Développement de l'enfant
Lorsque le thermomètre s'affole, les tout-petits sont souvent les plus exposés aux dangers du soleil. Pour passer en douceur le cap des fortes chaleurs, des professionnel·les de la santé nous livrent les bons réflexes pour les protéger au mieux.
Le soleil brille et les températures peuvent s'envoler. En première ligne, les tout-petits sont parmi les plus vulnérables. Pour plusieurs raisons. « Leur capacité de thermorégulation n'est pas optimale, explique François Leclercq, pédiatre. La température d'un jeune enfant peut augmenter trois à cinq fois plus vite qu'à l'âge adulte. De plus, la proportion de leur corps en eau est plus importante. Chez un nouveau-né, le corps est composé d'environ 75 à 80 % d'eau. Ce taux diminue progressivement pour atteindre 65 % à l'âge de 1 an. Les bébés ont donc davantage besoin d'eau pour maintenir leur équilibre hydrique ».
Aussi, ces deux facteurs sont doublés d'une autre vulnérabilité : celle de la dépendance. « Pour satisfaire leur soif, les tout-petits ont besoin d'une aide extérieure ».
Boire pour ne pas trinquer
Alors, proposer de l'eau, et plus régulièrement qu'à l'accoutumée, c'est la recommandation évidente quand le soleil chauffe. « Pour un bébé de moins de 6 mois nourri au lait maternisé, le biberon reste suffisant. Proposer de l'eau pure en biberon est déconseillé. En revanche, au-delà de 6 mois, et lorsque la diversification est bien installée, l'eau peut être proposée à part dans le cadre d'un repas complet. De l'eau fraîche, non glacée. On opte aussi pour des fruits et légumes gorgés d'eau : concombre, pastèque, fraise, céleri, laitue, tomates... ».
Enfin, « n'attendez pas que l'enfant réclame. Proposez de l'eau en petite quantité et très souvent. Pensez aussi à présenter de l'eau pendant la nuit, si l'enfant se réveille ». Le bon réflexe pour s'assurer de la bonne hydratation ? Observer les couches, la quantité d’urine doit rester normale et de couleur claire.
« Nourri au sein, un bébé va réclamer davantage si les températures montent », précise Fanny Joachimowicz, sage-femme consultante en lactation. La physiologie de la lactation va suffire à le désaltérer. « En début de tétée, le lait est aqueux, chargé d'eau et de sels minéraux, et moins gras qu'en fin de tétée ». Pour répondre à ses besoins, bébé va donc boire moins longtemps, mais plus souvent.
« La tétée-boisson doit donc se faire à volonté, et sans restriction d'horaire de repas rythmés toutes les trois ou quatre heures. L'eau pure est à exclure. Elle n'est pas nourrissante pour un petit bébé. Elle risque de réduire l'apport calorique du lait maternel, ainsi qu'entraîner une baisse de production de lait ». Quant à la maman, « elle veille à bien s'hydrater, mais pas au-delà de sa soif ».
Température : gare aux écarts
Aux heures les plus chaudes de la journée, « rester le plus possible à l'intérieur, dans une pièce fraîche. C’est l'idéal, mais ce n’est pas toujours réaliste dans la pratique, souligne François Leclercq. On pense alors à bien aérer la maison tôt le matin, tard le soir ou la nuit en profitant des heures les plus fraîches ».
Si le logement est surchauffé, un ventilateur peut être installé dans la pièce à rafraîchir en période d'activité, mais jamais orienté directement vers le bébé. « Il faudra l'éteindre pendant la sieste ou la nuit ».
Quant à l'air conditionné et sa fraîcheur intense, il s'utilise avec précaution. En effet, le froid est la menace paradoxale de la chaleur. « Le froid peut nuire en discrétion, avertit François Leclercq. Un bébé qui souffre de la chaleur se fait facilement comprendre en pleurnichant. A contrario, un bébé qui a froid ne se manifeste pas et le choc thermique agit en douce ».
Si 18°C est une température habituellement recommandée pour la chambre d'un enfant, « en forte chaleur, il ne faut pas dépasser l'écart de 5 à 6°C avec l'extérieur, que l'on soit dans la maison ou en voiture ». Pour rafraîchir bébé, « pensez à lui donner un bain d'eau tiède ».
En cas de bain en piscine ou en mer, « il faut garder à l'esprit que la plupart des baignades en vacances sont trop froides pour les tout-petits, contrairement aux piscines de bébés-nageurs adaptées en température (30°C à 32°C). Installer bébé dans un bassin tiède à côté de la piscine est une meilleure option ». Autre solution rafraîchissante : le spray d'eau thermale, idéal pour évacuer la transpiration à l'effet irritant.
Le syndrome de la « poussette sauna »
Couvrir la poussette de bébé d'un grand drap, certains parents y voient une bonne isolation. « L'idée est contre-productive. Cela crée un effet de serre dangereux en période de fortes températures, alerte le pédiatre. La chaleur emprisonnée ne peut alors pas se dissiper, ce qui présente le risque de coup de chaleur, de déshydratation et de malaise ».
Si bébé se trouve en landau, « laissez la capote ouverte et utilisez une ombrelle. Il profitera ainsi de l'air frais tout en étant protégé des UV ». En cas de transport en écharpe ou sac de portage, « on pense à limiter les couches de tissu du dispositif de portage ».
Les UV, voilà les autres incontournables d'un été chaud à contourner. La dermatologue Stéphanie Olivier donne une ligne de conduite aussi claire que simple : « Éviter tant que possible l'exposition au soleil ». Cette exclusion du soleil est d'autant plus importante pour les bébés de moins de 6 mois. Leur épiderme est très fin, la fabrication de mélanine est immature et laisse filer les rayons jusqu'au derme.
Il s'agit de préserver le « capital soleil » de bébé. « Ce concept définit la quantité totale de rayons UV qu'une peau peut supporter avant de subir des dommages significatifs, comme un vieillissement prématuré ou des cancers de la peau ». Et nous ne sommes pas tous égaux devant ce capital. « Il est déterminé génétiquement à la naissance et varie selon le phototype de chacun. Un enfant exposé régulièrement aux UV va voir son capital soleil chuter fortement, se retrouvant à l'âge de 18 ans avec 20% de son capital soleil ».
Crème ou spray ?
Face aux UV, et même par ciel nuageux, les barrières physiques sont à privilégier : chapeau, vêtements anti-UV aux fibres plus denses ou encore lunettes de soleil répondant aux normes CE de catégorie 3 ou 4, pour protéger les contours des yeux difficilement « crémables ».
Lorsque l'exposition au soleil est inévitable, voici les recommandations du dermatologue. « Pour un enfant de moins de 2 ans, on opte pour une crème dont les filtres sont minéraux. Cette crème épaisse laisse une couche blanche sur la peau et reflète les UV. Elle a l'avantage d'être limitée en produits controversés comme les perturbateurs endocriniens pouvant se trouver dans les filtres chimiques. À partir de 2 ans, la peau devient mature pour métaboliser les filtres chimiques, qui sont alors utilisables ».
Le dermatologue porte également l'attention sur la quantité de crème à appliquer, souvent sous-estimée. « Il faut savoir que les études sur l'efficacité des crèmes utilisent le double de quantité de ce qu'on a généralement l'habitude d'appliquer sur notre peau. On crème donc généreusement, et toutes les deux heures, avec un produit de 50+ SPF, sans parfum ni huiles essentielles ».
Et en cas de brûlure ? « Si le coup de soleil est léger, sans cloque, on passe la zone à l'eau froide, on y applique des compresses d'eau tiède et une crème cicatrisante fraîche, gardée au frigo. Si la brûlure mesure plus de 5% de la surface de la peau avec la présence de cloques, une consultation médicale est recommandée. En repère, considérez que la paume de la main équivaut à 1 % de la surface du corps ».
EN PRATIQUE
Insolation et coup de chaleur : les signes à repérer
Un coup de chaleur chez un bébé peut se manifester par plusieurs symptômes, comme le détaille le pédiatre François Leclercq : « Une peau rouge, sèche et chaude. Une température élevée. Des troubles du comportement, de la somnolence, de l'agitation, de l'irritabilité. Des signes de déshydratation avec des yeux cernés, des muqueuses sèches, des urines faibles et foncées... jusqu'à vomir dans le cas de l'insolation. Il s'agit alors de rafraîchir l'enfant au plus vite, à l'ombre, en le couvrant d'un drap humide et en l'hydratant généreusement ».
BON À SAVOIR
Boutons de chaleur, bénins, mais...
De petits boutons qui pullulent sur la peau des plus jeunes, dès les premières chaleurs : c'est la « dermite sudorale », qui questionne souvent les parents. « Pas d'inquiétude à avoir avec les boutons de chaleur. C'est une réaction cutanée fréquente, bénigne, provoquée par une obstruction des glandes sudoripares lors de températures élevées. Il n'y a pas de traitement à y appliquer, si ce n'est de laver la zone avec un savon doux et d'éviter les crèmes grasses. Si ces boutons ne s'estompent pas après quelques jours et deviennent purulents, la cause des boutons est autre et il faut consulter ».
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