Crèche et école

Le cadeau de fin d’année ? Allez, on se calme…

Vous la sentez approcher cette fin d’année scolaire. Par quoi est-elle marquée généralement ? Par le petit cadeau traditionnel à l’instit. Vous êtes nombreux à nous dire que ça devient délirant. Alors jusqu’où l’escalade ? Et pourquoi pas quelques solutions créatives ? On fait le tour du clan des « pour », de celui des « contre », sans oublier de demander son avis au principal intéressé : le personnel enseignant. Piochez, c’est cadeau.

Anecdotique, la question du (petit) cadeau de fin d’année à l’enseignant·e ou aux gardiennes ? Il suffit d’en parler autour de vous pour voir que le débat peut prendre des airs de pugilat. Des partisan·e·s aux farouchement contre, les arguments sont tellement étayés que l’on ne sait plus vraiment à quel saint se vouer.

Certains nous ont parlé de choses délirantes : un foulard d’une marque prestigieuse, des arbres pour le jardin d’une valeur indécente… N’oublions pas qu’une classe, c’est souvent tout un tas de réalités familiales différentes. La première règle de ce cadeau de fin d’année est qu’il ne doit exclure personne.

Le cadeau, ce facteur d’inégalités

Clarifions d’emblée l’intention de cet article. Il n’est absolument pas question de décourager les parents de gâter les enseignant·e·s. Mais plutôt de bien prendre en compte tous les paramètres. Par exemple, on aime beaucoup les initiatives de Gaëlle qui offre un petit cadeau quand elle estime que l'instit de sa fille a fait plus que son boulot.

« En 1re maternelle, elle l'a aidée dans ses problèmes de pipi culotte et je lui ai offert un chèque cadeau. Cette année, en 1re primaire, je compte aussi en faire un à la juf dont c'était la première année en tant que prof et qui était vraiment super. Je pense prendre une carte cadeau d'un magasin de vêtements, mais je n'exagère jamais dans les montants (20 € maximum). Ces personnes passent plus de temps avec nos enfants que nous et c'est important de leur montrer qu’on apprécie qu’elles ne se limitent pas au minimum syndical. »

Mais beaucoup de parents se frottent à une dualité embarrassante en cette période de l’année. Marie la résume d’ailleurs assez bien : « Je me sens souvent mal prise avec ça. Comme tiraillée entre faire un cadeau pour les remercier et ne pas en offrir, me disant que c'est leur job. Le dernier jour d'école, c'est vraiment la foire. Les parents sont excités à l'idée d'offrir leur cadeau et c'est la course à celui qui donnera le plus beau. Je vois quelques enfants tristes de ne pas en avoir à offrir […] et je suis décontenancée par les marges entre les différents enfants... ».

La question des inégalités revient souvent comme contre-argument, à tel point que certaines écoles ont même pris le parti de devancer l’opulence. Comme nous le rapporte Sophie : « Vu la surenchère, l’école de mes enfants a décidé depuis l’année dernière d’interdire ce type de cadeaux. Du coup, les enfants redécouvrent le plaisir d’offrir un dessin ou un mot sympa... ». Visiblement, lorsque les parents sont pour, ils le sont en faveur de solutions créatives.

Très prisé, le « fait mimine »

Alors pour marquer une petite attention sur mesure, beaucoup d’entre vous optent pour la solution créative faite main. Ahmed nous raconte le jour où son fils de 8 ans est revenu avec une idée collective avant même que les parents ne s’organisent.

« Mon fils n’a jamais compris pourquoi cette histoire de bakchich de fin ne concernait que certaines familles et pas simplement toute la classe. Alors il a entrepris une super initiative. Une idée ‘faite mimine’, comme il dit. C’est un principe de fresque murale renouvelable tous les ans dans l’école pour remercier la maîtresse, mais aussi tout le reste de l’équipe éducative. Chaque classe a son espace et ses petites attentions. Le résultat est vraiment super graphique. Et c’est un cadeau dont chacun profite pendant un an. »

Sur la page Facebook du Ligueur, vous n’êtes pas en reste. Plusieurs d’entre vous nous ont refilé de super idées. Ariane propose un cadeau gourmand : « Nous, on a cueilli des groseilles du jardin, on en a fait de la confiture et mon fils a décoré le pot ». Gourmand encore, Esther, comme beaucoup, pense cookies : « On a fait un pot ‘SOS Cookies’ que mon fils a décoré avec amour de pierres précieuses en plastique. Il avait 3 ans ». Morgane, elle, se creuse la tête : « Une instit m'a dit que son plus beau cadeau, ça avait été une maman qui lui avait préparé un souper. Tajine ? Paëlla ? Je ne sais plus ».

Laetitia, couturière à ses heures perdues, joint l’utile à l’agréable : « Je fais choisir aux enfants un objet à coudre et les tissus. L’an dernier, une trousse de toilette et une trousse à stylos ». Créatifs et uniques, tous ces petits gestes faits avec le cœur semblent prisés, autant par les enfants que par la maîtresse. Mais ils ne sont pas du goût de tous. Beaucoup d’entre vous sont tout simplement farouchement opposés à ce principe.

Ne rien faire, simplement dire merci

Bénédicte n’est pas contre l’idée du petit cadeau, mais trouve que tout ça, « C'est abusé. L'idée d'interdire les cadeaux n'est pas mal... ça éviterait les cascades d'envie et de jalousie entre enfants (et parents) ». Elle n’est pas la seule, Dominique trouve elle aussi que tout ceci est très exagéré : « Je me rappelle l'un des premiers instit' de mon fils qui m'avait dit qu'il pourrait remplir un château de tout ce qu'il a reçu et gaver sa femme et ses enfants de pralines durant des dizaines d'années. Si en plus, on gaspille… ».

Rodolphe, de son côté, décourage les initiatives. « Tiens, je viens juste de recevoir un mail du parent délégué qui propose une petite cotisation. Je vais faire ce que je fais tous les ans dans chacune des classes de mes gamins : un plaidoyer anti-cadeau. L’école de mes enfants se la joue très novatrice. Si on y réfléchit, le cadeau de fin d’année, c’est tout sauf ça. On va lui acheter quoi ? Un appareil high-tech ? Un bon pour un truc merdique ? On veut changer le monde et on participe à ce principe très rétro, très conso et très cucul. Ne rien faire, simplement dire merci, c’est parfois le plus beau des cadeaux. Raconter des anecdotes, montrer de la gratitude, remplir l’année de beaux souvenirs qui resteront, je pense que c’est vers ça qu’il faut tendre ».

Tenir tête aux autres adultes, pourquoi pas, mais comment le justifier auprès de ses enfants ? Rodolphe nous assure qu’il explique tout clairement à ses petits, âgés de 6 à 10 ans, et qu’ils ont toujours parfaitement compris. De son côté, toujours sur la page Facebook du Ligueur, Philippe a suscité une petite polémique par un sarcastique : « Rien. Est-ce que je reçois des cadeaux quand je fais mon job ? ». Tiens, en parlant de boulot, voyons ce qu’en pensent les principaux intéressés : les instits et autres professionnel·lle·s à l’école.

Côté profs

Paradoxalement, même s’ils et elles sont très touché·e·s à chaque fois, les profs ne poussent pas au cadeau, loin de là. On ouvre le bal avec Marie qui explique que ce petit présent n'est pas nécessaire : « En revanche, une carte avec des mots doux en lien avec l’appréciation des parents et celle de leur enfant, ce que nous leur avons apporté, c'est toujours assez gagnant ».

Nathalie, de son côté, ne goûte qu’à une chose : avoir marqué les esprits. « Notre plus belle reconnaissance, ce sont les progrès de l'enfant ! Et son sourire quand il prend confiance en lui ». Mignon, pas vrai ? Peut-être de quoi rappeler à vos petits que les sourires sont les plus belles récompenses de leurs instits tant aimé·e·s ?

Martine, elle, ressent même de la gêne à l’idée qu’un parent puisse se sentir obligé : « J'apprécie beaucoup un simple ‘Merci pour cette année’. [...] Et même si j'aime aussi fleurs, livres, pralines, etc. Ce sont les petits mots que je garde dans une boîte et les messages vocaux dans mon cœur. Et si petit présent il y a, nos enseignant·e·s plébiscitent le cadeau de groupe, qui fait montre d’un esprit collaboratif ».

Virginie et Thérèse, chacune de leur côté, nous confirment que la petite attention faite maison les flatte beaucoup. La première explique que les cadeaux qui l’ont « le plus touchée étaient home made : confiture, collier, dessins, boutures d’une plante du jardin, truffes maison... ». La seconde poursuit : « Un dessin, des biscuits, certainement pas un ‘cadeau’. J'ai fait mon boulot pendant plus de trente-cinq ans et, franchement, c'est normal de le faire le mieux possible. Mon meilleur souvenir : les standing ovations au dernier cours, plus que suffisantes et très fortes émotionnellement ».

Voilà qui est inspirant. Nous invitons d’ailleurs tous les lecteurs et lectrices du Ligueur à poser leur magazine sur la table basse et à faire une standing ovation en famille, pour clore ensemble cette saison scolaire. Pas besoin de cadeau, le nôtre est simplement que vous nous lisiez.

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