens, dans le volontariat

Retour sur le volontariat des jeunes, son cadre, ses défis et ses bienfaits

Dans le cadre du projet Bulle d’Oxygène, de jeunes adultes offrent un moment d’écoute et d’évasion à des personnes atteintes de cancer. L’occasion de revenir sur le volontariat des jeunes, son cadre, ses défis et ses bienfaits.

Entre ses études de psychologie, son job le samedi et son volontariat le mercredi, Camille a une vie très remplie. Mais elle n’arrêterait pour rien au monde de rendre visite, chaque semaine, aux patient·es de l’Institut Jules Bordet qui en font la demande. En fonction de leur envie et de leur énergie, elle passe quelques minutes ou plusieurs heures à discuter.
« On parle de tout. Je pose des questions, je rebondis. J’essaye de me rattacher à ce qui leur plaît : la lecture, la famille, leur métier, la spiritualité… Et de faire un peu d’humour, de rigoler, de leur apporter de la chaleur humaine. J’ai envie, quand je rentre dans la chambre, qu’ils sentent que j’ai vraiment envie d’être là. »
On sent bien qu’elle l’aime, son volontariat : « Je me dis que la maladie, on ne peut pas la contrôler. La seule chose qu’on peut contrôler, c’est d’apporter un peu d’amour et de soutien. C’est ce qui me motive ». C’est via une autre étudiante de l’ULB que la jeune femme de 22 ans a découvert l’asbl Volont’R, une organisation de jeunesse qui propose des activités citoyennes et du volontariat relationnel en institutions (hôpitaux, maisons de repos, crèches…). Parmi les projets de l’association figure Bulle d’Oxygène, qui permet à des jeunes d’apporter un moment d’écoute et d’évasion à des personnes atteintes de cancer, à leurs familles et à leurs proches, en partenariat avec les équipes soignantes de différents hôpitaux situés à Liège, Namur et Bruxelles.

Oui, les jeunes s’engagent !

« Selon une étude menée en 2019 par la Fondation Roi Baudouin, un volontaire sur cinq en Belgique a moins de 30 ans », affirme Milèna Chantraine, directrice de la Plateforme francophone du volontariat. Les plus de 400 jeunes bénévoles de l’asbl Volont’R sont donc loin d’être les seul·es à se mobiliser et cela dans des secteurs variés : mouvements de jeunesse, sport, culture, environnement…
« Plus récemment, poursuit-elle, une étude française a montré que l’engagement des jeunes avait augmenté de 10% entre 2010 et 2023. On peut supposer que la tendance est similaire de notre côté de la frontière, ce qui contredit les idées reçues selon lesquelles les jeunes ne s'engageraient plus. »
Camille se rend compte que son âge joue un rôle à part entière dans son bénévolat : « Ça touche certaines personnes âgées que des jeunes s’intéressent à elles, prennent du temps pour elles sans rien attendre en retour. Hier, justement, une dame m’a dit que le fait que je sois jeune apportait de la fraîcheur. Quand j’ai été confrontée à des personnes de mon âge, on parlait plus comme des amis. Entre jeunes, on a des points communs, c’est encore plus facile de développer une connexion. »

Volontaire et ado

Des gens derrière les machines

Sur le site Sainte-Élisabeth du CHU de Namur, une autre équipe de volontaires rend régulièrement visite aux patient·es de plusieurs services, dont les services d’oncologie et de gériatrie. C’est le cas de Solène et Nastia*. À 21 ans, cette dernière est étudiante en génie biomédical à l’UCLouvain et donne de son temps pendant les vacances.
« Je voulais découvrir le milieu médical de l’intérieur, explique cette future ingénieure civile. La dimension humaine est très peu présente dans mes études. Par contraste, ça m’a donné envie de voir autre chose, pour ne pas oublier qu’il y a des gens derrière les machines et les techniques. »
Milèna Chantraine analyse : « Trois notions clés reviennent souvent dans ce qui motive l’engagement, aujourd’hui. On est dans une société où les choses peuvent aller très vite et où on ne sait pas de quoi demain sera fait. On a donc besoin d’agir et de voir concrètement à quoi cela va servir. Ensuite, il y a la question du sens : défendre des valeurs qui nous sont chères est ce qui donne l’énergie de s’investir. Enfin, il y a la dimension collective, le fait de savoir qu’on n’est pas seul à défendre une cause et qu’on peut compter sur le soutien d’une équipe. En ce sens, l’accompagnement des bénévoles est vraiment très important. »

Un encadrement essentiel

« On ne s’improvise pas volontaire, encore moins en oncologie, confirme Aline Delcourt, psychologue et chargée du projet Bulle d’Oxygène. Rentrer dans la chambre d’un patient, parfois affaibli ou bouleversé, ce n’est pas rien. C’est une grande démarche citoyenne de la part du jeune et il est important de l’encadrer. »
Après un premier contact, les recrues du projet participent donc à une réunion d’information, suivie d’un tour d’horizon sur le terrain aux côtés d’un·e volontaire expérimenté·e, de formations médicale, psychosociale et à l’écoute, et de moments de débriefing : « S’il y a le moindre souci, nous sommes nous aussi à l’écoute des bénévoles, qui doivent se sentir libres de dire non quand une situation dépasse leurs limites. Les équipes soignantes jouent également un rôle majeur ».
« Ça m’a énormément aidée d’être à deux pour commencer, parce que j’étais assez stressée », se souvient Camille. Petit à petit, elle a appris à dépasser sa timidité. « Aujourd’hui, je me sens à l’aise. Même avec les infirmiers et les infirmières, à force de les voir toutes les semaines, j’ai créé un lien ».
Bien que sa motivation première ne soit pas liée à ses études, la future psychologue réalise aujourd’hui que ce qu’elle apprend sera précieux pour sa vie professionnelle. Comme elle, Nastia trouve l’expérience enrichissante : « J’ai appris plein de choses sur le ressenti des patients, leur solitude, mais aussi sur les gens qui travaillent à l’hôpital, avec leurs hauts et leurs bas ».

Effet boomerang

« Ce qu’expriment les jeunes, c’est que le bénévolat est un espace d’expérimentation et d'apprentissage informel, qui leur permet de prendre confiance en eux, de renforcer leur capacité d'écoute, de prendre des initiatives, de mener des projets collectifs… Mais ça ne doit pas être une fin en soi », commente Milèna Chantraine, qui s’est elle-même engagée très jeune.
« C'est en quelque sorte l'effet ‘boomerang’ de l'altruisme et du fait de défendre une cause plus large que soi. En tant que jeune, si on a envie de s'ouvrir au monde, de découvrir de nouvelles choses, de créer davantage de réseaux, de cercles d'amis, le bénévolat est vraiment une très chouette porte à pousser, et les opportunités ne manquent pas. Les causes à défendre, non plus. »

*Prénom d’emprunt.

EN PRATIQUE

En tant que parent, on peut être amené à épauler son (grand) enfant dans la recherche d’un volontariat. Voici quelques questions clés à se poser ensemble…

  • Quoi ? Qu’est-ce qui te préoccupe pour le moment ? Est-ce qu’il y a des secteurs que tu aimerais découvrir ? Est-ce que d’autres s’impliquent autour de toi, de nous ?
  • Quand ? De quel temps disposes-tu, réalistement ? Est-ce que tu te vois dans une activité régulière ou ponctuelle (pendant les congés, lors d’un événement…) ?
  • Où ? Près de chez toi ? Près de ta vie étudiante ? À l’étranger ?
  • Par définition, le volontariat est libre et gratuit. Demandez-vous qui l’organise, quel encadrement, quelles assurances, quels défraiements sont prévus ?

Pour trouver une association ou poser vos questions pratiques directement à la Plateforme francophone du volontariat, rendez-vous sur levolontariat.be

LE JOUR OÙ…

… J’ai osé pousser la porte
« Un jour, un infirmier m’a demandé de rendre visite à un monsieur qui ne pouvait pas parler, mais qui aurait aimé avoir un échange avec quelqu’un. En entrant dans sa chambre, j’étais très stressée parce que je me demandais comment j’allais créer un lien avec lui. Finalement, j’y suis restée deux heures et je suis retournée le voir chaque semaine pendant deux mois. Soit il écrivait, soit je lisais sur ses lèvres. Ce moment m’a beaucoup touchée parce que j’ai dépassé mes craintes ».
Camille, 22 ans

… Une dame s’est souvenue de moi
« La semaine passée, je suis allée voir une patiente en gériatrie à qui j’avais déjà rendu visite. Elle ne m’a pas reconnue au début, mais, au cours de la discussion, elle s’est souvenue de moi. Elle m’a dit que mes yeux, mon sourire lui rappelaient quelque chose. Je me suis dit que j’étais quand même importante pour les patients ».
Nastia, 21 ans