Développement de l'enfant

Histoires de mains, histoires d'humains

L'ENFANT PAS À PAS

Ah, ces petites mains qui attrapent, agrippent, accrochent… Nouveauté à 4 mois : le bébé semble sortir de sa position passive en montrant que des choses l’intéressent et en tentant de les attraper. Bien maladroitement encore, mais il concentre tout son effort pour y arriver. Étrangement, c’est plus ou moins à ce moment-là que le parent se décroche de son enfant pour le confier à d’autres mains.

Déléguer le « soin » et le bien-être de son petit à de nouvelles personnes pas nécessairement proches de soi n’est pas une mince affaire ! Et ses propres mains qui ont caressé, langé, bercé, soigné, nettoyé, nourri… vont vaquer à d’autres tâches. Il reste, cependant, dans la tête des « mains psychiques » qui organisent, anticipent, prévoient, pressentent… car, même absent, l’enfant occupe mentalement l’esprit de ses parents.
Les mains… celles qui se passent le relais. « Vous jurez dans mes mains de protéger les arts et d’aimer les humains », écrit Voltaire (Épîtres, Stances et Odes), et on pourrait imaginer que cette parole scelle l’alliance entre des mères, des pères et les professionnels des lieux d’accueil qui entrent en piste dans la vie des bébés.
Ces bébés pétris d’amour et d’attention, ouvrages d’art sortis des mains de leurs parents, ces bébés qui doivent encore continuer à être aimés pour s’épanouir pleinement et devenir à leur tour artistes de leur vie… quelle mission pour les équipes éducatives de les recevoir des mains de leurs parents !
Quelle foi de la part des pères et des mères, lorsqu’ils confient leur petit aux mains de ces professionnels tout juste rencontrés pendant quelques heures de « familiarisation ». Et Voltaire d’écrire encore : « Donner les mains à quelqu’un, c’est se rendre, lui céder, reconnaître son pouvoir ; c’est une métaphore empruntée aux anciens combats où le vaincu tendait les mains aux vainqueurs. »
Non, ce n’est pas la guerre de mettre son petit en milieu d’accueil mais ça reste, pour beaucoup de parents, une bagarre intérieure (entre le besoin de retravailler et le besoin de garder une proximité avec son bébé) d’où doit émerger une source de confiance. En soi-même, d’abord : « Je suis un artiste qui peut continuer à sculpter, à plusieurs mains à présent…» En son petit aussi : « Il peut s’accrocher et puiser de ses mains ce qui lui faut pour acquérir sa sécurité. » En tous les professionnels qui feront le nouvel univers de l’enfant, enfin : « Ce sont des mains expertes qui ont déjà bien des ouvrages à leur acquis. »
Entre ces mains d’humains, grandes et petites, expérimentées et débutantes, douces et fermes, fortes et soutenantes, soignantes et consolantes, invitantes et rassurantes, ouvrantes et cadrantes, créatives et prometteuses, se tissent les plus belles histoires que la Terre puisse porter : celles de la construction des hu-mains .

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