Développement de l'enfant
En janvier dernier, l’asbl Ludus Mentis voyait le jour à Walhain. Son objectif : permettre aux 10-15 ans de pratiquer les jeux vidéo hors de chez eux, de façon collective et avec un encadrement. Derrière ce projet, on retrouve Antoine Billard, qui y a mis toute sa passion et toute son envie.
Depuis son lancement en janvier, que s’est-il passé pour Ludus Mentis ?
Antoine Billard : « On a pu faire une première session au printemps avec six ados de la commune. Ça a été un très chouette moment, mais, en toute honnêteté, c’était plutôt décevant en termes de participation. Comme j’ai changé de travail en même temps, c’est devenu compliqué de tout faire, alors j’ai pris la décision de mettre le projet en pause. Ce n’est absolument pas définitif, il faut juste que de meilleures conditions soient réunies pour que ça reprenne. Et ça reprendra, j’en suis absolument certain, parce que ça répond à une attente des ados de pouvoir se retrouver autour du jeu vidéo pour partager du temps et leur passion. Eux, ils sont faciles à convaincre de s’engager, ça fait généralement partie de leur quotidien. Le problème est plus souvent chez les parents qui ont toujours autant de réticences de ce côté. Pour moi, il est là, le challenge : réussir à créer du dialogue avec les parents. »
Justement, quels arguments avez-vous pour convaincre les parents de laisser leurs ados venir ?
A. B. : « Ludus Mentis, c’est une safe zone, un lieu collectif hors de chez soi où on ne joue pas en ligne, mais ensemble. Je dirais que l’idée principale, c’est cela : jouer physiquement en groupe, comme ça peut se faire pour un club d’échecs. Le but, c’est d’éviter l’isolement, le recul social que les jeux vidéo trop immersifs peuvent amener. Les sessions de Ludus Mentis sont composées à 50% de moments de jeux vidéo, évidemment, mais aussi à 50% de moments de jeux en extérieur, avec aussi une attention au bien-être autour de la posture, du repos des yeux, du retour au calme à la fin, par exemple. Pour la partie vidéoludique, le choix s’est porté uniquement sur des jeux coopératifs. On atteint le but final seulement si tout le monde participe, il y a donc de l’interdépendance. On joue ici contre la machine, jamais les uns contre les autres, chacun apportant sa petite touche personnelle. J’essaye de faire comprendre aux ados tout l’intérêt de la rencontre de l’autre, de tout ce qu’il y a à partager. Le temps du jeu, on découvre et on apprend ensemble comment fonctionnent les jeux et les personnes. C’est une forme de mécanisme assez proche de la vie en société. On est loin de cette image du jeu vidéo violent, idiot, individualiste qui reste malheureusement difficile à enlever. Il y a aussi un point qui me tient à cœur : le temps du jeu, on gomme aussi les inégalités sociales. »
Les effets délétères des jeux vidéo sont souvent mis en avant…
A. B. : « Il y a une distance entre les parents et les enfants parce qu’il y a une méconnaissance, une peur de l’isolement et, il ne faut absolument pas le nier, de très mauvais jeux et de très mauvaises rencontres en ligne. Si on ajoute à ça le cliché de l’enfant gamer introverti, qui ne pense qu’à passer son temps manettes en mains ou sur un clavier, tout ça fait peur, je peux le comprendre. Je pense vraiment qu’on doit regarder plus loin et normaliser la pratique en offrant un cadre clair. D’abord, arrêtons avec cette idée de vouloir rendre absolument utile le jeu vidéo. Sa vocation première est ludique : on lance une partie pour s’amuser, pour se faire plaisir, pour passer un bon moment. Le jeu vidéo n’est pas un outil d’apprentissage en soi, en revanche, il va permettre de développer peu à peu des compétences. On parle ici de capacité d’organisation, de planification, de stratégie, de communication… »
Une société encore frileuse
Ces compétences, qu’est-ce qu’un·e ado peut en faire ?
A. B. : « Ce sont des outils utiles au quotidien à l’école ou plus tard en entreprise. Ces soft skills, comme on les appelle généralement, ce sont, d’une part, ceux qu’on développe pour soi-même, comme ceux cités précédemment, et, d’autre part, ceux qui se jouent dans la collectivité. En se retrouvant à plusieurs autour des consoles ou des ordinateurs, on apprend la coopération, à faire confiance aux autres, à travailler ensemble. Cela, parce que la base ludique des jeux coopératifs, c’est souvent de générer d’abord un chaos que l’on va devoir solutionner en discutant et en tentant des choses. On ne les met jamais sur un C.V., ces compétences, parce qu’elles ne sont pas reconnues par la société. Tout comme on ne dit pas qu’on a amélioré sa culture générale via des jeux comme Assasin’s Creed ou Call of Duty, ce qui est pourtant une réalité ! »
Si on pousse le curseur un peu plus loin, quel serait l’idéal d’un point de vue sociétal ?
A. B. : « J’ai parlé des clubs d’échecs, mais c’est aussi le cas des clubs de sport, on en retrouve dans chaque commune ou presque. Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas la même chose pour les jeux vidéo. C’est une activité comme une autre, qui, encadrée, permet d’accompagner des gosses dans leur pratique. De les faire grandir, évoluer et, pourquoi pas, trouver une voie professionnelle. On peut aussi se poser la question par rapport à l’école. Je pense que le jeu vidéo pourrait permettre de raccrocher certain·es élèves. Donc, voilà mes rêves ‘jeux vidéo’: un club dans chaque commune et une option dans les écoles. »
LES PARENTS EN PARLENT
Le réel plutôt que les écrans
« Autant je peux envisager sans aucun problème que mes enfants fassent n’importe quel sport, autant les inscrire à un club de jeux vidéo, ça me semble impossible. J’ai le sentiment que ça ne leur apporterait rien, mis à part passer des heures devant un écran. Peut-être que c’est un a priori stupide parce que ce monde du jeu vidéo m’est totalement inconnu. Je n’ai jamais joué ni gamin ni adulte. Avec mes parents, c’était forcément une activité sportive que je devais faire, j’ai sans doute gardé ça de mon éducation. »
Léo, 39 ans, papa de deux garçons de 9 et 11 ans
À réfléchir
« Je ne dirais pas oui, mais je ne dirais pas non, non plus. J’aime bien l’idée que l’activité se déroule dans un espace bien défini, avec des adultes compétents pour encadrer. Le parallèle avec les clubs de sport me parait assez pertinent. Donc, si cela permet aux ados de pouvoir pratiquer leur loisir préféré en ayant été formés au préalable à de bonnes pratiques, ça donne quelques garanties. Ce serait sans doute à discuter en famille. »
Natacha, maman de Simon, 6 ans, et Nathan, 8 ans
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