Vie pratique

Les écrans au cas par cas

Chacun·e son cadre éducatif, certes, mais rien ne vaut quelques petits conseils avisés. Pour ce faire, nous avons demandé leurs petits trucs à quelques expert·e·s et quelques parents. Il ne vous reste plus qu’à piocher où bon vous semble.

► En tribu

« L’accompagnement, mieux que la guerre »

Ras le bol de jouer au flic, de dire stop aux dessins animés, à l’ordinateur, à la tablette, au smartphone, dix fois d’affilée. C’est épuisant. Les zones hors connexion se rétrécissent au fur et à mesure que les enfants grandissent. J’ai décidé de ne plus limiter, mais d’accompagner. « Fais voir ce que tu fais ? Ah, c’est génial, ce logiciel. Tiens, regarde, moi je bosse sur celui-là. Je te montre un peu et après, on arrête un peu avec les écrans. D’accord ? ». Depuis, c’est quand même moins la guerre.
Benjamin, papa de deux ados de 11 et 14 ans 

Pixy : « Servez-vous de la force de l’écran »

Et si les rapports s’inversaient ? Plutôt que de les subir, et si les outils numériques se mettaient à votre service ? En cela, nous vous avons déjà présenté l’application Pixy. Son objectif ? Adoucir le fardeau parental quotidien. Ce petit coup de pouce technologique permet de créer un cadre sur mesure qui allège un peu les mille et une satanées tâches quotidiennes. Toute la famille s’y met : chacun·e reçoit un petit rappel sur le GSM ou sur la tablette du type ‘facture à payer’, ‘chambre à ranger’ et c’est parti.
Accros aux écrans, les gamins ? Eh bien voilà de quoi trouver un terrain d’entente pour tout le clan. Une solution technologique à la technologie, ça craint ? Peut-être, mais ranger sa chambre, aider à faire la cuisine, raconter des histoires au reste de la fratrie… ça, c’est bien réel. 

► En jouant

« Je m’incruste »

Je suis nulle en Instagram, Snapchat et compagnie. Je n’y suis jamais allée. J’interdisais un peu bêtement parce que je ne connaissais pas. C’est ma fille aînée qui m’a fait la remarque. « Maman, t’en parles comme si c’était un espace glauque, viens voir au moins comment ça se passe ». Comme je suis novice, mes gosses sont fiers de me guider et de me parler comme si j’avais 3 ans. Ceci dit, maintenant que je comprends mieux le fonctionnement, j’ai moins la trouille et je fais moins la gendarme.
Romane, maman de trois enfants de 13, 15 et 17 ans

Action médias jeune : « Comprendre les jeux »

Il y a un terme anglais pour définir la jeune génération : FOMO (fear of missing out). Comprenez « la peur de passer à côté d’un phénomène ». C’est un peu le même principe qu’avec les réseaux sociaux. Les ados ont peur d’être rejetés d’une expérience collective. Ils ont souvent le sentiment d’être indispensables au groupe. Avant toute chose, le parent doit s’y intéresser pour bien situer son enfant dans sa pratique. Et c’est donc là que l’on va fixer des règles qui sont basées sur plusieurs compromis. « O.K., je cède là-dessus et j’attends ça de toi en retour ». Quoi qu’il en soit, beaucoup de parents ont été des joueurs et savent qu’il n’est pas nécessaire de construire ce cadre dans un environnement anxiogène.

En pratique
L’outil imparable ? Le Time Timer

On vous en parle souvent, tellement on reçoit de témoignages de parents élogieux à son égard : le Time timer. Un outil magique ? Pas loin. Il s’agit d’une sorte de petit minuteur qui permet de visualiser le temps. Vous le programmez sur une heure, par exemple. Une fois l’heure dépassée, elle devient rouge. L’enfant s’aperçoit donc de lui-même qu’il a dépassé la limite et se responsabilise petit à petit. Vraiment idéal pour le temps passé devant des dessins animés pour les plus jeunes et les jeux vidéo pour les ados.

► En faisant les devoirs

Christophe Butstraen, auteur : « L’enjeu : les sources »

Le plus gros dilemme à la maison ? Un·e gamin·e qui se retrouve seul·e face à un contenu massif. Phénomène que l’on ne peut pas contourner. Que peut faire le parent ? Gardez un œil sur la navigation, certes. Et surtout bien rappeler qu’il y a des règles. On ne puise pas machinalement : il faut toujours comprendre d’où vient le texte. À la maison ou en classe, il est capital de confronter les informations. L’idée est donc de fortifier un peu son petit navigateur en herbe. Faire en sorte qu’il développe son esprit critique et arrive petit à petit à hiérarchiser l’information. Ce sont les bases de l’éducation aux médias.

En pratique
Parents, mettez-vous à niveau

La Ligue des familles et Child Focus ont mis sur pied des séances de formations : Webetic. Le principe consiste à inviter des parents à des ateliers pour dompter internet et mieux dialoguer avec ses enfants autour des bonnes pratiques.

► En réseau

Étienne Wéry, avocat spécialisé dans le droit à l’image : « Ils n’écrivent pas leur journal de bord »

Quelques règles avec lesquelles il faudrait pouvoir discuter au moment où l’on autorise son enfant à se rendre visible sur les réseaux. L’idée n’est pas de faire peur, mais d’expliquer à vos enfants que le contenu reste. Il faut donc être prêt·e à le porter sur plusieurs années. C’est-à-dire face à un·e professionnel·le qui recrute, à ses futur·e·s ami·e·s. Chaque information est partagée à échelle mondiale. Au-delà de son petit cercle.
Le conseil qui revient souvent, c’est de transposer une webcam à sa grand-mère. Pour se fixer des limites niveau image et vidéo. Je trouve que c’est pas mal aussi de dire de ne pas mettre en ligne des éléments qui pourraient donner du grain à moudre à une personne qui « peut te nuire ». Que les enfants comprennent que sur n’importe quelle plateforme, ils n’écrivent pas leur journal de bord. Enfin, toujours rappeler qu’en cas de problèmes, parents, profs, éducateurs, famille, etc., sont là pour aider. Pas pour sanctionner.

En pratique
Et si on paramétrait ton compte ensemble ?

Maître-mot de chaque intervenant : bien vérifier avec son enfant que les paramètres de confidentialité sont correctement configurés. Comment ? On vous recommande le portail Clicksafe de Child Focus qui explique comment renforcer la sécurité en ligne des jeunes navigateurs. On insiste sur le jeune. Hélas, dès 13-14 ans, ça devient plus compliqué de mettre les pieds dans l’espace numérique et de conserver la sécurité.

À RETENIR

Les 3 A

Yves Collard, formateur chez Média animation, n’est pas avide de recettes parentales toutes faites. Toutefois, il livre une base sur laquelle le parent peut développer ses propres pistes éducatives :

  • Autonomie. Essayer de rendre le plus autonome possible son enfant dans son ou ses usages de l’écran. En lui expliquant le cadre, en lui posant des règles simples, compréhensibles et immuables. À l’enfant ensuite de se positionner vis-à-vis de celles-ci. Il les transgresse ? Ce n’est finalement pas important, tant que vous savez qu’il les a assimilées. Le cadre est fixé et vous pouvez y revenir dès qu’il s’agit de remettre le pot droit.
  • Accompagnement. Mettre les écrans en débat. Réinterroger le rapport de votre petit·e à l’espace numérique. « Tu es beaucoup sur la console. Tu préfères être seul·e ? Tu joues avec des ami·e·s en réseau ? Tu les vois en dehors des parties que vous faites ? ». Ou alors : « En quoi tu trouves cette activité chouette ? Tu sais qu’il y a des métiers qui sont en lien avec ça ? ». Plutôt que d’ériger systématiquement l’écran en ennemi, ça peut-être constructif d’y montrer de l’intérêt comme on le ferait avec n’importe quelle autre activité.
  • Alternance. Le deal. Idéalement un enfant doit pouvoir faire autre chose que pratiquer une activité virtuelle, pas vrai ? Une heure d’ordi pour une heure de sport ou une heure de tablette pour une heure de jeu de société, ça peut-être un échange de bon procédé, non ? La meilleure façon de jauger le ratio réel/virtuel ? Votre propre intuition. Tout roule tant que vous n’avez pas le sentiment de perdre le contrôle et que les règles sont un minimum respectées. Quoi qu’il en soit, s’il est accro à l’écran, assurez-vous que l’activité soit la plus variée possible pour développer un maximum de compétences.

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