Société

Le fond de l’air extrême

Focus sur les marqueurs de l'extrême droite

Les idées d’extrême droite, quand elles s’assemblent, forment une idéologie. Déminer chacune de ces idées, c’est éviter le risque de l’émergence d’un mouvement et de partis anti-démocratiques. Mais c’est quoi, au juste, l’extrême droite ? Quels sont ses marqueurs ?

Au fil des entretiens menés pour ce dossier, les termes utilisés varient, mais ils constituent une toile de fond où nationalisme, racisme, xénophobie, opposition à la démocratie, autocratie ou encore pouvoir fort sont érigés en valeurs cardinales.
À hauteur de famille, ces valeurs, ces attitudes peuvent sembler fort éloignées. Cela ne les empêche pas pourtant d’investir le quotidien. De plus en plus. Sur les réseaux sociaux, mais pas seulement. Dans de nombreux pays, cela se traduit par des victoires politiques. Mais aussi, et c’est plus sournois, par une accoutumance, une lente percolation. Le discours d’extrême droite a mué pour mieux circuler, au point d’utiliser un vocabulaire relayé désormais par des médias ou des partis traditionnels. On pense ainsi au « grand remplacement », à « l’immigration massive », à « l’islamisation » ou encore aux virulents discours « anti-wokistes ».
Dans le livre L’extrême droite en Belgique (Crisp), sorti fin de l’année dernière, les formes actuelles de racisme sont analysées. Celui-ci a pris une forme particulière où on estime que les cultures ne sont pas comparables et où on présuppose « la nécessité, pour préserver chacune d’elles de leur intégrité, de les tenir pour également respectables, mais à la condition que les peuples qui les portent ne se mélangent pas ». C’est le carburant, notamment, des mouvements identitaires.
Quant à la xénophobie, elle s’exprime de plus en plus sans filtre. Elle se manifeste à travers le préjugé « qui attribue aux étrangers, de quelque origine qu’ils soient, l’origine des maux dont souffre le pays (chômage, insécurité, mauvaises mœurs, actions ‘subversives’). Elle se traduit par la proposition, quasi universellement adoptée aujourd’hui par les partis d’extrême droite, d’établir une discrimination juridique entre nationaux et étrangers dans l’accès à l’emploi, au logement aidé et aux prestations sociales ».

Des États-Unis à l’Évras

L’extrême droite, pour pouvoir exister dans le champ politique, joue sur les mots, elle se qualifie de droite radicale, d’ultradroite, de populiste de droite. Mais le fond des idées reste le même, alimenté notamment par des dirigeant·es autoritaires et complètement décomplexé∙es. C’est le cas de Donald Trump, dont le mouvement MAGA (Make America great again) « propage en Europe ses slogans de guerre culturelle, de piétinement des règles de droit et de résolution de la question migratoire par des expulsions massives », expliquent Benjamin Biard et Archibald Gustin dans L’extrême droite en Belgique.
Dans Faire front : contrer la trumpisation des esprits (édité par l’asbl Etopia, groupe de réflexion écologiste, et Luc Pire), Baptiste Erkes et Gérard Piroton détaillent cette « guerre culturelle » où la nuance, le débat sont anesthésiés par l’outrance, par la création de paniques morales qui alimentent la crainte de perdre identité et culture.
Pour souffler sur les braises, l’extrême droite identifie les sujets potentiellement clivants : « Le mariage pour les personnes du même sexe, le droit à l’IVG, les cours d’Évras… en sont les illustrations ». On se retrouve sur le terrain de la morale où une crèche sur la Grand-Place de Bruxelles peut, par exemple, alimenter la polémique et occuper le terrain politique pendant des semaines, alors qu’un gouvernement régional peine à se former et que les tensions sociales sont exacerbées.