Loisirs et culture
C’est une réédition bienvenue. Actes sud jeunesse vient de ressortir une petite pépite qui avait bien fait parler d’elle en 2009. L’occasion de replonger dans cette adaptation insolente de ce conte inoxydable.
On le sait, le conte originel du Petit chaperon rouge de Charles Perrault ne bénéficie pas de la fin heureuse qu’on lui réserve habituellement aujourd’hui. Chez l’écrivain français, la grand-mère et le petit chaperon rouge terminaient dans le ventre du loup. Et voilà. L’affaire était pliée. C’est le loup qui était le plus fort. Un peu plus tard, les frères Grimm adoucissent le récit dans différentes versions où ils font intervenir un chasseur en guise de sauveur.
Avant ces deux appropriations littéraires, le conte avait déjà connu pas mal de vies avec des variantes et fortunes diverses. Dans une ces versions ancestrales, le loup perfide faisait même boire le sang et manger la chair de la grand-mère à l’enfant. Gore, n’est-il pas ?
Il est fascinant de voir à quel point ce trio chaperon rouge / loup / grand-mère a été source d’inspiration. Tantôt fidèle. Tantôt iconoclaste. Tantôt gentillette. Tantôt horrifiante. La version de Marjolaine Leray a ainsi trouvé sa petite place dans l’éventail des propositions grâce à son trait brut, son ton décalé et son pur message de résistance active.
Non, c'est non !
Évoluant dans un format à l’italienne revu et corrigé, la petite silhouette encapuchonnée et crayonnée de rouge croise la route d’un grand échalas carnivore aux traits aussi anguleux que ceux des crocs qu’il aime exhiber. Le sinistre canis lupus embarque l’enfant chez lui pour passer à table. Il est évidemment question de grands yeux, de poils drus et de grandes dents.
Face à l’appétit du loup, le petit chaperon rouge dit « non », elle dénonce la mauvaise haleine de son adversaire. Celui-ci se faisant complètement embobiner par sa victime potentielle. Les rôles s’inversent et la conclusion finale se résume en un mot : « Naïf ! ».
L’ouvrage se lit facilement, rapidement. Et est d’une efficacité redoutable. Pour ce tout premier livre en solo, Marjolaine Leray avait été sélectionnée pour plusieurs prix, elle remportera ainsi le trophée de meilleur illustrateur étranger au festival de BD d’Amadora au Portugal en… 2018. Ce livre semble, en effet, destiné à avoir plusieurs vies. La réédition 2026 en est la preuve vivante. Dotée d’une nouvelle couverture particulièrement réussie, Un petit chaperon rouge renforce son statut de classique.
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