Loisirs et culture
« Je suis fille unique d’un parent unique. Ma mère était la maîtresse d’un homme marié qui avait laissé femme et enfants en France pour venir travailler en Algérie, dans l’administration. C’est là qu’ils se sont connus. Lui avait une double vie et ma mère une demi-vie, du moins l’ai-je pensé. »
Dès la première page, Cathy Karsenty donne le ton. Ce livre est hybride, à la fois roman et autobiographie. Ce qu’elle a vécu, l’autrice le raconte avec simplicité. Une vie à deux, en vase clos. Un lien mère-fille à la fois puissant et distant. Un quotidien côte-à-côte, des discussions jamais profondes ni intimes qui scellent un pacte de silence. Cathy Karsenty prend la plume pour raconter cette mère mystérieuse au moment où elle perd la mémoire. L’autrice-illustratrice alterne les tranches de vie commune du passé dans lesquelles elle se replonge en vidant l’appartement de sa mère, commençant une nouvelle vie en maison de retraite.
Avec beaucoup de justesse, elle décrit la culpabilité, les tiraillements, les rôles qui s’inversent, la charge des visites auprès d’une mère qui a oublié qu’elle avait une fille. La narratrice découvre aussi tout un pan de son histoire à travers les lettres de son père et c’est toute une histoire d’amour qui nourrit la part plus romancée de l’ouvrage. Avec ce premier roman, Cathy Karsenty livre un texte très juste qui rend grâce à l’ambivalence et à la force des liens, quand bien même on s’efforce de les ignorer. « Je suis bien la fille de ma mère si opaque soit cette dernière ».
- La fille de ma mère, Cathy Karsenty (Seuil)
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