Développement de l'enfant

La vérité s’il ment !

Vous pensiez que votre progéniture avait réussi son année académique et vous découvrez, un jour, qu’il n’en est rien : il y a eu mensonge sur ses résultats. Comment réagir ? Et quels sont les recours possibles ? Tentative de réponses.

« Je ne pensais pas que Tristan aurait pu me faire ce genre de plan, raconte Jean, son père, encore déconcerté par le mensonge de son benjamin. Au lieu d’aller en cours, il faisait du trading et allait à la salle de sport. Il est devenu super baraqué : on dirait Superman ! »
Quand il demandait à son fils comment se passaient ses études à Bruxelles, ce dernier prétendait que tout allait bien. « J’ai fait l’erreur de ne pas trop me soucier, de lui faire confiance ». Son mensonge s’est étalé sur… deux ans. « À un moment, je trouvais curieux qu’il n’ait toujours pas de stage. Sa mère avait tiqué aussi : il y avait un truc qui ne tournait pas rond. Elle est parvenue à se connecter à son compte étudiant, et on a pu comparer son programme à ses propos. À force de le questionner, je me suis rendu compte qu’il était dans des mensonges incroyables. Non seulement, il avait raté deux années, mais il n’était même plus inscrit pour la rentrée ».
Pour Jean, c’est l’incompréhension. Mais face à un parcours scolaire jusque-là sans embûches, quel parent se serait méfié ? « Les parents pensent souvent que lorsque leur enfant a 18 ans, il peut voler de ses propres ailes et qu’ils peuvent enfin se détendre, mentionne Laurence Jacques, psychologue au Service de Santé mentale à l’ULB*. En réalité, c’est plus difficile pour celles et ceux qui doivent s’assumer seul·es, qui doivent parfois, en plus, travailler. Donc dans des préoccupations d’adulte en ayant à peine quitté l’enfance ».

L’âge de transition

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, tant ça parait gros, le mensonge à propos des résultats académiques ne sont pas rares. « Ce n’est pas fréquent, mais ça arrive, confirme la psychologue. Cela traduit souvent quelque chose du lien familial, d’une difficulté de communication ». Quand on aborde la tranche des 15-25 ans, en psychologie, on parle d’âge de transition.
« C’est une période avec différents enjeux. Pour les parents, il y a le deuil de l’enfant rêvé. On le fait à toutes les étapes de sa vie, donc à cet âge aussi : ‘Tiens, il ne fera pas les études qu’on avait imaginées’. En général, les parents veulent le bonheur de leur enfant et sont prêts à faire des concessions - ‘D’accord, il ne sera pas médecin’ -, mais il peut subsister des difficultés à en parler. Tandis que du côté jeune, il y a parfois un reste d’adolescence pas vraiment élaboré. En principe, au moment de l’adolescence, le ou la jeune envoie balader son parent et s’affirme. ‘Je veux un piercing dans le nez même si tu trouves ça moche’. Mais s’il n’y a pas de place pour ça, cela peut être compliqué d’assumer un choix d’études, de ne pas étudier ou de commencer à travailler parce que, dans l’immédiat, il ou elle ne sait pas se projeter. Ce n’est facile pour personne. C’est un leurre de penser qu’accompagner un·e jeune vers son autonomie se passe sans conflits. Ils font partie de cet accompagnement. Le mensonge s’inscrit souvent dans des dynamiques familiales où le conflit est compliqué. »
Le problème de ce type de situation mensongère, c’est qu’elle est difficile à anticiper: « On pourrait croire que lorsque l’étudiant·e ne parle que de positif ou fuit la communication, cela devrait alerter le parent. Mais certain·es étudiant·es ne disent pas grand-chose de leurs difficultés. Le fait que le/la jeune considère ses parents comme des proches et qu’il/elle puisse communiquer ce qui ne va pas, ça aide. À l’inverse, s’il ne les considère pas comme des partenaires, cela complique les choses », explique la psy.

La fonction du mensonge

Parfois, il y a tout de même des prémices. Avant de mentir sur l’obtention de son CESS lors de ses études en infographie, Clément avait déjà menti à son père quand il était en secondaire. « Je faisais de l’absentéisme. Je lui faisais croire que j’allais en cours : il partait au travail, moi à l’école. Mais je n’arrivais plus à y aller. Je faisais une forme de phobie scolaire. Au début, j’errais dans les rues, puis, je me suis réfugié au grenier pour ne pas être pris. Je prenais des mangas et je lisais. Ce n’est pas forcément plus agréable : j’attendais huit heures ».
Clément a mis deux mois pour tout avouer. Pourquoi n’en a-t-il pas parlé plus tôt ? « J’avais peur que mon père me gronde, de le décevoir aussi. À l’époque, il assumait seul notre éducation à ma sœur et à moi, je ne voulais pas lui ajouter ça. Je me disais qu’il n’allait pas savoir gérer la situation ». Clément change plusieurs fois de parcours et trouve finalement sa voie en infographie.
« Ma première année s’est bien passée. Mais l’année suivante, s’est ajouté le complément du CESS que je n’avais pas encore obtenu. Ça m’a démotivé. J’ai du mal avec l’enseignement classique, je m’ennuie très rapidement, ça manque d’interaction. J’ai complètement décroché. Je n’avais pas prévu de mentir à mon père, mais quand il m’a demandé par téléphone si j’avais pu avoir mon CESS, j’ai paniqué, et j’ai répondu ‘Oui, oui, je l’ai eu’. J’ai même inventé des trucs comme quoi certains cours étaient plus compliqués. Je suis parvenu à me convaincre moi-même que je l’avais décroché ! »

« Derrière le mensonge, il y a toujours une crainte de déséquilibrer le système, une crainte du conflit »
Laurence Jacques

Psychologue

Une chose est sûre, c’est que ce mensonge a une fonction. « Cela peut-être pour ne pas voir quelque chose à l’intérieur, s’accrocher à quelque chose à tout prix, se protéger soi-même ou protéger un parent, la dynamique familiale… Il y a divers degrés de lecture, mais il y a toujours une crainte de déséquilibrer le système, une crainte du conflit, assure Laurence Jacques. Souvent les jeunes se mentent à eux-mêmes avec l’espoir que la situation se régularise d’elle-même. Mais l’apprentissage, c’est compliqué. Il ne suffit pas de rester assis·e devant un syllabus. Il faut ingurgiter la matière, la traiter, la malaxer et la faire sienne. Pas juste la lire. Il faut pas mal de maturité et un calme intérieur. Ce n’est pas simple quand on est pris dans des dynamiques familiales complexes ».

Où se trouve l’étincelle ?

Une fois le pot aux roses découvert, comment gérer la situation ? « Il y a peu de solutions, admet Paola Anello, directrice du Siep à Mons. La première, c’est de se demander pourquoi on en est arrivé là. Comprendre la mécanique psychologique, le fonctionnement familial. Si c’est un problème de dépression, de phobie scolaire ou sociale, mieux vaut orienter vers un·e psychologue pour régler ces problématiques, avant de se lancer dans un entretien de réorientation ».
Arriver à verbaliser peut faire du bien à tout le monde. « Ça vaut le coup de faire un entretien de famille, au moins pour faire le point ou marquer un temps d’arrêt, de réflexion, conseille Laurence Jacques. On va réfléchir et avancer au cas par cas. Il n’est pas rare que cela débouche sur un suivi pour voir comment le ou la jeune se saisit ou pas de ces questions d’avenir ». De quoi a-t-il/elle besoin ? De quoi a-t-il/elle envie ? Ce qui le/la fait rêver depuis tout·e petit·e ? L’idée est d’aider l’ado à se connecter à lui-même, à elle-même. Parce que le ou la relancer immédiatement dans des études, sans le/la consulter, pourrait lui porter préjudice.
« Le message important à faire passer, c’est de discuter avant d’entamer des études, insiste la directrice du Siep de Mons. Certains parents poussent aux études, et le/la jeune n’ose pas dire non. Mais l’idéal, en tant que parent, c’est d’être le plus ouvert·e possible. Accepter que son enfant n’ait pas envie de faire des études, qu’il/elle a peut-être d’autres idées plus motivantes ».
En tant que parent, rassurer son enfant quant à sa disponibilité en cas de coup dur est essentiel. « On pourrait dire à son enfant ‘Moi, je t’imagine bien faire ça, mais toi, tu peux penser autrement et ne pas être d’accord’, conseille Laurence Jacques. Faire une place à cette altérité dans la famille, c’est important ». Et cela aboutira à une relation d’autant plus riche, finalement.

* Avec ses collègues de la Permanence pour ados et jeunes adultes sur le campus de La Plaine.

EN PRATIQUE

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L’ensemble des universités francophones propose des services d’aide aux étudiant·es en matière de méthodologie, de réorientation, de questions financières, de jobs, de santé mentale… Ce sont des services facilement accessibles sur les campus et qui sont plein de ressources pour celles et ceux déjà en difficulté ou qui sentent le point de bascule se rapprocher.

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