Vie pratique

La vasectomie à l’autopsie

Depuis quelques années, la vasectomie rencontre de plus en plus de succès auprès des hommes

Ces dix dernières années, le nombre de vasectomies a quasiment triplé. Serait-ce le signe d’un changement de mentalité ? D’une volonté de partage de la contraception dans le couple ?

Le nombre de vasectomies pratiquées en Belgique est passé d’environ 6 500 en 2012 à près de 18 300 en 2024 d’après les chiffres de l’Inami. Comment expliquer ce boom dans la contraception masculine ? « Probablement grâce au bouche-à-oreille : les hommes en parlent entre eux, suggère Jeanne Beirnaert, urologue de l’HUB. C’est souvent un collègue, un copain, un frère qui l’a fait. Sans oublier l’amélioration de la chirurgie, puisque c’est une intervention qui se déroule en hôpital de jour ».
De fait, une vasectomie ne prend qu’une vingtaine de minutes au bloc opératoire. Pour schématiser, il suffit de sortir les canaux déférents du scrotum, de les bloquer, de couper - ce qui empêche le passage des spermatozoïdes -, puis de suturer. Terminé.
Simon, 41 ans, papa de deux enfants de 8 et 10 ans, vasectomisé depuis deux ans, confirme : « Je suis entré à 14h, le temps de faire l’administration, à 16h, j’étais sorti ! Grâce à mon père, vasectomisé depuis 1985, je savais qu’il n’y avait aucun risque au niveau santé, plaisir et sexualité. Depuis très longtemps, je savais que je le ferais le jour où je n’aurai plus envie d’enfant ».
Ce choix, il a été posé en adéquation avec sa compagne. « On a réfléchi pendant un an pour savoir si on avait envie d’un dernier enfant. Quand ça a été acté qu’on n’en voulait plus, j’ai pris rendez-vous. Ce n’était pas du tout une demande de sa part, mais, comme ma compagne avait pris assez de contraceptifs, que je n’aime pas trop le préservatif et qu’on ne voulait plus d’enfant, c’était le choix le plus judicieux ».

Une réflexion sur l’équité

Dans le cas des hommes en couple ayant des enfants, la volonté d’équilibrer la charge de la contraception est aussi un argument récurrent. C’est le cas d’Éric, 62 ans, papa de sept enfants. « Je ne dirais pas que c’est un acte altruiste, mais c’est prendre en considération un élément déterminant : quand on compare la contraception masculine et féminine, les hommes ont toujours eu le beau rôle. Ce sont toujours les femmes qui ont dû faire attention. Je pense qu’il faut rétablir un peu la balance. Surtout que, dans ce cas-ci, franchement, point de vue impact sur l’individu, y a pas photo ! ».
La décision, ils l’ont prise en couple, il y a vingt-six ans. « On en parlait peu à l’époque, c’était pas mal tabou. Il était beaucoup plus fréquent que ce soit la femme qui fasse l’opération (ndlr : de ligature des trompes). Mais après une visite chez une urologue, la décision a été prise d’un commun accord, en pesant le pour et le contre. Ce qui l’a emporté, c’est que l’opération masculine est beaucoup plus rapide, plus facile, moins impactante et ne nécessitait qu’une anesthésie locale ».

À considérer comme définitive

Matthieu, 47 ans, papa de deux adolescents de 16 et 19 ans, désirait lui aussi prendre sa part dans la contraception. « J’ai pris conscience que la pilule est un médicament. Or, prendre de la chimie quand on n’en a pas besoin, ça devient un poison. Je m’en suis rendu compte lorsque ma compagne se plaignait des effets secondaires d’une nouvelle pilule ». Après deux ans de réflexion, à 38 ans, il décide de sauter le pas et se rend chez un urologue… qui lui refuse l’opération !
« Je m’attendais un peu à cette réaction, car je ne connaissais aucune personne de ma génération qui l’avait faite. J’ai insisté, mentionnant qu’en me disant non, il imposait à ma femme de prendre la pilule. Il n’a pas voulu changer d’avis et m’a dit : ‘Si vous le voulez vraiment, revenez dans deux ans’. Je n’ai pas su pourquoi 40 ans était une limite. Il ne voulait pas porter la responsabilité de mon éventuel regret si je rencontrais une autre partenaire. »

Jeanne Beirnaert - Urologue
« Ce n’est pas un traitement hormonal. La vasectomie ne change donc rien ni à la libido, ni à l’érection, ni à l’éjaculation »
Jeanne Beirnaert

Urologue

Matthieu a attendu un an et demi avant de retourner chez un autre urologue : « J’avais taillé mes arguments, j’étais prêt à me battre (rires), mais je suis tombé sur un médecin plus jeune, très compréhensif ». Il appartient à chaque médecin d’accepter ou non de pratiquer la vasectomie sur son patient. « Mais s’il refuse, il est tenu de conseiller un·e urologue qui accepterait de pratiquer l’opération », souligne Jeanne Beirnaert.
Point important : mieux vaut considérer la vasectomie comme définitive. « Même s’il existe la vasovasostomie, soit l’opération pour renverser la vasectomie, le taux de succès varie de 30 à 50%. Ce taux est plus élevé lorsque la vasectomie est plus récente ». Cette opération est, elle aussi, plus demandée qu’avant.
« Cela ne veut pas dire qu’il y a une augmentation de regret, mais plutôt une augmentation de l’information, précise l’urologue. Les hommes sont de plus en plus nombreux à savoir que cela existe. Mais il ne faut pas pour autant faire une vasectomie en se disant, je peux changer d’avis dans deux ans ! ». D’où l’importance du délai de réflexion, car on estime à 6% le taux d’hommes qui regrettent leur vasectomie.
« C’est valable tant chez les hommes qui n’ont pas eu d’enfant que chez ceux qui en ont déjà, poursuit Jeanne Beirnaert. Avec ma consœur Amandine Degraeve, on a conduit une étude à Namur où, par le biais d’un questionnaire, on a calculé le risque de regret. Certains profils, comme des personnes impulsives qui changent souvent d’avis, sont plus à risque de regretter ». Dans ces cas-là, les professionnel·les de santé insistent sur la cryogénisation des spermatozoïdes, une technique aux frais du patient (aux alentours de 250€ par an).

Sperme, plaisir et virilité

« La première question de mes potes, qui reflète la peur des hommes et un peu la mienne avant, était ‘Est-ce que tu as encore du sperme ?’. Le médecin m’avait tout de suite rassuré en me disant que je ne verrais jamais la différence ». Notre urologue de confirmer : « Ce n’est pas un traitement hormonal. La vasectomie ne change donc rien ni à la libido, ni à l’érection, ni à l’éjaculation. C’est un message important : les spermatozoïdes ne représentent que 1% du sperme. Le volume spermatique est dû aux sécrétions de la vésicule séminale et de la prostate, à l’éjaculat, on ne voit pas la différence ».
En résumé, cela ne change donc rien à la virilité. « Si une dysfonction érectile survient, elle est plutôt psychogène. Lorsque l’homme sait qu’il n’est plus fertile, cela peut le bloquer pour avoir une érection ». À l’inverse, pour Matthieu, l’opération a été une libération : « C’est la fête ! On peut faire l’amour comme on veut quand on veut. D’un coup, il y a zéro risque. En plus, ça coûte que dalle : j’ai payé 11,80€. Moins cher qu’une plaquette de pilules ! ».
L’épouse d’Éric a, elle, évoqué une forme de « soulagement ». Souvent, les hommes ayant eu une vasectomie se voient félicités par les femmes de leur entourage. « Elles trouvent ça cool que ça change, que la contraception soit prise en charge par l’homme, reconnait Simon. Les hommes, eux, me demandent généralement si c’est douloureux et si ça change les sensations ». Concrètement, nos témoins parlent d’une « grosse gêne », de « testicules un peu gonflés », d’une « démarche de manchot » les trois jours suivants l’opération. Rien d’insupportable.

Sur la place publique

Si le changement de mentalité a lieu, c’est parce que le sujet est à présent évoqué sur la place publique. « La sexualité est devenue un sujet beaucoup plus libre, relève Simon. Je travaille dans le milieu théâtral et ce sujet est revenu plusieurs fois dans les spectacles dernièrement. Au Canada, la vasectomie est tout à fait normale, bien plus que chez nous. C’est peut-être une culture transitoire ».
Culturelle ou non, cela reste une décision personnelle qui mérite réflexion. « L’idéal serait une décision partagée, mais on ne demande pas forcément que la partenaire soit d’accord. C’est son corps, donc, à la fin, c’est l’homme qui décide, rappelle l’urologue Jeanne Beirnaert. Même s’il y a très peu d’effets secondaires, cela reste une intervention chirurgicale. Certains restent bloqués à l’idée d’une chirurgie sur leur scrotum. Il faut que cela se passe sans pression ».
Enfin, pour ceux qui redoutent l’opération, mais qui désirent prendre part à la contraception du couple, d’autres moyens de contraception masculine existent (anneau, préservatif) et certains sont en développement (pilule masculine, contraception thermique). Les langues se délient, les mœurs évoluent et, petit à petit, le partage de la charge mentale s’améliore. Tant mieux.

LA QUESTION

Existe-t-il un profil type d’homme qui opte pour la vasectomie ?

L’âge médian actuel des patients est de 39 ans (chiffre Inami). « Typiquement, c’est un homme entre 40 et 45 ans qui a déjà des enfants et qui n’en veut plus, explique l’urologue Jeanne Beirnaert. Mais nous avons aussi des hommes plus jeunes, célibataires ou non, qui savent qu’ils ne souhaitent pas d’enfant et ne veulent pas prendre le risque d’en avoir par accident. Parfois, il y a aussi des hommes plus âgés qui ne sont pas dans une relation stable et qui souhaitent éviter une mauvaise surprise ».  

POUR ALLER + LOIN

  • Le podcast Les couilles sur la table consacré au sujet : Vasectomie : nos couilles, nos choix, réalisé par Binge.
  • Les Contraceptés : la bande dessinée de Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain et Caroline Lee (Steinkis) illustre une enquête de plusieurs mois sur les hommes qui ont choisi une contraception.