Santé et bien-être

Que sait-on de l’impact des tableaux, écrans interactifs ou tablettes sur la vision des enfants ?

Tableaux ou écrans interactifs, tablettes, les écrans sont de plus en plus présents dans la vie scolaire des enfants

« Tableaux ou écrans interactifs, tablettes, les écrans sont de plus en plus présents dans la vie scolaire des enfants. En parallèle, on parle d’un boom de myopie. Que sait-on de l’impact de ces écrans sur la vision des enfants ? »
Annabelle, maman de quatre enfants de 5, 7, 9 et 12 ans

Véronique Morin, orthoptiste et opticienne optométriste, responsable des formations de l’Asnav (association française pour l’amélioration de la vue) : « La myopie correspond à un œil trop grand. En sollicitant trop la vision de près, l’œil grandit trop et devient myope. On constate depuis une trentaine d’années une nette augmentation de la myopie dans le monde, et en particulier en Asie. De manière héréditaire, un quart de la population est myope, mais les projections estiment que la population myope doublera d’ici 2050. Une donne qui a amené la recherche à pointer des facteurs environnementaux dans la survenue de la myopie.
Ce qu’on sait, c’est que les écrans sollicitent la vision de près, sont lumineux et sont principalement consultés à l’intérieur. Des études ont démontré le lien entre lumière artificielle, sursollicitation de la vision de près et myopie. A contrario, la lumière naturelle et l’alternance avec des pauses visuelles qui sollicitent la vision de loin sont des facteurs protecteurs. »

Classe avec un écran, quel impact pour les enfants

« Plus l’écran est proche, plus il est toxique »

Quels sont les risques d’une surexposition aux écrans ?
V. M. :
« Les écrans ont des impacts à court et long termes. À court terme, ils causent une fatigue visuelle qui se traduit par des maux de tête, des nausées, des yeux qui piquent, brûlent ou tirent. À long terme, il y a un risque accru de devenir myope. La myopie augmente les facteurs de risque de décollement de la rétine et du glaucome. On sait aussi que la lumière bleue des écrans est responsable de l’intoxication des tissus oculaires avec, à l’âge adulte, des risques de cataracte et de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge). »

Est-ce que tous les écrans se valent en termes de toxicité ?
V. M. :
« Tous les écrans contiennent de la lumière bleue, mais leur toxicité est variable en fonction de la qualité de l’écran, de la distance entre l’enfant et l’écran et de la luminosité extérieure. C’est ce qu’on appelle de manière plus technique la luminance des écrans, c’est-à-dire la quantité de lumière qui arrive dans l’œil. Plus l’écran est proche, plus il est toxique. Plus il sera visionné dans le noir, plus c’est toxique. Par exemple, un téléphone utilisé dans le noir et de près est plus toxique qu’un écran interactif utilisé dans une pièce lumineuse.
Les écrans interactifs comme on en trouve dans les classes ont une qualité d’image nettement supérieure avec une luminosité qui s’adapte à la pièce et sont donc moins toxiques que les tablettes, par exemple, qui sollicitent davantage la vision de près. À l’échelle d’une classe, tout sollicite la vision de près, car on considère qu’il faut trois mètres pour solliciter la vision de loin. Avec une feuille, un livre ou un écran, l’accommodation de l’œil ne se relâche jamais. »

Quelles sont les recommandations d’usage qui pourraient être communiquées aux écoles ?
V. M. :
« Il y a quatre règles à respecter pour ‘minimiser’ l’impact des écrans :

  • Garantir une distance suffisante : en classe, l’écran doit être installé à une distance équivalente à une fois et demie sa diagonale.
  • Fixer à hauteur de regard : le milieu de l’écran doit être situé au niveau de l’axe visuel des enfants. Il doit être installé assez bas pour éviter que les élèves ne doivent lever le regard, ce qui peut causer dans la durée des maux de tête au niveau du front.
  • Veiller à exposer les enfants au moins deux heures par jour à la lumière naturelle : si l’enseignant·e enseigne une heure avec l’écran interactif, veiller à alterner avec d’autres supports et ménager au moins deux heures en extérieur.
  • Placer l’écran perpendiculaire aux fenêtres et jamais dans le noir : la position perpendiculaire évite les risques d’éblouissement qui causent une fatigue visuelle et la lumière artificielle garantit une luminosité régulière et homogène au fil de la journée.

Il y a aussi une règle qui vient d’Amérique qui dit que pour relâcher l’effort visuel, il faut utiliser la méthode 20-20-20. C’est-à-dire faire des pauses de 20 secondes toutes les 20 minutes, en regardant à 20 pieds, c’est-à-dire à six mètres mais cette règle est très peu applicable dans un contexte urbain. »

EN SAVOIR +

Quel est le taux d’équipement des écoles en tableaux interactifs et tablettes ?
La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ne dispose pas de chiffres. Côté wallon, Sébastien Reinders, expert en éducation numérique pour l’Agence du Numérique, précise que moins de 30% des classes sont équipées en système de vidéo-projection ou de projection (tableau ou écran interactif). « On estime en moyenne que l’usage correspond à la moitié du temps scolaire, à savoir 3 heures par jour. »

L’impact des écrans sur la santé des élèves a-t-il été envisagé et assortit de recommandations à l’adresse des écoles ?
La Fédération Wallonie-Bruxelles précise que son expertise en matière d’écrans est exclusivement pédagogique et ne porte pas sur la santé des élèves. Elle nous invite à adresser cette question à l’ONE et précise :  « Notre mission est d’équiper les écoles, de nous soucier qu’elles disposent de matériel de qualité mais l’impact santé n’en relève pas. Depuis trois ans, l’écran interactif est privilégié au TBI (projection sur une surface blanche). Le confort est meilleur pour la vue. De plus, l’intensité de la luminosité peut être paramétrée afin de varier automatiquement en cours de journée en fonction de la lumière naturelle, il n’est donc plus nécessaire d’occulter le local ou de laisser l’éclairage allumé toute la journée.
Lorsque les TBI ont été placés dans les classes dans le cadre du Projet École numérique, la société informatique a proposé des formations pour les enseignants qui abordaient le confort visuel avec des recommandations quant à la luminosité du projecteur, la couleur de fond des documents, etc. La Fédération Wallonie-Bruxelles, via son programme Yapaka a également mis en lumière une campagne appelée 3-6-9-12 qui donne des repères sur les règles à suivre par rapport au temps et à la relation aux écrans selon l’âge (de 3 ans à 12 ans). La Fédération Wallonie-Bruxelles se positionne également sur la façon de penser le numérique en classe. Au niveau de l’Administration générale de l’Enseignement, nous intégrons ces recommandations dans le cadre des différents projets numériques. C’est la raison pour laquelle le volet numérique du référentiel FMTTN (formation manuelle technique technologique et numérique) ne démarre qu’en troisième année primaire, par exemple ».