Développement de l'enfant

Je, tu, nous

La socialisation à l'entrée en maternelle

Si on y prête attention, à 21-23 mois (et aussi avant), on observe beaucoup d’échanges, beaucoup de complicité entre petits enfants, par exemple lorsqu’ils disposent de « brol » pour jouer. Et à 2 ans et demi-3 ans, qu’en est-il des gestes altruistes ?

Les enfants ont un élan altruiste spontané, observe Céline Alvarez dans Les lois naturelles de l’enfant (Éditions des Arènes). « Au début de la vie, la volonté d’aider l’autre n’est pas toujours très adaptée : à 14 ou 15 mois, les enfants tentent de consoler un autre enfant en lui donnant un jouet ou un nounours qui les réconforterait eux-mêmes s’ils étaient tristes, sans prendre en compte la préférence de l’autre. » Mais, si les adultes s’occupant d’eux les aident à comprendre les besoins et les intentions de cet autre, ils lui apporteront des aides de plus en plus appropriées, poursuit l’auteure. Il est clair que la bienveillance, l’empathie, la générosité dont l’enfant bénéficie de la part des adultes qui l’entourent est une clef majeure de la bienveillance, de l’empathie, de la générosité dont il va être capable en grandissant. Il s’agit aussi « d’offrir à l’enfant des situations où il aura la possibilité d’avoir régulièrement des comportements altruistes, précise Céline Alvarez : se sentir responsable du bien-être d’un autre (en situation de tutorat dans une classe d’âges mélangés, par exemple) est une composante essentielle du développement de l’altruisme ».

À l'école comme à la maison…

Mais, parfois, des enfants amènent en classe des attitudes « violentes » apprises à la maison. À l’instit de leur donner « tout de suite une autre façon – pacifique et respectueuse – d’exprimer leurs émotions », réagit Céline Alvarez. Commentaire de Reine Vander Linden, psychologue clinicienne : « L’enfant vit tout le temps des expériences du genre "Je veux le jouet du petit copain, ou ce qui semble plaire à l’autre pourrait me plaire aussi, comment je fais ?". S’il est soutenu par des adultes bienveillants, il développera des attitudes altruistes. Dans notre exemple, si on se fâche sur l’enfant en lui disant "Mais laisse ton copain tranquille, tu vois bien qu’il joue avec ce jouet", on ne l’aide pas. Par contre, on peut lui ouvrir le champ des possibles : "Qu’est-ce que tu peux faire ? Chercher un autre jouet ? Demander à ton copain s’il peut te prêter son jouet ? Voir avec lui si vous pouvez le partager ?" Aidons les enseignants à donner à nos enfants des voies paisibles de résolution des conflits. Parce qu’effectivement, ils emportent à l’école ce qu’ils vivent à la maison. Si, sans cesse, on crie sur son enfant, l’insulte, l’humilie ou si on l’intronise comme roi tout-puissant, c’est cela qu’il amène à l’école. On a, chacun, une responsabilité dans le fait qu’une classe va bien. C’est d’abord à la maison que l’enfant apprend la bienveillance, l’empathie, la tolérance. »
Lorsqu’un enfant est isolé dans la classe, qu’il ne va pas bien, c’est à l’institutrice de gérer la situation. « Si elle en parle aux parents, c’est qu’elle y est attentive, c’est bon signe, souligne Reine Vander Linden. Si l’enfant dit à ses parents qu’il est seul, ceux-ci peuvent lui demander : "Que peux-tu faire pour aller vers les autres ?" Il ne s’agit pas de le plaindre, mais, une fois de plus, de l’ouvrir à de nouveaux possibles. »