Développement de l'enfant
Décrypter les cryptomonnaies, déjouer les belles promesses sur les réseaux sociaux et parler d’argent sans tourner autour du pot. Voici quelques-unes des missions qui attendent les élèves de secondaire en visite au Wikifin Lab, à Bruxelles.
Rassemblé·es autour d’un grand écran tactile, une poignée d’élèves de 5e secondaire de l’Institut Sainte-Ursule (Forest) suivent les conseils d’une influenceuse fictive qui les encourage à investir dans les cryptomonnaies. Manifestement, pris·es dans le jeu, ils et elles achètent et revendent, tandis que le cours grimpe et chute, en dents de scie.
À quelques pas de là, d’autres jeunes sont installé·es confortablement dans des fauteuils en forme de bulle ou « pods ». Seul·es face à la tablette qui les accompagne tout au long de leur visite, ils et elles sont plongé·es dans une autre étape de la véritable « expérience » pédagogique à laquelle leur école participe cet après-midi.
Un lieu coconçu avec des gamers
Nous sommes au Wikifin Lab, à Bruxelles. Un lieu d’apprentissage créé en 2020 par la FSMA, l’autorité chargée du contrôle des services et marchés financiers belges, à destination des élèves du secondaire. Car cette instance officielle est également compétente en matière d’éducation financière, qui consiste à donner à toutes et tous les clés pour comprendre les questions d’argent au quotidien. Un enjeu crucial à l’heure du paiement mobile, des finfluencers (les influenceurs financiers) et de l’investissement en ligne.
« Le concept a été longuement réfléchi, explique Stéphanie Brandt, responsable du Wikifin Lab. Nous l’avons développé avec des pédagogues et des gamers pour qu’il ne soit ni un musée ni un parc d’attractions, mais quelque chose de mixte ». D’où son nom « lab » : « Les participant·es apprennent par l’expérience. Les activités changent toutes les quinze minutes pour garder leur attention. Et la répétition étant un élément clé de l'apprentissage, ils/elles entendent plusieurs fois le même message pendant le parcours ».
« Les gens se vantent rarement de leurs échecs »
« Le mois n’a pas été le même pour tout le monde ! », constate l’animateur lors d’un débriefing avec les jeunes qui viennent d’enchainer plusieurs périodes d’activité. Les sujets abordés s’adaptent à l’âge et à l’orientation des élèves. Aujourd’hui, il est question des cryptomonnaies. Et si les portefeuilles fictifs des un·es se portent bien, d’autres ont perdu des centaines d’euros... S’ensuit une présentation rapide, mais précise, sur le fonctionnement des monnaies numériques et les risques qui y sont liés.
« C’est ton argent. Si t’as pas le temps d’y penser, c’est pas le moment de le dépenser »
Quand l’animateur demande aux jeunes s’ils ou elles achèteraient (à nouveau) des cryptos, treize votent « non » et six « oui ». « Ici, on ne va pas vous dire ce que vous devez faire ou pas, conclut-il. Un message clé, c'est que si, un jour, vous souhaitez investir dans des cryptos parce que ça vous intéresse et que vous avez envie de comprendre, faites-le avec une petite somme que vous êtes prêt·e à perdre. Parce qu’on entend toujours parler des personnes qui sont devenues immensément riches, mais moins de celles qui ont tout perdu. Les gens se vantent de leurs succès, rarement de leurs échecs ».
Prendre le temps de la réflexion
« L’objectif n’est pas d’en faire des expert·es en finance, mais de les armer pour prendre des décisions financières de base et s’en sortir financièrement dans la vie, commente Stéphanie Brandt. Ces ados vivent dans un environnement complètement différent de celui que nous avons connu plus jeunes. Avec, par exemple, un accès beaucoup plus facile à l'investissement. C’est aussi une génération où tout va très vite. »
Pour se rapprocher autant que possible de la réalité tout en aiguisant l’esprit critique, le Wikifin Lab met en scène des influenceurs et influenceuses, fiables ou non, ainsi que des tentatives de fraude. « On essaye de leur dire : ‘Réfléchis, sois critique, prends le temps de t’informer de manière fiable’ », poursuit Stéphanie Brandt. En résumé : « C’est ton argent. Si t’as pas le temps d’y penser, c’est pas le moment de le dépenser ».
Un domaine d’apprentissage scolaire
« Gagner beaucoup, très vite et sans rien faire, ça n’existe pas ». C’est également un message que Bruno Marquegnies, professeur d’économie à l’Institut Sainte-Ursule (Forest), fait passer à ses élèves. Habitué des lieux, il les accompagne cet après-midi et assure que la matière les intéresse. Pas seulement les questions d’investissement, mais également la gestion d’un budget, l’importance de se créer un « matelas de sécurité »…
Ancien entrepreneur, il aurait aimé bénéficier lui-même d’une véritable éducation financière à l’école. Depuis, les choses ont bien changé : l’éducation financière et à la consommation responsable a désormais sa place dans les programmes scolaires, tant en Flandre qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles. La FSMA, qui est également à l’initiative du site d’info grand public wikifin.be et d’une palette d’outils à l’attention des enseignant·es (voir encadré), soutient les écoles dans cette nouvelle mission.
Buy now, pay later
Parmi les sujets qui touchent les jeunes et interpellent leurs enseignant·es en ce moment figure le système de buy now, pay later, signale Stéphanie Brandt. De plus en plus d’applications permettent en effet d’acheter en ligne, tout en différant ou en échelonnant le paiement. Face à ce système, une sensibilisation s’impose : « C’est un bel outil tant qu'on paye à temps, avertit-elle, mais dès qu'on dépasse le terme, cela peut vite coûter très cher ».
Si l’école a un rôle clé à jouer, la famille n’en reste pas moins une actrice essentielle de l’éducation financière. « Plus tôt on commence, mieux c’est, estime Stéphanie Brandt. Avant, l'argent était peut-être un peu plus tabou dans le milieu familial. Mais je pense qu'il y a une évolution positive. C’est important de parler ouvertement d’argent aux enfants et d’essayer de répondre à leurs questions, en s’adaptant à leur âge ».
EN PRATIQUE
Comment parler d’argent avec son ado ?
Destiné à un large public à partir de 15 ans, le site d’info financière wikifin.be est plein de ressources pour les familles. On y trouve notamment les conseils suivants pour parler d’argent avec son enfant entre 12 et 18 ans…
- Un premier compte à vue. Pratique pour les paiements et pour apprendre à gérer son argent. Et nécessaire pour percevoir son salaire, en cas de job d’étudiant. Si vous hésitez, le site propose un comparateur de comptes à vue.
- De l’argent de poche et un cadre clair. « Indispensable si vous ne voulez pas avoir le sentiment d’être un distributeur automatique permanent », peut-on lire sur le site. Il s’agit également d’un outil d’apprentissage important : définissez ensemble les dépenses à couvrir (qui peuvent augmenter avec le temps : repas de midi, sorties, abonnement de téléphone, vêtements…) et calculez le montant de l’argent de poche afin de correspondre à ce cadre.
- Un accompagnement de sa gestion budgétaire. « Faites le point sur sa gestion budgétaire une fois par mois, surtout les premières années, afin de vous assurer que votre ado est sur la bonne voie », conseille encore la FSMA. Ces discussions sont l’occasion de lui transmettre votre expérience. Le site propose également un calculateur de budget qui peut servir de base de discussion.
Situé tout près de la colonne du Congrès à Bruxelles, le Wikifin Lab est réservé aux groupes scolaires. La plateforme Wikifin School, également créée par la FSMA, rassemble quant à elle de nombreux outils gratuits (vidéos, quizz, jeux, posters…) destinés à aider les enseignant·es à aborder les questions d’argent en classe, et ce dès les premières années du primaire. N’hésitez pas à vous servir en tant que parents !
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