Société
S’opposer aux idées fascistes revient inévitablement à épouser une certaine forme de douceur, celle qui conduit à se rassembler. Ce sont les forces collectives qui sont le meilleur moyen d’éduquer, de lutter et de laisser aux générations de demain un monde en paix.
Des décennies durant, lutter contre l’extrême droitisation des esprits semblait être une évidence. Pourtant, voilà cette extrême droite qui revient en force, pas uniquement sous forme de structure politique, mais aussi sous forme de contamination. Contamination, l’image est sciemment choisie. Ses idées agissent comme un parasite qui se nourrit du marasme pour engendrer du marasme.
L’union, le remède
Face à cela, pas un·e expert·e, pas un parent interrogé pour les besoins de ce dossier n’a décidé de baisser les bras. Tous et toutes exhortent à espérer. « Croire au partage. Croire en l’avenir. Croire en la jeunesse », comme nous l’a dit François Debras en fin d’entretien. En tant que parent, c’est cette ferveur qu’il faut transmettre aux générations qui suivent. Se rappeler que le repli sur soi est une stratégie qui a ses limites.
« La démocratie, ça commence à la maison, martèle de son côté Baptiste Erkes. C’est un espace au quotidien qui peut s’exprimer et s’expérimenter partout. Ne jamais laisser passer les outrances. Réaffirmer les valeurs qui font société : respect, écoute, entraide, solidarité. Il ne faut surtout pas s’habituer au contraire. On a longtemps cru que la paix était un dénominateur commun, aujourd’hui, elle est menacée, les peurs justifient tout pour nous mener à un monde en guerre. Son seul rempart, le seul horizon pour l’éviter, c’est la démocratie. »
Oui, mais comment la maintenir ? Cette question s’impose tant les populismes à relent d’extrême droite la menacent.
Se départir de la morosité
La « trumpisation des esprits », porte-étendard le plus flagrant de cette dérive, frappe partout. Dans tous les pays. Dans tous les domaines. De toutes parts, des hommes, des femmes politiques s’en font les chantres. Ce qui finit par nous plonger dans un état de sidération. Sidération qui paralyse.
Comment y faire face ? Comment retrouver l’étincelle, d’abord pour soi, puis pour ses enfants, sa famille, les siens ? Comment s’en sortir, réenchanter le quotidien ? Lors d’une récente conférence, le public posait ces questions à Vinciane Despret, Alain Damasio et Baptiste Morizot qui, d’une seule voix, nous permettent de refermer ce dossier avec espoir.
Pour ces auteurs et autrice, il s’agit d’abord de se montrer attentifs et attentives aux importances. De dénoncer l’invisible. De protéger les invisibles. De heurter les invincibles. De se frotter au réel, de le chérir, de se confronter, au sens de rencontrer l’autre, peu importe son horizon. D’incarner l'altérité et de rester vigilant·es pour protéger le vivant. De soutenir la capacité à rêver. De multiplier les espaces d'expérimentations, en les forçant au pied de biche s’il le faut, pour bâtir ensemble dans les interstices. De chercher la confluence, la convergence. De nourrir la culture du rituel, de la célébration, de la pratique collective, celle qui promet de toujours nous unir en chair et en os.
Nous n’avons presque rien à faire, juste à multiplier les étincelles. À être étincelles. Avec humour. Avec amour. Avec créativité. Avec confiance. Parfois même avec hargne.
ZOOM
Merci aux intervenant·es
La délicate affaire de traiter d’un dossier pour traiter de l’extrême droitisation des esprits ! Jusqu’à la dernière ligne, ce fut un exercice d’équilibriste. S’y attaquer sans braquer. Évoquer les enjeux de la façon la plus juste. C’eût été mission impossible sans les interventions éclairées de tou·tes ces expert∙es qui œuvrent avec brio dans leur domaine :
- Zoé Fauconnier, chargée de projet à l’asbl La Cible. Il faut redire comme son action est essentielle auprès des jeunes potentiellement embrigadés.
- François Debras, docteur en sciences politiques, professeur associé à l’ULiège, pierre angulaire de ce dossier. Nous l’avons sondé avant de fabriquer quoi que ce soit. Son travail est précieux, d’une pertinence rare. On ne peut que vous inviter à vous référer à ses articles et travaux.
- Baptiste Erkes, chargé de projet chez Etopia, nous a permis d’éclairer, d’affiner les menaces qui planent sur notre société en les convoquant autour de la trumpisation des esprits.
- Archibald Gustin, chercheur au Crisp, nous a éclairés tout le long de la rédaction de ces pages.
Merci à elles et eux.
À LIRE
- Faire front : contrer la trumpisation des esprits, coordonné par Baptiste Erkes et Gérard Pirotton (Luc Pire – Etopia).
- L’extrême droite en Belgique, ouvrage collectif (Crisp).
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