Crèche et école

Les plateformes numériques scolaires pour les nuls

Le confinement a mis sur le devant de la scène tout un panel d’outils numériques à la disposition de l’école. En quelques jours, la société s’est enthousiasmée du virage numérique pris soudainement par l’institution et de tout le potentiel qu’il suscite, avant de plonger tout aussi brusquement dans un pessimisme abyssal pointant - à juste titre - les inégalités engendrées. Depuis ces deux extrêmes, plus rien. Assurés du bien-fondé de ces outils, quelques profs nous dispensent un petit tutoriel pour qu’un maximum de parents et d’élèves raccroche les wagons.

Pendant le confinement, vous étiez peut-être de ces parents qui ont paniqué dès que vous receviez un mail du prof de votre enfant vous indiquant que les exercices de maths, les cours de néerlandais ou encore les photos des copains et copines de classe se trouvaient sur la plateforme « Machinschool ». Au premier bug, vous avez renoncé. Vous avez soupiré et partagé avec vos homologues parents que « C’est pénible, tous ces machins informatiques. Une source de stress plus qu’autre chose ». Et si on les envisageait comme ce qu’ils sont, de simples outils au service de la relation prof-élève-parent ?

Libérer les possibles

Loin de nous l’idée de plaider pour une école « tout numérique », mais ces outils existent. Ils sont nombreux et on croit à la possibilité qu’ils ont de raccrocher un maximum de parents à l’école. D’ailleurs, cet été, alors que l’on abordait la possibilité des rentrées à distance avec Christophe Butstraen, préfet des écoles et auteur de l’incontournable Internet, mes parents, mes profs et moi, il ne cachait pas son enthousiasme.

« Vous avez bien vu ce qu’il s’est passé : en quinze jours, les profs ont fait des choses inimaginables. Des universitaires sont d’ailleurs actuellement en train de récolter les bonnes pratiques qui ont émergé. La crise et le confinement ont permis de libérer les possibilités et de les mettre en application. Ça a été le fameux déclencheur que l’on attendait depuis des années. Il ne faudrait surtout pas que l’école redevienne comme elle était avant. Sur la question des disparités informatiques, la difficulté matérielle est non négligeable. Quelques ordis à la maison, mais papa-maman doivent télétravailler, une fratrie trop nombreuse, pas assez d’espace pour s’isoler… il y a tout cela à prendre en compte. L’école, aujourd’hui, le sait. Et pour qu’elle soit la plus efficace possible, les parents doivent être les plus transparents possible. Il vous manque un poste, vous n’avez pas d’imprimante ? Signalez-le. Les établissements doivent permettre aux élèves qui en ont besoin de venir dans des salles équipées. Ça peut s’envisager, puisque, finalement, le nombre d’élèves en manque d’équipements reste somme toute limité. Dans mon école, on a fait appel aux parents pour amener du matériel que nous remettons à niveau pour le prêter aux familles non équipées. On peut trouver des solutions collectives et s’adapter tant qu’on a conscience de la situation. »
Comme Christophe Butstraen, plusieurs profs sont convaincu·e·s du petit plus que peuvent apporter ces outils. Ils répondent ci-dessous aux inquiétudes ety questionnements des parents.

« J’arrive même pas à me connecter dessus »

Régis, professeur en classes de 3e et 4e primaire : « Pas toujours facile de rentrer dans l’univers parfois austère des différentes plateformes. Et puis, ça sert à quoi ? Il en existe à peu près deux cents. Certaines écoles ont même créé la leur. Elles servent à héberger différents documents : des cours, des vidéos, des images, du son. Elles sont principalement destinées à un échange entre profs et élèves. Et la plupart propose aux parents un suivi. Il faut généralement un ordinateur pour y accéder. Même si le smartphone permet de suivre ce qu’il se passe.

Prenons, la plateforme la plus utilisée : Smartschool. Vous vous connectez via un lien que l’école vous adresse. Vous introduisez le nom d’utilisateur de votre enfant et votre mot de passe personnel. Jetez un œil sur les conditions d’accès et acceptez-les. Ça paraît anodin, mais c’est ce qui a coincé chez quelques parents dans ma classe. Certains néophytes ne savaient pas s’ils devaient accepter ou pas. Une fois que c’est fait, vous encodez une adresse e-mail dans le champ prévu à cet effet. Là aussi, ça ne convient pas à tout le monde, mais le mail est essentiel pour récupérer votre mot de passe en cas d’oubli. Une fois que le parent est enregistré, un e-mail de confirmation lui est envoyé. Celui-ci contient un lien d’activation. Vous cliquez dessus et c’est parti.
Beaucoup d’enfants ont aidé leurs parents, c’est génial. Mais, attention de bien s’assurer que chacun garde son rôle. L’idée de ces plateformes, c’est d’abord entre le prof et la classe, tout en raccrochant les parents ».

« J’ai plusieurs enfants, je ne peux pas passer mon temps à passer d’une plateforme à une autre »

Fred, professeur en 1re secondaire : « Beaucoup de plateformes permettent de centraliser toutes les informations depuis un seul compte. Les parents peuvent lier les différents profils de leurs enfants pour rassembler les informations des un·e·s et des autres au même endroit. Rien de plus facile. Vous introduisez l’identifiant de l’un de vos enfants et le mot de passe qui lui est associé.

Sur plusieurs plateformes, vous avez un onglet ‘Ajouter des enfants’. Champ par champ, vous additionnez les identifiants des enfants. Les voilà liés dans votre espace. Ce qui fait que dès que vous vous connectez via l’identifiant de l’un de vos enfants, vous pouvez consulter les informations concernant ses frères et sœurs. Bien sûr, pour cela, il faut qu’ils soient dans la même école. Beaucoup de parents ne connaissaient pas cette fonction et c’est bien sûr un véritable gain de temps pour les familles nombreuses ».

« L’école me noie de notifications, je ne peux pas suivre »

Antoine, professeur en 6e primaire : « Avec le confinement, entre les mails et les notifications des plateformes, ça a été dur de tout suivre pour beaucoup de parents. D’un côté, certain·e·s profs étaient très enthousiastes par la découverte des outils, de l’autre, les familles étaient en panique dès qu’elles recevaient une info. À nous de bien mesurer notre communication. Moi-même, j’ai tendance à envoyer beaucoup trop de choses. Certaines plateformes noient les utilisatrices et utilisateurs de notifications.
Un conseil : bien paramétrer les alertes. Chaque parent peut sélectionner les éléments qui l’intéressent, le support sur le smartphone et pas l’ordinateur ou l’inverse, et même le moment où il souhaite recevoir une notification. Il est même possible de choisir les types d’alertes en cochant ce qui convient. Enfin, je pense que c’est bien d’effacer les notifications qui ont été vues de manière à ne pas créer trop de confusion et à alléger un tant soit peu son smartphone et sa boîte mail.
Je pense qu’on est trop sollicité par ces plateformes. Ce qui fait que le parent passe de rien à une hyperconnexion avec la classe. C’est, à mon sens, la grande faille de ces outils ».

« Ce n’est qu’un gadget pour que les profs et les élèves fassent joujou »

Valérie, professeure en 2e et 3e primaire : « C’est ce qu’une maman m’a dit en rigolant un jour. Je comprends qu’on puisse penser ça. Les élèves et les parents n’ont pas le même usage. Dans ma classe, on travaille beaucoup avec. Mes élèves l’utilisent pour leurs cours, pour la vie à l’école, ils complètent les leçons avec des supports qu’ils vont chercher eux-mêmes. En matière d’implication, c’est génial. Nous, les profs, on y dépose des documents et on communique avec la classe par cette entremise.
C’est vrai que les comptes ‘parents’ sont plus mono-tâches. Le parent jette un œil ou consulte les communications pratiques. Mais, sans trop encombrer non plus la plateforme, je pense que ça peut être le départ d’un échange plus intéressant. Surtout en ces temps de masque et d’interdiction d’entrée dans l’école, le parent peut se servir de cette plateforme pour envoyer un message à l’équipe éducative ou à un·e professeur·e en particulier, mais aussi suivre les actualités de l’école et y consulter le calendrier en ligne. C’est une façon plus efficace de suivre la scolarité de ses enfants. Ça ne remplacera jamais le contact de visu, mais je pense que ça peut quand même améliorer le lien ».

Pour aller + loin

Big Brother

Le problème pointé par tous les profs interrogés ? Le fait que l’on donne libre accès à toute une série d’informations personnelles (coordonnées, e-mail, identité des enfants…) qui peuvent être éventuellement vendues à des tiers. Mais c’est, hélas, à l’heure qu’il est, le seul cheminement. Les profs sont confiant·e·s et pensent que, dans un avenir proche, chaque école aura la possibilité de créer sa propre interface. En attendant, familiarisez-vous avec l’outil, mais faites attention à ce que vous partagez. On pense aux photos, aux vidéos et autres données qui ne doivent pas nécessairement être livrées au monde entier. Enfin, attention également aux échanges numériques entre parents et profs. Nous vous donnons, là aussi, tout un tas de conseils dans notre article : Bonjour, c’est classedevotreenfant@ecole.be.

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