Loisirs et culture
« Pour un monde à refaire ». C’est la phrase clé qui regroupe deux pièces de théâtre proposées en cette fin août sur les hauteurs de la Citadelle de Namur. Pourtant, au premier abord, rien ne semble les rapprocher. Si la première est accessible à tous les publics, la seconde est plus intellectuelle et littéraire. Alors que la première met en scène une truculente comédie en plein air, la seconde confronte deux écrivains du XXe siècle, Romain Rolland et Stefan Zweig, dans l’intimité lourde de l’entre-deux-guerres.
Le théâtre a cela de magique. C’est que les messages qu’il fait passer peuvent passer autant par le rire que par la gravité, autant par le geste que par le discours.
Ce « monde à refaire », selon les deux compagnies sur les planches ici, doit visiblement se poser avec urgence les questions nécessaires face à la montée de l’extrême droite et les vieux réflexes patriarcaux. C’est de ça dont il est question. Deux thématiques lourdes mais au traitement radicalement différent. Le dialogue épistolaire entre Romain Rolland et Stefan Zweig s’attache à la montée des extrémismes et aux façons de lutter contre la guerre. La joyeuse clique des Charlatans Imaginaires, elle, s’ingénie à démonter, déconstruire le masculinisme et les questions de genre. Autant le premier est grave et puissant. Autant la seconde est drôle et légère. Ce qui les unit, ce sont la pertinence et cette résonance avec ce que nous traversons aujourd’hui.
Pour les familles, les Charlatans Imaginaires
On a adoré le côté burlesque des Charlatans Imaginaires dopés aux arts de la rue et à l'amour des planches. La compagnie Arts Nomades s’est bien amusée à dynamiter le machisme ordinaire, même lorsqu’il est pavé de bonnes intentions. Car si un des protagonistes croit offrir à sa dulcinée tout ce à quoi qu’il croit qu’elle rêve, il a négligé de questionner directement la femme de sa vie sur ses véritables passions, envies et projets. Entre quiproquos et méprises, changements de costumes et tirades qui font mouche, le spectacle use de plusieurs ressorts, le plus jouissif étant le dialogue récurrent avec l’auteur même de la pièce qui a une fâcheuse tendance à dévaloriser les femmes.
Les enfants ne saisiront pas toutes les subtilités du texte et des situations, mais ils se laisseront emporter par l’intrigue et les comiques de situation. Ils n’hésiteront pas non plus à vous poser quelques questions qui pourront vous amener à leur expliquer ce que sont le féminisme, l’égalité entre les hommes et les femmes.
Pour les grands, Europa
Europa, c’est donc plutôt pour les adultes et les grands ados. Après les répétitions, on a vu quelques personnes présentes particulièrement marquées par le texte de cette pièce construit à partir de la correspondance entre l’Autrichien Stefan Zweig et le Français Romain Rolland. C’est une histoire d’amitié, essentiellement écrite, qui se déroule sous nos yeux. Entre admiration réciproque, incompréhension, mésentente, réconciliation, les deux hommes expliquent leur vision du monde entre les deux conflits qui ont ravagé l’Europe dans la première moitié du XXe siècle.
Brûlant d’actualité, ce spectacle des Baladins du miroir se déroule en intérieur dans le Hangar aux affûts de la Citadelle de Namur. La compagnie Arts Nomades occupant la cour.
Une belle synergie
Entre les deux spectacles, il y a donc un fil rouge, cette réflexion sur les possibilités de rendre notre monde meilleur, lui qui pour l’instant se fait un peu malmener de partout. Chaque spectacle peut se voir séparément. Mais les compagnies à l’œuvre se sont organisées pour que les familles puissent profiter à fond de l’expérience.
Ainsi, il est possible d’assister au spectacle d’Arts Nomades et puis de proposer aux enfants des ateliers encadrés par les acteurs. Ils et elles pourront, au choix, s’initier aux cascades de scène ou à la confection et à la manipulation des marionnettes. Andreas Christou d’Arts Nomades nous en dit un peu plus. « L’atelier autour des marionnettes permet aux enfants de réaliser rapidement un personnage auquel ils peuvent donner vie. Tout cela à base de papier et de petit matériel. Notre objectif, c’est qu’il réplique cela à la maison, avec leurs parents, c’est un excellent moyen de créer de l’échange au sein de la famille ». Et l’atelier cascade ? « C’est démonter ce que les enfants ont vu sur scène. Comment on simule un coup, ou une claque. Comment on tombe sans se faire mal. Là aussi, cela peut se répliquer en famille ».
L’idée des ateliers n’est pas de se transformer en garderie pendant que les parents vont à l’autre spectacle qui se déroule au même moment. Par contre, il y a moyen de s’organiser au sein de la famille pour répartir les tâches, en toute égalité des genres, bien sûr.
Les Charlatans Imaginaires Imaginaires et Europa du jeudi 19 août au dimanche 23 août, à la Citadelle de Namur au Hangar aux Affûts.
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