Crèche et école
Certains termes sont répétés de manière presque automatique, sans que l’on prenne vraiment le temps de comprendre de quoi il s’agit en réalité. Extrascolaire, accueil temps libre… Voyons donc quelle galaxie composent ces joyeuses planètes qui gravitent toutes autour d’un seul et même astre : nos enfants.
On est beaucoup à faire l’erreur. On parle de gardien·nes, au lieu d’accueillant·es extrascolaires. On répand l’idée d’occuper les enfants, sans plus. Nous avons une image tout aussi figée que floue de ces différents temps qui composent une immense partie de la vie de nos bambins. D’ailleurs Aissatou*, accueillante dans une école primaire communale du Brabant wallon, résume sa situation avec une certaine désillusion.
« Nous sommes mal considéré·es par les parents, par l’ensemble des profs et des directions d’école, mais nous sommes adoré·es des enfants qui sont comme nos bébés. Et si jamais nous nous mettons en grève ou que nous ne pouvons assurer nos missions, l’école cède à la panique ».
Nul ne peut nier qu’il y a du vrai dans ce témoignage.
Une autre partie de soi-même
Avec un point de vue plus nuancé, Cécile Van Honsté, directrice de l’asbl File (fédération des initiatives locales pour l’enfance), dit plus ou moins la même chose que l’accueillante extrascolaire. Comment présenterait-elle ce maillon essentiel à l’école et pourtant, hors temps scolaire ? « D’abord, il est important d’insister sur ce premier point. Les parents parlent de garderie, nous parlons d’accueil extrascolaire. Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas qu’une question de termes, mais de reconnaissance de tout un secteur qui bouge énormément. Secteur pas reconnu, avec des horaires très durs, parce qu’à trous, avec des journées qui commencent tôt et finissent tard. Il y a quelque chose de l’ordre de l’invisible. Il est plus qu’urgent de mettre ses travailleuses et travailleurs en lumière, parce qu’il en va de moments essentiels dans la vie des enfants. Des instants de transition pendant lesquels ils jouent, se reposent, se dépensent, soufflent, décompensent... ».
Accompagner ces temps demande évidemment des compétences. Justement, on discute avec Anastasis Korakas, psychologue et formateur au Fraje (formation et recherche - accueil du jeune enfant), pour essayer de comprendre quels sont les bienfaits qu’apporte ce troisième lieu de vie aux enfants.
« Comme son nom l’indique, c’est un temps libre au sein de l’école. Mais aussi en dehors ou même pendant les vacances. Le point commun ? Là où, dans une société, on valorise la réussite, la précocité, ici, on propose à l’enfant d’écouter ses besoins. Il peut ne rien faire. Il peut être différent. Il peut montrer une autre partie de lui »
« D’abord, il faut comprendre que l’on ne parle pas d’un no man’s land. L’accueil temps libre est un temps subsidié et agréé par une instance : l’ONE. Comme son nom l’indique, c’est un temps libre au sein de l’école. Mais aussi en dehors ou même pendant les vacances. Le point commun ? Là où, dans une société, on valorise la réussite, la précocité, ici, on propose à l’enfant d’écouter ses besoins. Il peut ne rien faire. Il peut être différent. Il peut montrer une autre partie de lui. Il peut entrer en interaction avec des enfants d’âges différents. Il est surtout en relation avec des adultes qui ont d’autres attentes que ses profs ou ses parents. C’est-à-dire qu’on permet d’explorer une autre partie de soi-même. »
ONE, File, Fraje, les observations convergent. Ce moment en dehors de la temporalité scolaire échappe à toute forme de pression, de performance ou de compétition. C’est le socle commun. L’idée est de sortir du bon vieil adage qui dit que « tant que mon enfant est occupé, tout va bien ». Le mot d’ordre est limpide : on ne fait pas du parascolaire (les activités organisées par l’école en dehors des heures normales). C’est-à-dire qu’il n’existe pas de recette toute faite, de bonne pratique déclinable. On part de l’enfant. Les journées s’y déroulent sans se ressembler. Autre raison qui explique cette réinvention constante, celle de l’espace que l’école veut bien céder aux accueillant·es. En cela, notre enquête nous a apporté son lot de surprises.
Une place importante ? C’est vite dit
Vous pouvez le constater. Interrogez les parents autour de vous sur les moments extrascolaires à l’école, vous allez être pris de vertiges. Dans certaines écoles, ce moment ATL est limité à un simple couloir. Quelques bancs, quelques feuilles de papier, une balle… aux encadrant·es de redoubler d’astuces pour que le temps ne paraisse pas trop long.
Chez d’autres, grand luxe. Des locaux à disposition. Différentes activités en fonction des envies et besoins des élèves, de la place, du matériel à portée de main. Nos intervenant·es nous le confirment, la place que se forge l’extrascolaire se fait au petit bonheur la chance. Pourquoi une telle disparité ? On retrouve Cécile Van Honsté pour qui tout est lié aux subventions que les différentes communes reçoivent.
« Il y a ce que l’on appelle entre nous des ‘subsides cacahouètes’, alloués par la Communauté française. Il n’y a tout simplement pas de budget pour l’extrascolaire, sauf cas à part. Voilà pourquoi il semble urgent d’exiger une reconnaissance de ce secteur. Ça avance, mais très lentement. On pourrait faire le lien avec l’accueil de la petite enfance à domicile. Il a fallu trente ans pour débloquer des droits. Les travailleurs et travailleuses seront tout·es salarié·es d’ici 2025. Pour y arriver côté ATL, il ne faut ni peser sur les parents, ni sur les communes, mais il faut appuyer ce besoin de reconnaissance au niveau des cabinets ministériels. Et profiter de cette grande réforme des rythmes pour que l’extrascolaire obtienne enfin toute la reconnaissance à laquelle il prétend légitimement. »
Il en va de l’intérêt de nos enfants. Une meilleure qualité de l’accueil, c’est par exemple une sensibilisation au vivre ensemble. Ce qui permet donc d’être plus efficace dans la lutte contre le harcèlement, sur la relation à l’autre, sur la prévention de santé mentale. Il semble évident d’englober les accueillant·es dans tous ces grands enjeux.
Que peut faire le parent pour aller dans ce sens ? Sans hésiter, Anastasis Korakas déroule. « D’abord, il doit prendre conscience du bien-fondé de la présence de ces professionnel·les qu’il croise tous les jours. Qu’il n’hésite pas à les solliciter, à les interroger, à s’intéresser à ce qu’ils et elles font ensemble avec les gamin·es. Bien souvent, les accueillant·es ont autant de valeur que les profs aux yeux des enfants. Certain·es passent plus de temps avec eux qu’avec leurs profs. J’invite aussi les familles à construire quelque chose d’efficace pour ne pas limiter les interactions entre l’ATL et le personnel scolaire. Parfois les relations sur le terrain sont trop hiérarchisées. Une réunion à l’école ? On va voir la direction d’établissement, les profs, le PMS, l’éducateur sportif et rarement - pour ainsi dire jamais - le personnel extrascolaire. Le parent peut inverser ce rapport de force ».
Comment on avance ?
Pour Cécile Van Honsté, il est également possible de se servir de l’association des parents pour construire des projets. « Les parents, les élèves et les accueillant·es peuvent être très inventifs. Créer un coin lecture, un coin pour se défouler, un coin pour bricoler, un coin pour chanter, un coin pour souffler. On peut décider ensemble de ce que l’on veut. On peut se concerter pour insuffler une dimension plus éducative. À l’école, comme ailleurs. Je pense aux écoles de devoirs, par exemple. Tout comme il est important de dire ce que l’on ne veut pas, je trouve. On ne veut pas d’une simple garderie.eh bien, on l’exprime ».
Bien entendu, pour avancer plus vite et plus rapidement, cela passe par une vraie formation. À l’unanimité, nos intervenant·es réclament davantage de valorisation, ce qui passe indubitablement par plus de qualification du personnel. Tiens, qu’en est-il aujourd’hui ?
« L’identité d’une équipe se fait aujourd’hui encore trop de façon hasardeuse. Il est important de mener une véritable réflexion autour des pratiques. Un ATL reconnu suit cinquante heures de formation tous les trois ans… Il est important d’appuyer la formation sur les besoins spécifiques de chaque enfant. Imaginez que ces professionnel·les se retrouvent parfois avec des tout-petits de 2 ans et demi pour qui les journées sont longues et les infrastructures trop souvent insuffisantes. Une cour bétonnée comme seul espace ? O.K l’été, quand les journées sont ensoleillées, moins l’hiver, quand la nuit tombe dès 15h30. Il est important d’améliorer et de soutenir ce secteur. Et surtout que l’on déplace notre vision. Je rêve de ce moment où les parents demanderont aux accueillant·es non pas ce qu’ils font avec les enfants, mais comment ils et elles en prennent soin. »
EN SAVOIR +
- Tout comprendre sur la galaxie extrascolaire : le site airdefamilles.be héberge des vidéos très pratiques.
- La plateforme ExtrasCOOL, soutenue par plusieurs associations, dont File asbl, le Fraje et la Ligue des familles, plaide en faveur de la visibilisation du secteur. Précieux pour bien comprendre tous les enjeux.
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