Loisirs et culture
Que serait la littérature jeunesse sans les illustrations et les artistes qui les réalisent ? Les albums nous offrent en effet une ouverture et une éducation aux images, voire à la peinture. Certains en font même leur sujet.
Dès 4 ans
L’auteur et illustrateur bruxellois Jean-Luc Englebert construit depuis des années une œuvre qui, depuis ses débuts, s’adresse aux plus jeunes. Avec des titres comme Le Château du petit prince, 36 papas, Un ours à l’école, Le cauchemar de poche, Mon petit crocodile, il a développé par le texte et par l’image une approche sensible et tendre de réalités enfantines, toujours avec une économie de moyens.
Depuis peu, ses albums se sont enrichis de décors d’allure moyenâgeuse et flamande qui ne sont pas sans rappeler certains tableaux de Breughel. C’est le cas encore avec Jan le petit peintre qui raconte la vie parfois ingrate d’un petit apprenti dans un atelier de peinture : ramener des arêtes et des restes de poisson qui serviront à fabriquer de la colle, affiner les pinceaux, ranger l'atelier, etc. Jan apprend en observant l’utilisation faite des pigments. Un jour, par accident, il va créer le bleu qui manquait tant au maître, un bleu exceptionnel.
Jean-Luc Englebert multiplie les clins d’œil à Jan van Eyck, peintre flamand du XVe siècle et à son célèbre portrait des époux Arnolfini. L’auteur s’est d’ailleurs nourri des conseils de Laure Mortiaux qui a notamment restauré L’Agneau mystique de Jan Van Eyck et de son frère aîné Hubert. Pour cet album, Jean-Luc Englebert a reçu le prix Historia 2022 du livre jeunesse.
► Jan le petit peintre, de Jean-Luc Englebert (Pastel/L’École des loisirs).
À partir de 5 ans
Après L’été de Vivaldi paru simultanément chez Rue du monde, voici une autre occasion de découvrir l’univers de l’illustratrice coréenne Suzy Lee, prix Hans-Christian Andersen 2022, le Nobel de littérature jeunesse, pour l’ensemble de son œuvre. L’album démarre sur une réalité parentale fréquente : le rêve que le père de Yulu a pour sa fille, n’ayant pas eu l’opportunité de le réaliser lui-même. Ici, devenir peintre. On sait le poids que peut représenter une ambition parentale pour un enfant, entraînant diverses angoisses et des difficultés pour trouver son propre chemin. La fillette reçoit une toile vierge en lin Yulu, comme son prénom, mais est bloquée face au défi de devenir une artiste. Et la toile va traduire ses errements. Mais Yulu va persévérer.
Par la composition des images, la sobriété des couleurs, la force d’un trait noir dynamique, Suzy Lee fait à nouveau preuve d’une grande maîtrise dans l’expression des émotions liée à une histoire à fleur de toile.
► La peinture de Yulu, de Cao Wenxuan et Suzy Lee (Rue du monde).
À partir de 6 ans
La peinture se découvre aussi par ses artistes. Telle est l’ambition de ce bel album venu des États-Unis, consacré à Keith Haring. Les auteurs nous racontent son enfance, sa passion pour le dessin, sa vie en ville, sa volonté d’être proche du public, ses succès mondiaux, notamment sur le Mur de Berlin et chez des moines à Pise, son homosexualité et sa mort à 31 ans des suites du sida. Ils insistent à juste titre sur les liens qu’il entretenait avec l’esprit de l’enfance, ce que la liberté de son trait montre à merveille. De nombreux enfants ont d’ailleurs collaboré à certaines de ses œuvres, car écrivit Keith Haring, « il n’y a rien qui me rende plus heureux que de faire sourire un enfant ».
► Dessiner sur les murs. Une histoire de Keith Haring, de Matthew Burgess et Josh Cochran (Versant sud/Coll. Raconter l’art).
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