Vie pratique

Les internets du futur : cyber-ange ou cyber-démon ?

Web sous contrôle à la solde des grands groupes ou émancipation citoyenne

La boule de cristal virtuelle de nos différents experts oscille entre projections alarmistes et perspectives enthousiasmantes. Le web de demain sera-t-il encore plus sous-contrôle, à la solde des grands groupes ou va-t-il faire la part belle aux citoyen·nes et émanciper nos enfants ?

Là où certainꞏes devisent sur une surveillance accrue de nos mails, de nos messages et nos conversations ; d’une collecte des données qui ira grandissant dans les prochaines années ; de gouvernements, de grandes entreprises qui, sous couvert de sécurité et de lutte anti-terroriste, restreignent les espaces de liberté, d’autres rappellent les combats gagnés. On retrouve parmi eux Yvan Huque, partisan d’une identité citoyenne virtuelle.
« Je ne trouve pas normal que nos enfants aient à dévoiler qui ils sont, où ils habitent, à chaque fois qu’ils se connectent à un espace. On donne le contrôle, l’accès à des informations parfois confidentielles à des grandes entreprises peu scrupuleuses, soumises à d’autres législations que les nôtres, ça ne devrait pas être légal. L’Europe a un vrai rôle à jouer. L’e-identité (ndlr, l’identité numérique) devrait être protégée et contrôlée par un organisme public. Il existe de belles avancées concrètes qui s’en approchent. Je pense au règlement général sur la protection des données (RGPD), par exemple qui montre qu’on peut protéger les intérêts citoyens. »
Mais alors, demain, un web plus citoyen - et pourquoi pas plus éthique, plus écolo, véritable outil d’émancipation pour nos enfants - , on y croit ?

Par où commencer ?

Les initiatives qui tendent à rendre un web plus sain ne manquent pas, nous rappellent nos intervenants. Pour mieux les cerner, nous avons poussé les portes du trop discret Institut belge du numérique responsable (ISIT – Institute for sustainable IT) qui a mis sur pied une charte numérique. Par où commencer ? Par Intégrer au mieux l’humain. Le web du futur doit prendre en compte plusieurs réalités, nous dit David Bol, co-fondateur d’ISIT.
« Les familles du futur proche seront de plus en plus attentives à l’idée de limiter les outils et prolonger leur durée de vie. Elles se dirigeront plus naturellement vers des pratiques numériques éthiques, qui favorisent l’émergence de nouveaux comportements et de valeurs plus justes. Un web moins stigmatisant, moins genré, moins biaisé… ».
L’organisation propose d’ailleurs sur son site une charte dont chaque parent peut devenir signataire afin de soutenir les IT dans une démarche web durable en dix-sept points. Si beau et rassurant soit-il, tout ceci ne se fera pas sans une véritable éducation numérique. Soit sensibiliser les parents dans leur rôle afin qu’ils accompagnent les enfants au mieux dans leurs usages des écrans.
D’ailleurs, où en est-on à l’école et quelle direction prend-elle ? Là-dessus, coup de gueule général. On retrouve Yvan Huque, insatisfait : « Il y a un vrai problème. Il faut intégrer davantage cette réflexion. Pour l’instant, le ministère donne vraiment le sentiment que toute la dimension numérique est inexistante. Les programmes n’y font quasiment pas mention. Pourtant, elle s’est belle et bien installée dans l’école. Il y a tellement de questions de fond à aborder, avec la formation qui va avec. L’enjeu est double : non seulement intégrer les outils numériques dans les apprentissages, tout en étant conscient de la vitesse à laquelle avance la société ».
Tout ceci sans oublier de rappeler encore et encore à nos petit·es, que ce fameux web - océan incommensurable, trouble et magique -, c’est nous. Qu’il n’est que le reflet de notre humanité, de sa trajectoire et du sens qu’on veut lui donner. Alors ? Alors, au boulot. Vaste programme…

Illustration internet et dinosaure

ZOOM

La fin de la Silicon Valley ?

Au moment où l’on a posé les premiers jalons de ce dossier, il régnait comme une atmosphère de fin d’empire pour les géants de la Silicon Valley. Elon Musk qui se prend les pieds dans son Twitter. Facebook qui licencie massivement. Tout cela, quand, à l’inverse, l’ambitieux chinois TikTok pète la forme. Et si dans son déclin, l’impériale Amérique voyait son géant IT s’effondrer, quelles seraient les conséquences chez nous ?
Tous les acteurs de ce dossier, sans exception, nous ont confirmé que quoi qu’il en soit, le mouvement tech ne peut pas s’effondrer du jour au lendemain. Et que si un géant disparaît, c’est pour mieux être remplacé par un autre. Au mieux, ce serait l’émergence des open sources (comprenez sans droit d’usage). Mais à moins d’une apocalypse, le futur sera technologique. Il fait partie de la marche du monde. Tant pis, tant mieux. En attendant, ça nous aura au moins permis de rêver d’un monde moins connecté à ses propres vrombissements. Reposant, non ?