Loisirs et culture

Fils de bâtard, un seul-en-scène coup de poing et flamboyant

Transmission, colonialisme, matrimoine sont les trois mots choisis par Emmanuel De Candido pour décrire son spectacle Fils de bâtard

Transmission, colonialisme, matrimoine sont les trois mots choisis par Emmanuel De Candido pour décrire son spectacle Fils de bâtard. Véritable ovni, ce seul-en-scène part d’une question existentielle du fils, marche dans les pas du père et rend grâce à la mère. Une matière première dont le Ligueur ne pouvait qu’en faire l’écho.

« Il faut absolument aller voir cette pièce. C’est juste magnifique. On était tous en pleurs ». Voici en trois phrases ce que ma copine Virgi me glisse à propos de Fils de bâtard. Elle pique ma curiosité et me voici dans l’assemblée lors d’une représentation un soir de septembre. Si le Ligueur vous en parle, c’est parce que le spectacle tourne encore à Bruxelles et en Wallonie en 2025.
Pour créer Fils de bâtard, Emmanuel De Candido a enquêté pendant sept ans, traversé trois continents et remonté la piste d’un père absent. Véritable ovni, ce spectacle de 1h40 passe d’une théâtralité à l’autre. Enquête documentaire, slam, théâtre de la narration, mime, avec en ritournelle une question : « Si tu pouvais recommencer un instant de ton existence, un seul, pour transformer ta vie, est-ce que tu sais quel instant tu choisirais ? ». Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer le spectacle, mais il nous a tellement plu qu’on a eu envie de rencontrer celui qui l’a créé.

« Ça vaut la peine de tenter l’impossible »

Qu’est-ce que la création de ce spectacle vous a appris et que vous ne soupçonniez pas ?
Emmanuel De Candido :
« Ces sept ans m’ont appris que dans un moment de vie où rien ne semble possible, ça vaut la peine de tenter l’impossible. J’ai démarré ce projet dans une phase compliquée où je me sentais au plus bas. J’avais écrit dans un carnet ‘J’irais boire un café avec mon père parmi les morts et j’en reviendrais vivant’. Aller au Congo, en Antarctique, cela me semblait hors de portée. Tout comme transformer la fin de vie de ma mère. Et pourtant, à chaque fois que je joue le spectacle, il s’agit bien de cela. De revivre sa fin de vie et d’en transformer la portée. »

Le fils de bâtard, c’est votre fils à qui vous dédiez ce spectacle. En quoi votre paternité a-t-elle influencé l’écriture et la conception du spectacle ?
E. D. C. :
« Au moment où j’écrivais le spectacle, un double événement s’est produit : une mort et une naissance. C’est vraiment le point de bascule qui a libéré l’écriture de toute la deuxième partie du spectacle. Quand ma mère est morte, je me suis dit, c’est impossible que je crée un spectacle où je parle pendant 1h-1h30 d’un père absent avec lequel j’ai à peine vécu sans parler d’elle qui m’a élevé pendant quarante ans. La naissance de mon fils a changé la dynamique générationnelle. Alors que j’étais tourné sur le passé, sur mes parents qui étaient tous les deux morts, sa naissance m’a poussé à me projeter vers l’avenir. Il a imprimé un élan vital vers une possibilité de transformation positive de nos vies et du monde. La ligne et la question de la possibilité de revenir en arrière sont décisives dans le spectacle. Grâce à l’art, j’invite mon fils à jouer avec cette ligne, à la transformer, à marcher dessus pour se libérer du poids des injonctions sociales et des constellations familiales. »

Fils de bâtard tourne depuis février, quels sont les retours qui vous ont marqué ?
E. D. C. :
« Des retours, j’en reçois beaucoup. Pendant le spectacle, déjà, je suis en interaction avec le public, je vois les gens, je sens leur écoute. Beaucoup viennent m’aborder dans la foulée pour me parler de la fin de vie et son accompagnement dont je parle dans la deuxième partie. Nous sommes toutes et tous confronté·es à cette question. La parole se libère. Il y a comme une plus grande facilité à parler de la mort et de la place qu’elle prend dans nos vies après le spectacle. Un autre retour fréquent est lié à l’effet de surprise, le public s’attend à un spectacle de plus d’un gars qui parle de son rapport à son père, mais pas à une réflexion sur le colonialisme ou sur la place des femmes. Je me souviens aussi d’un mot d’une jeune fille de 15-16 ans, elle aussi bâtarde, qui me disait que le spectacle lui avait fait un bien fou, elle était reconnaissante du message d’espoir dont il était porteur. »   

Au-delà du spectacle, y a-t-il un message que votre vécu de bâtard vous inspire et que vous auriez envie de transmettre à nos lecteurs et lectrices ?
E. D. C. :
« J’ai rencontré sur ma route des mamans solos qui se sentent mal de leur situation. J’ai envie de leur dire qu’un modèle familial hors norme peut donner lieu à des parentalités et des vécus d’enfants extraordinaires. Je le sais, je l’ai vécu. Ce n’est pas parce que ça démarre bizarre que c’est mal barré. C’est vrai qu’on ne part pas avec les mêmes règles du jeu, mais il n’en est pas moins beau ou inventif. J’espère que mon spectacle transmet ce message porteur d’espoir d’un fils de bâtard qui se considère chanceux de son modèle familial. »

  • Fils de bâtard, un spectacle écrit et interprété par Emmanuel De Candido de la Compagnie Maps, accessible à partir de 14 ans.
Retrouvez l’agenda des représentations programmées en 2025 et 2026